MAN ON THE MOON
États-Unis / Royaume-Uni / Allemagne / Japon - 1999
Image de « Man on the Moon »
Réalisateur : Milos Forman
Musique : R.E.M.
Durée : 118 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 13 septembre 2017
Film : note
Jaquette de « Man on the Moon »
portoflio
LE PITCH
Les évènements marquants de la vie du comique américain Andy Kaufman, star atypique du stand-up et du petit écran, passé maître dans l’art du happening jusqu’à sa mort prématurée en 1984.
Partagez sur :
du rire aux larmes

On l'a un peu oublié, mais il fut une époque où chaque film de Milos Forman créait l'évènement. Ce fut le cas, il y a près de vingt ans, avec Man on the Moon, à redécouvrir sur grand écran dans une version entièrement restaurée. Un biopic revigorant dédié au parcours pour le moins original d'Andy Kaufman, personnage lunaire et iconoclaste devenu star malgré lui.

Le film récolte nos suffrages pour deux raisons. La première donc, c'est qu'il s'agit d'une œuvre de Milos Forman, un artiste aussi protéiforme qu'attachant. Orphelin à la mort de ses parents déportés à Auschwitz, le Tchécoslovaque s'est d'abord imposé avec des satires sociales (L'As de Pique, Les Amours d'une Blonde, Au Feu, les Pompiers!) rompant ouvertement avec le conformisme et l'académisme des productions communistes de l'époque. Il fut ensuite contraint de s'exiler lors de la répression sanglante du Printemps de Prague. Naturalisé américain, le cinéaste est rapidement devenu une valeur sûre du Septième Art. On lui doit deux chefs d'oeuvre : Vol au-dessus d'un Nid de Coucou, virulente dénonciation des conditions de vie dans les hôpitaux psychiatriques portée par l'interprétation altière de Jack Nicholson, et bien évidemment Amadeus, fresque baroque qui dépeignait Mozart comme la toute première rock-star de l'histoire de la musique. À chaque fois, Forman transgressait la règle, parvenait à faire sien des thèmes universels et glorifier le droit à la liberté et à la créativité. On retrouve ce même élan dans Man on the Moon, portrait tour à tour vivifiant et bouleversant d'un comique pas comme les autres.

 

jeux de dupes


En France, peu de gens connaissent Andy Kaufman. Mais aux Etats-Unis, ce fut un authentique phénomène, comparable chez nous à Coluche ou Pierre Desproges. Forman suit le parcours de cet ovni inclassable avec élégance et sincérité. D'un point de vue purement dramaturgique, Man on the Moon tisse une toile faussement linéaire. La trame retrace les grandes étapes de la vie du comédien en suivant une chronologie pré-établie. La petite flamme intérieure nait ailleurs, au niveau de l'émotion et de l'interprétation pure. Et c'est là que l'on brandit haut et fort notre deuxième coup de coeur : Jim Carrey. Qui de meilleur que l'acteur canadien pour se glisser dans la peau d'un tel énergumène, adepte du transformisme, du canular et du brouillage de pistes ? Dès la séquence d'ouverture, un monologue totalement brindezingue, Carrey impressionne. Il se confond avec Kaufman dans une sorte de transe mimétique qui force le respect. Via sa posture chelou, sa diction exotique et ces mimiques cartoonesques qui n'appartiennent qu'à lui, Carrey retranscrit à la perfection l'étrangeté épidermique, cette poésie burlesque qui se dégageait de Kaufman. Issu de la génération de John Belushi ou Bill Murray, le type a profondément bousculé la manière de faire rigoler et de jouer avec le public. Agitateur né, farceur invétéré, Kaufman n'aimait rien de moins que de dynamiter les codes. Il se produisait toujours «en réaction à» quelque chose, à tel point qu'on peut le qualifier de véritable terroriste médiatique. Il agressait littéralement son auditoire, refusait catégoriquement d'offrir ce qu'on attendait de lui. Il s'inventait des doubles maléfiques, notamment l'odieux et hilarant Tony Clifton (un crooner de bas étage à la voix nasillarde et aux méthodes d'entertainment pour le moins douteuses) ou ce catcheur professionnel qui s'en prenait systématiquement à plus faible que lui. La carrière de Kaufman fut aussi intense que fulgurante, à l'image de sa mort brutale en 1984, des suites d'un cancer du poumon. Jusqu'à son trépas, Kaufman a laissé planer le doute. Est-il vraiment mort ou pas ? La question reste ouverte car selon certaines rumeurs, l'homme aurait volontairement mis en scène son décès.

 

la face cachée de...


Cette intransigeance, ce refus catégorique de céder aux mirages de la célébrité, Kaufman les a payés au prix fort. Il fut tricard des plateaux, interdit de télé, et s'est réfugié dans la méditation transcendantale et les médecines parallèles. L'ambivalence imprègne l'essence même de son existence et le concept est puissamment retranscrit par Milos Forman. Le cinéaste brûle sciemment les étapes, il donne à voir des instantanés de vie qui ne font qu'amplifier l'aspect énigmatique de Kaufman. L'homme demeura un mystère jusqu'à sa disparition. A maintes reprises, on ne sait s'il faut rire, pleurer, ou les deux à la fois. A l'instar de son anti-héros, le réalisateur titille constamment le spectateur. Il joue avec nos émotions, nous pousse dans nos derniers retranchements, jongle en permanence avec la gaudriole et le morbide, la désinvolture et la transgression, la comédie et le tragique. À tel point que l'on ne peut s'empêcher d'y desceller des parallèles évidents entre les propres trajectoires de Forman et de son acteur principal, Jim Carrey, filmé ici à l'image d'un Auguste déchirant. In fine, il se dégage de Man on the Moon une sorte d'embarras, de gêne permanente. Un jusqu'au-boutisme remuant, voire dérangeant. La marque du génie, souvent.

Gabriel Repettati










Partagez sur :

 

Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2020