STRANGER THINGS SAISON 1&2
Etats-Unis - 2016/2017
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LE PITCH
La petite ville de Hawkins, Etats Unis, dans les années 80. Après une partie de Donjons & Dragons, quatre gamins se séparent et rentrent chez eux. L’un d’eux n’arrivera jamais. Sa famille, aidée de ses amis et du sheriff, va alors le rechercher et mettre à jour les expériences d’un labo située aux abords de la ville, qui ont eu pour conséquence d’ouvrir les portes d’une autre dimension.
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retour vers le passé

Véritable phénomène dès la sortie de sa première saison en juillet 2016, la machine à nostalgie de la génération 80 est de retour pour une deuxième saison depuis octobre dernier sur la plateforme Netflix. Si les fans de la première heure y trouveront sans aucun doute leur compte, le téléspectateur un peu plus exigeant est, lui, en droit de s'interroger, 17 épisodes plus tard, sur la stratégie des frères Duffer. Car si le côté opportuniste de l'objet est désormais évident, celui d'une écriture solide basée sur la construction d'une mythologie sur le long terme l'est beaucoup moins.

Après une intro où un scientifique se fait dévorer par une créature (pour l'instant) hors cadre, le premier épisode de la série nous amène directement en terrain connu ; soit une table de jeu de rôles où quatre gamins sont aux prises avec une créature de l'univers Donjons & Dragons et qui rappelle forcément les premières minutes du E.T. de Steven Spielberg et des Goonies de Richard Donner. Deux références ultimes de la décennie 80 dont la série va, dès lors, se réclamer à tout bout de champ, que ce soit au travers de situations directement empruntées aux autres productions Amblin ou bien à l'occasion d'objets divers (affiches ou autres) disséminés aux quatre coins de l'image.
Une fois ce décor posé, et après un générique à la Carpenter, les huit épisodes de cette première saison proposent une enquête autour de la disparition de Will Byers (Noah Schnapp), un des quatre copains malencontreusement tombé sur la créature de l'intro alors qu'il rentrait chez lui après la partie de jeu de rôles. Plutôt que de placer un insondable mystère au centre de leur scénario, les frères Duffer préfèrent la mise en place d'une galerie de personnages gravitant autour du laboratoire situé aux abords de la ville, théâtre de sombres expériences sur des enfants dont l'un d'entre eux, une jeune fille nommée Eleven (en rapport au chiffre tatoué sur son poignet et interprétée par l'excellente Millie Bobby Brown) va s'échapper et être poursuivi par l'effrayant Dr Benner (Matthew Modine, grimaçant à l'excès). Ces expériences ayant ouvert, en plus, une porte vers une autre dimension. Pas de chance.

 

monstre et scooby gang


Conscients qu'une des grandes forces de leur série (et des films dont elle se veut l'héritière) doit passer par une galerie de personnages savamment travaillés, les frères Duffer construisent l'intégralité de leur script autour de leur développement. Ou plutôt de leurs interconnexions car, finalement, il s'avère que peu d'entre eux profitent d'un vrai background écrit et rendu à l'écran. Pour faire illusion, ils s'appuient alors sur un casting dont la plupart des acteurs incarne parfaitement le personnage qui leur est confié et porte donc sur leurs épaules tout le sel du show durant sa première saison.
David Harbour (vu dans Suicide Squad et futur Hellboy) est un sheriff solide, qui se rapproche peu à peu de cette mère éplorée qui recherche son fils sans relâche (Winona Ryder, qu'on ne présente plus mais qui, elle, en fait beaucoup trop). Comme Matthew Modine, d'ailleurs, qui manque clairement de sobriété dans son interprétation du grand méchant docteur.

Mais la plus grande réussite vient bien entendu de la bande de gamins, dont le capital sympathie dû en partie à leur jeune âge, rempli parfaitement son office. Finn Wolfhard et Millie Bobby Brown forment un duo attachant, et Gaten Matarazzo, avec ses dents de devant manquantes et son phrasé chuintant, emporte l'adhésion du téléspectateur voire en devient rapidement le chouchou. Et tout ce petit monde de se retrouver bientôt à la recherche de leur ami disparu, aidé par le sheriff et la mère de ce dernier, jusqu'à un final où les pouvoirs d'Eleven se déchaînent et renvoient le vilain streumon dans la dimension (surnommée l'Upside/Down) qu'il n'aurait jamais dû quitter. Si cette première saison pouvait faire illusion (la découverte aidant) et masquer plus ou moins correctement les multiples incohérences d'un script bête comme chou (à commencer par ce fameux Will Byers qui est bien le seul à se faire enlever par la bestiole sans finir en steak haché congelé), la deuxième saison révèle assez rapidement les limites du concept de base.

