LE VENT SE LèVE
Kaze tachinu - Japon - 2013
Image de « Le Vent se lève »
Genre : Drame, Animation
Réalisateur : Hayao Miyazaki
Musique : Joe Hisaishi
Durée : 126 minutes
Distributeur : Walt Disney Pictures
Date de sortie : 22 janvier 2014
Film : note
Jaquette de « Le Vent se lève »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Inspiré par le fameux concepteur d’avions Giovanni Caproni, Jiro rêve de voler et de dessiner de magnifiques avions. Mais sa mauvaise vue l’empêche de devenir pilote, et il se fait engager dans le département aéronautique d’une importante entreprise d’ingénierie en 1927. Son génie l’impose rapidement comme l’un des plus grands ingénieurs du monde.
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L'ultime envolée

Pour son dernier long métrage, Hayao Miyazaki conte la vie d'un ingénieur rêveur et obstiné, Jirô Horikoshi, celui-là même qui a mis au point le redoutable Mitsubishi A6M Zero, chasseur-bombardier qui causa de nombreuses victimes durant la Seconde Guerre mondiale.

Débutant son récit par l'enfance de Jirô, c'est son parcours dans l'aéronautique que Miyazaki choisit d'évoquer plus essentiellement. A son désir de créer l'avion parfait s'entremêle également son amour avec la douce Nahoko. Avec Le Vent se lève, Miyazaki évoque en faite de nombreux sujets qui lui tiennent à cœur. Passionné d'aviation, tout comme Jirô, le ciel a toujours été dans la majorité des œuvres de Miyazaki un espace de rêverie, tout comme ses films, où l'imaginaire se déploie sans fin. A cela viennent se heurter des réalités bien plus terribles telles que la maladie, comment ne pas faire le rapprochement avec la mère de Miyazaki qui dépérit de tuberculose tout comme Nahoko, ou les séismes, comme celui de 1923 dans la région de Kantô, qu'une horrifique séquence de tremblement de terre reconstitue à la perfection.

 

Mélancolie infinie


L'ultime long-métrage de Miyazaki est écrit d'un point de vue très intime, porté tout son long par de sublimes envolées qui confondent rêves et réalité. Des songes dans lesquels Jirô partage sa passion et ses envies avec son modèle : le célèbre ingénieur italien Giovanni Caproni. Mais la véritable poésie du film repose surtout dans les moments où Jirô est avec celle qu'il aime. De la musique à la beauté des scènes, tout se fait plus délicat lorsqu'il est avec Nahoko. La séquence où tout deux s'abritent sous un parasol pour échapper à la pluie est d'un pur lyrisme, transcendé par l'apparition d'un arc-en-ciel auquel le déluge a laissé place. Et si bien vite, le bonheur semble vouloir disparaitre de cette tragique histoire d'amour, ni l'un ni l'autre ne renoncent jamais. La pureté de Jirô, tant dans ses aspirations que dans ses sentiments, contraste fortement avec son monde au bord du précipice. « Le vent se lève, il faut tenter de vivre », le vers du poète Paul Valéry qui apparaît à plusieurs reprises dans le film, devient alors un leitmotiv emplit à la fois d'espoir mais aussi de mélancolie. Du début à la fin, c'est d'ailleurs le vent qui régit la vie de Jirô. Il est la cause de terribles évènements, comme la propagation des incendies après le séisme de Kantô, ou de magnifiques choses comme sa rencontre avec Nahoko. Mais rien ne détournera jamais Jirô de sa quête absolue de perfection, celle nécessaire pour donner vie à ses plus profonds désirs. Car même lors d'une scène bouleversante où acculé de chagrin, il se rend au chevet de sa bien-aimée, ses larmes tombant sur ses planches de calculs, il ne peut s'empêcher de poursuivre son travail en chemin.

 

Jusqu'au bout du rêve


Le message du film est cependant sans ambiguïté : même s'il est à l'origine de la création du Zero, Jirô Horikoshi subit le cours des évènements sans s'y opposer (la richesse de l'œuvre repose d'ailleurs sur son refus d'héroïser Jirô), mais d'un autre côté sans jamais adhérer à une quelconque idéologie. Ce que Miyazaki évoque ce sont des individus terriblement doués pris dans le tumulte de l'histoire. Des protagonistes nés dans une époque funèbre qui décida de leur destin. Et si les scènes de guerre sont principalement fantasmagoriques, leur portée n'en demeure pas moins marquante. C'est là que réside un sublime fragment du talent de Miyazaki, qui arrive par exemple à évoquer une envolée poétique de chasseurs-bombardiers avant de faire glisser lentement l'image sur la destruction qu'ils ont engendrée au sol. Au final, Jirô réalise bien son rêve et voit son avion, pour lequel il a travaillé si dur, prendre son envol. Pourtant, comme s'il pressentait la tristesse à venir, il ne s'en réjouira pas outre mesure. Ces rêves à la fois sublimes et maudits renfermeront en fait son propre malheur.

Le grand maitre Miyazaki offre en guise d'adieu une bouleversante lamentation sur le dévoiement de la splendeur et sa transformation en monstruosité. Après avoir été jusqu'au bout de tous ses rêves, il restera une dernière épreuve pour Jirô. Le vent se lèvera, inexorablement, une nouvelle fois et il lui faudra tenter de vivre.

Laura Minichino














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