LE HOBBIT : LA DéSOLATION DE SMAUG
The Hobbit : The Desolation of Smaug - Etats-Unis / Nouvelles Zélande - 2013
Image de « Le Hobbit : La Désolation de Smaug »
Réalisateur : Peter Jackson
Musique : Howard Shore
Durée : 161 minutes
Distributeur : Warner Bros.
Date de sortie : 11 décembre 2013
Film : note
Jaquette de « Le Hobbit : La Désolation de Smaug »
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LE PITCH
Après l'affrontement avec Azog et l'intervention des Aigles qui concluent Le Hobbit : Un voyage inattendu, Bilbon, Gandalf et les nains poursuivent leur chemin vers la cité naine d'Erebor pour en déloger le dragon Smaug. Leur route les amène à passer par le val d'Anduin, la forêt noire et Lacville où ils connaissent de nouvelles péripéties.
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Voyage au bout de l'enfer

Rappelez-vous, c'était l'année dernière à la même époque que, tout excités, nous vous faisions part de notre joie de retrouver la Terre du Milieu et quelques personnages emblématiques du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson. Le tout dans un film préambule, entraînant une fois encore le spectateur dans une aventure colossale sublimée par une direction artistique de toute beauté et un background toujours aussi riche. Aujourd'hui, donc, fini de rigoler. Les bases posées par Jackson dans le précédent opus amorcent la mécanique infernale de La Désolation de Smaug, qui se révèle non seulement être l'un des films les plus survoltés et violents de Jackson, mais aussi et surtout l'un des plus audacieux films d'action modernes... Un mélange entre Indiana Jones et le Temple Maudit de Steven Spielberg et Une Journée en Enfer de John McTiernan !

Lors du visionnage du premier Hobbit, en dépit de toutes ses qualités esthétiques, narratives, mais aussi et surtout affectives et de la grâce avec laquelle Peter Jackson, épaulé par Howard Shore et toute son équipe, avait réussi à faire du neuf avec du vieux, on éprouvait quand même une sensation de manque. Le spectateur avait du mal à s'impliquer dans cette nouvelle quête autrement que par nostalgie, les enjeux du film peinant à se mettre au niveau d'une réalisation hallucinante, mais aussi d'une adaptation transcendant l'œuvre originelle. Articulé autour de la fragilité de son personnage principal et donc de la quête sous-tendant, Un Voyage Inattendu posait toutefois des bases solides, entre personnages complexes, background riche et méchants énigmatiques ; de quoi bâtir un incroyable film d'aventure en trois actes. C'est effectivement la grande aventure qui attend le spectateur avec La Desoltaion de Smaug, véritable festival d'enjeux et de séquences d'action, où les nouveaux personnages iconiques s'enchaînent et où les anciens gagnent en profondeur. La deuxième partie du Hobbit se révèle être aussi différente d'Un Voyage Inattendu que Les Deux Tours l'était de La Communauté de l'Anneau, avec une juxtaposition de nombreuses intrigues secondaires (la version longue sera d'ailleurs sans doute plus équilibrée), articulées autour de l'apparition d'enjeux d'envergures qui sentent bon l'affrontement des peuples libres contre les légions du mal. Pour autant, contrairement à la trilogie du Seigneur des Anneaux, dont les trames multiples s'ouvraient et se refermaient plus ou moins à chaque opus, Le Hobbit appréhende ces histoires de façon plus ample et ambitieuse, selon une infatigable montée en puissance.

 