 

retour vers le retour


Comme souvent, c'est dès le dernier épisode de la saison précédente que commence l'histoire de la deuxième. Une ouverture autour du personnage de Will (encore et toujours lui !), revenu, mais pas seul, de ses petites vacances dans cette autre dimension. Et le voilà, après la régurgitation d'une sorte de ver bien dégueu dans le lavabo de la salle de bains familiale, de nouveau aux prises avec une créature cauchemardesque, qui va peu à peu entrer dans sa tête pour finalement le posséder tout à fait. La fine équipe de la saison 1, agrémentée de quelques nouvelles têtes, va alors tout faire pour l'en libérer. Pour résumer, retour à la case départ. Et c'est bien là tout le problème. Car au lieu de développer une mythologie autour d'une dimension sur laquelle il reste encore tout à écrire, les showrunners préfèrent capitaliser sur leurs acquis, quitte à livrer un clone parfait de leur premier opus.
Le monstre de la première saison est donc ici démultipliés à l'excès, devenant une sorte de chien répondant à l'appel de cette gigantesque créature mentale (qui trouvera son nom dans les pages du Manuel des Monstres de Donjons & Dragons, pour le petit rappel). Le ver vomit par Will se retrouve comme par enchantement dans la poubelle de Dustin (Gaten Matarazzo), qui va le garder et l'élever (Gremlins style). Une ineptie scénaristique qui va surtout permettre au personnage d'être beaucoup plus présent à l'écran comme pour répondre au plébiscite des fans à son égard... et avoir cette fois l'effet totalement inverse, le personnage devenant une véritable tête à claques dont on attend impatiemment le décès (dans des circonstances atroces, si c'est possible, merci !). Pendant ce temps, la bande va se faire une nouvelle copine, Max (surnommée Mad Max et interprétée par Sadie Sink, vue dans les séries Blue Bloods ou encore The Americans), affublée d'un grand frère violent (Dacre Montgomery, vu dans le récent film Power Rangers) mais dont les neuf épisodes de la saison ne suffiront pas à en apprendre plus. Et puis Paul Reiser (Aliens) dans le rôle du gentil scientifique chargé de nettoyer le bazar laissé par le méchant docteur ; Sean Astin (Les Goonies), petit ami rondouillard et sympa de la maman de Will...

Autant de personnages, d'acteurs ou de situations en lien direct ou indirect avec les 80's, plus que jamais présents dans cette saison, comme un fil rouge voulu à la base frais et rassurant alors qu'il s'avère, au final, beaucoup trop encombrant. Car pendant ce temps là, l'histoire n'avance pas. Et il faudra attendre le septième épisode pour voir enfin développer le passé d'une Eleven trop longtemps délaissée par le script, avant d'assister à une fin certes correctement mise en scène mais tellement précipitée qu'à peine cinq épisodes auraient suffit pour tout raconter. Jusqu'à un ultime plan certes magnifique mais qui annonce déjà une troisième saison identique. Stranger Things n'est donc pas une mauvaise série. Réalisation et acting, dans la très grande majorité des cas, travaillant de concert pour un résultat esthétiquement réussi et au potentiel dramatique qu'on devine puissant. Mais peu s'en faut. Car, pour le moment, au bout de (déjà !) 17 épisodes, il ne s'y passe pas grand-chose.

Victime d'un ADN qui la force à répondre absolument à un cahier des charges lourd à porter, Stranger Things en oublie l'essentiel : raconter une histoire. Les nombreuses amorces (l'arrivée de Eight, l'origine de Max, la romance entre Mike et Eleven) prendront peut être enfin leur envol dans la saison trois. Mais au vu des dithyrambes qui fleurissent ici ou là et du nombre de téléspectateurs heureux de si peu, rien n'est moins sûr.

Laurent Valentin






















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