L’éTRANGE COULEUR DES LARMES DE TON CORPS
Belgique / France / Luxembourg - 2013
Image de « L’étrange couleur des larmes de ton corps »
Genre : Horreur
Durée : 103 minutes
Distributeur : inconnu
Film : note
Jaquette de « L’étrange couleur des larmes de ton corps »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Une femme disparaît. Son mari enquête sur les conditions étranges de sa disparition. L’a-t-elle quitté? Est-elle morte? Au fur et à mesure qu’il avance dans ses recherches, son appartement devient un gouffre d’où toute sortie paraît exclue...
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L'expérience

Quatre ans après Amer, que l'on avait découvert en avant-première à la seizième édition du Festival du Film Fantastique de Gérardmer et un an après leur participation au combien expérimentale au film à sketch ABC of Death, avec le court « O » comme Orgasme, le couple belge, Hélène Cattet et Bruno Forzani reviennent avec un nouveau long métrage, L'Etrange couleur des larmes de ton corps, qui pousse encore plus loin leurs expérimentations visuelles et sonores. Et, pour leur grand retour, le public était au rendez-vous et la salle du PIFFF comble. Faut-il pour autant en conclure de la qualité du film ? Pas nécessairement.

A Gérardmer en 2009, Amer était accueilli tièdement. Il faut dire que le premier film du duo avait de quoi décontenancer, avec sa forme très expérimentale, son récit très métaphorique et son imagerie érotique (avec une forte connotation SM). Et pourtant le film trouve le chemin des salles françaises et du monde entier, puisque le film est distribué dans plus de dix pays que ce soit au cinéma ou en vidéo, soutenu par des réalisateurs prestigieux comme Quentin Tarantino aux Etats Unis. Le film fait beaucoup parler de lui et les deux jeunes cinéastes qui, de façon incroyable, ont mis en scène leur hommage de 90 minutes très personnels aux gialli et à tout un pan du cinéma expérimental des années 1970, se voient proposés des projets intéressants comme l'adaptation du Comic Book de Charles Burns, Black Hole, dont les droits avaient été acquis quelques mois plus tôt par la boite de David Fincher. Le style et le sujet de l'œuvre de Burns correspondait au style des deux cinéastes, mais faute de réécriture possible sur le script, le couple refuse et s'attèle à la mise en scène d'un projet très personnel, L'Etrange Couleur des larmes de ton corps, qu'ils avaient commencés à écrire en 2002, bien avant Amer. L'aboutissement d'une longue gestation donc, où se bousculent, une fois encore, de très (trop) nombreuses influences, autant au gialli qu'à des cinéastes plus orientaux comme Satoshi Kon, mais qui se révèle aussi beaucoup plus indigeste, la faute à un propos trop nébuleux. Le film se construit pourtant comme le double d'Amer, sa part « d'ombre » comme il est question dans le film, sa version plus brute de décoffrage mais aussi donc plus confuse, comme l'est l'identité masculine (psychologique, sentimentale, sexuelle, etc.).

 

la lame infernale


Comme dans Amer et dans nombre de films conceptuels, l'histoire de L'Etrange couleur des larmes de ton corps tient sur un timbre-poste (elle est peut-être même moins pénible à raconter que son titre à prononcer) : une femme disparait et son mari enquête pour la retrouver. Amer, rendait hommage aux thrillers italiens à travers son esthétique et les trois étapes de la découverte sexuelle d'une femme, L'Etrange couleur, lui, pousse plus loin l'hommage et adopte un scénario de thriller caractéristique de ce pan du cinéma italien. Au programme donc, un récit gigogne baladant le spectateur dans de multiples directions, à travers diverses sous-intrigues et fausses révélations, avant finalement de lui révéler la solution de l'énigme (souvent déceptive d'ailleurs). Mais, comme dans Amer la simplicité cache quelque chose et les deux cinéastes nous entrainent dans une spirale esthétique, matérialisant la descente aux enfers du héros en quête de sa femme. Et le moins que l'on puisse dire c'est que le voyage est éprouvant. Helene Cattet et Bruno Forzani sont de véritables savants fous. Avec leurs matériels ils expérimentent et travaillent la pellicule, par le biais de filtred, de miroirs ou d'intrusion sonores, afin de créer une expérience cinématographique viscérale et, in fine, de faire éprouver au spectateur ce choc, cette sensation pénétrante dont il est question dans le film. C'est épuisant, parfois pour le meilleur - on pense tout particulièrement à cette séance nocturne qui tord le spectateur dans tous les sens jusqu'à ce que le film le pénètre et marque au fer rouge aussi bien sa rétine que son mental -, mais aussi pour le pire, le récit nébuleux qui donne une place malheureusement trop présente à des acteurs sans grand talent, venant ponctuellement sortir le spectateur de ce « trip » cinématographique. Mais, ce qui nous chagrine le plus, c'est de voir que ces deux cinéastes, au style si riche, n'essayent pas d'aller au-delà de leur premier film et de leur expérimentations, quitte à s'emparer d'une œuvre peut être moins personnelle et de la réinventer à leur manière. Ici après deux films très similaires et un court métrage qui l'est tout autant, on a la désagréable impression qu'ils tournent en ronds qui, accentuée par certains choix esthétiques discutables (les séquences en noir et blanc), nous prive de la baffe sensorielle que l'on attendait.

Quentin Boutel










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