Bigger and louder


Plus que jamais, l'aventure extraordinaire de Peter Jackson ne pourra être jugée qu'une fois la trilogie achevée. Pour autant, La Desolation de Smaug n'en est pas moins une expérience ahurissante : placé sous le signe de la fuite en avant, cet épisode central est construit autour d'une course poursuite infernale, mêlant le destin de la Terre du Milieu à celui d'une communauté réduite, où l'on découvre ébahi des zones incroyables et encore inexplorées de l'univers de Tolkien (Mirkwood, Erebor, LacVille, etc.), gardées par des personnages hauts en couleur (Beorn, le Maître, Barde...) et des créatures féroces (les araignées, l'ours, le nécromancien, Smaug) magnifiées par une direction artistique sensationnelle. Le film est riche sans être boursoufflé, possède un rythme soutenu sans pour autant être expéditif, et le climax étourdit sans déséquilibrer l'ensemble. Evidemment, il faudra attendre la version longue pour pouvoir apprécier l'œuvre dans sa forme idéale, rendant par par exemple justice à Beorn, Bolg ou encore à la romance de Tauriel qui paraît ici trop succincte pour convaincre totalement. Mais en l'état, La Désoltation de Smaug s'impose comme une œuvre intelligente, brillante et haletante, comme on a rarement l'occasion d'en voir sur grand écran. Offrant au public deux morceaux de bravoure colossaux (la magistrale séquence des tonneaux et tout le final avec Smaug), le film nous fait surtout prendre conscience du travail de chorégraphie de Jackson, qui tout au long de cet opus ne cesse de réunir les différents protagonistes et les multiples enjeux à travers des fondus lourds de sens (la transition entre Mirkwood et Dol Guldur à travers l'anneaux, par exemple) et de gargantuesques mouvements de caméra, soulignant encore un peu plus la prise d'ampleur du récit. Jamais pourtant Jackson ne cède à la tentation de l'action désincarnée, le cinéaste peaufinant jusqu'au dernier plan ses nombreux personnages. A ce titre, cette nouvelle trilogie propose une caractérisation autrement plus ambigue et subtile que celle du Seigneur des Anneaux : alors que cette dernière mettait en exergue une éternelle lutte du bien contre le mal, Le Hobbit s'articule autour d'une quête bien plus cupide et personnelle, où se greffe un conflit plus universel. Les personnages sont donc ici plus en nuance de gris ; derrière chaque nain, chaque roi, chaque homme se dissimule un être potentiellement égoïste, tous révélant leur vraie nature séquence après séquence (voir l'impressionnante performance de Martin Freeman à la fin de la séquence des araignées).

 

Smaug the stupendous !


Quelle joie, donc, de retrouver ici l'amour de Jackson pour les personnages torturés, mais aussi pour les monstres et créatures difformes, trahissant l'investissement du réalisateur de Meet The Feebles dans cette œuvre qui se profilait au début comme l'une de ses réalisations les moins personnelles (il dut accepter le projet quasiment de force). Mais, comme l'attestait déjà la grandiose séquence des Gobelins dans le premier opus, et notamment la chanson du roi des Gobelins que l'on retrouve dans la version longue, Jackson renoue plus que jamais dans Le Hobbit avec la générosité, le grotesque et l'esthétique grandiloquente qui caractérisait ses premières œuvres, de Bad Taste à Fantômes contre Fantômes en passant par Braindead. Toutefois, là où ses premières réalisations mettaient en scène un festival de prothèses et d'explosions de sang artificiel, Le Hobbit, lui, joue avec l'image de synthèse pour le bonheur des uns et le désespoir des autres. Omniprésente dans les productions de genre et les blockbusters modernes, cette technique constitue à l'évidence un outil difficile à maîtriser... dont il est même facile d'abuser. Omniprésents dans Le Hobbit, les CGI ne sont pour Jackson qu'un moyen de porter à l'écran de cinéma une vision inédite du monde de Tolkien, et c'est peu dire que le résultat éblouit. La 3D et le HFR (tournage en 48FPS, pour une qualité d'image incroyablement immersive et une esthétique totalement différente du cinéma classique) vont dans le même sens. Les mauvaises langues devront toutefois se réfreiner au regard des faits : la Nouvelle Zélande donne toujours vie à la Terre du Milieu, les décors sont toujours pour la plupart produits en dur, et les orques, elfes et nains incarnés par d'innombrables figurants maquillés grâce aux bons soins de Weta Workshop. L'imagerie numérique ne fait ici office que de filtre, appliqué avec talent sur une base concrète afin de servir le récit du Hobbit tel que Jackson le conçoit. Résultat, lors des séquences d'action, l'expérience vécue par le spectateur se verra décuplée, les barrières entre cinéma et ride interactif se brisant film après film. Le reste du temps, la camera de Jackson épouse à merveille les planches de John Howe et Alan Lee, dont la beauté n'aura jamais été aussi bien retranscrite que dans ce deuxième opus (les arrières plans à LacVille, Erebor, ou encore de la cité des Elfes sont absolument sidérants). Chaque lieu est ainsi chargé d'une histoire colossale, et la vie transpire de l'écran. Il en est de même pour les nombreuses créatures de La Désolation de Smaug et plus particulièrement pour le fameux dragon auquel prête sa voix un magnétique Benedict Cumberbatch ; un dragon qui s'impose non seulement comme le plus beau spécimen jamais vu sur écran géant, mais aussi comme l'un des méchants les plus charismatiques de l'histoire de la Fantasy. Avec Peter Jackson, la magie du cinéma n'aura jamais été aussi palpable !

Quentin Boutel


















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