GRINDHOUSE - BOULEVARD DE LA MORT
Grindhouse - Death Proof - Etats-Unis - 2007
Image de « Grindhouse - Boulevard de la Mort »
Genre : Thriller
Réalisateur : Quentin Tarantino
Musique : Divers
Durée : 110 minutes
Distributeur : TFM Distribution
Date de sortie : 6 juin 2007
Film : note
Jaquette de « Grindhouse - Boulevard de la Mort »
portoflio
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LE PITCH
C’est à la tombée du jour que Jungle Julia, la DJ la plus sexy d’Austin, peut enfin se détendre avec ses meilleures copines, Shanna et Arlene. Ce trio infernal, attire les regards dans tous les bars et dancing du Texas. C’est ainsi que Mike, cascadeur au visage balafré, se met sur leurs traces, tapis dans sa voiture indestructible...
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Nouvelle réunion affective et artistique entre Robert Rodriguez et Tarantino, Grindhouse aurait dû aboutir à un double programme enivrant et délirant. Il faudra pourtant se contenter de deux sorties séparées et une apparenté essentiellement évoquée sur le net. Premier tir avec Boulevard de la mort, donc, un thriller motorisé qui en a sous le capot.

 

Alors que depuis la séparation technique entre les deux métrages, Planet Terror semble être de façon incompréhensible retombé dans les limbes de la distribution (le film est annoncé pour cet été en France mais sans grandes conviction) le Death Proof de Quentin Tarantino s'offre le luxe d'être sélectionné pour le festival de Cannes. Il faut dire que d'apparence, le métrage de Tarantino paraît bien plus policé, bien plus acceptable que son petit frère, et surtout le monsieur se balade depuis Pulp Fiction avec une Palme d'or inscrite sur son front. Pourtant Kill Bill aurait déjà dû mettre la puce à l'oreille à certains. Car si beaucoup on pris le diptyque fleuve de QT pour une petit gourmandise libertaire dans sa carrière, il s'agissait pourtant là du premier jalon d'une nouvelle direction prise la réalisateur de Reservoir Dog qui, au terme d'une trilogie de polars somptueux, ne semblait plus vouloir s'embêter avec les considérations d'un public non-versé dans le vrai cinéma populaires des années 1960 à 80. Comme il l'a déclaré à maintes reprises : "je ne fais que les films que j'aimerais voir en tant que spectateur. Peu importe que cela ne plaise pas aux autres, moi ça me plaît".

 

Stuntman Mike fais-moi peur !

 

Si Kil Bill en était le manifeste, réussissant par chance à trouver un écho auprès du plus grand nombre, Boulevard de la mort en est d'une certaine façon l'accomplissement, en cela qu'il ne fait pas appel à un univers aussi clinquant ni à des références autant dans l'air du temps. Hommage appuyé et respectueux envers les anciens doubles programmes gavés de série B et de Zèderies en tous genres, le projet Grindhouse permet à Tarantino de déclarer une nouvelle fois sa flamme à des registres seventies totalement  tombés en désuétude aujourd'hui : les films casse-tôles (avec plein de bagnoles qui se rentrent dedans pendants des heures), les « rape and revenge » (à l'instar de La dernière maison sur la gauche) et le slasher pur et dur à la Halloween. Bien entendu en cinéaste malin capable de digérer toute cinématographie existante (bientôt un Tarantino Bollywood ? Qui sait), l'auteur dépasse très vite les codes desdits genres et fonce pied au plancher, entre clins d'œil aux connaisseurs et construction d'un nouveau cinéma, protéiforme : le sien. Car les fausses taches, scratches, la bobine manquante (aux Etats-Uni uniquement, hélas), les coupures sonores ne nous tromperont pas longtemps. Sous ses dehors de délire ludique, Tarantino signe ici ce qui est sûrement son film le plus libre et le plus décomplexé : dialogues hilarants et maniérés de trente minutes chacun, vieux standards ricains en bande sonore mâtinés d'extraits des films d'Argento et De Palma, superbes gonzesses aux déhanchés et au verbe presque indécents (les connaisseurs penseront forcément, taille de poitrine en moins, aux créatures phantasmatiques des films de Russ Meyer), le tout épicé par deux uniques scènes spectaculaires.

 

The last race

 

Mais quelles scènes ! La première, brève et n'intervenant qu'à la moitié de l'intrigue, répète du point de vue de chacune des quatre victimes l'accident mortel provoqué par la fameuse voiture « death proof » de Cascadeur Mike. Un exercice de style ahurissant pour une violence frontale, à la brutalité étourdissante. La seconde en est presque l'antithèse, décrivant sur près de vingt minutes la course poursuite entre quatre nouvelles proies potentielles et le fameux Mike. Un morceau de bravoure dont les rapports de force vont très vite s'inverser, laissant place à une exécution en règle du sadique qui a bien trop longtemps confondu sa virilité et sa bagnole. Un final plus électrisant que les poursuites de Bullit et French Connection mises bout à bout, qui s'achèvera par une humiliation irrésistible du gros dur incarné par l'immense Kurt Russel (que l'on n'avait pas vu aussi fascinant depuis son travail avec Carpenter), face à ces anges exterminatrices qui « en ont ». Girls power version Tarantino en somme... Jamais aussi facile et clinquant que Kill Bill, ni aussi élégant et classe que Pulp Fiction, Boulevard de la mort est déjà injustement perçu comme une parenthèse mineure au sein de l'oeuvre de Tarantino. Il faudra pourtant que les détracteurs s'y fassent, le métrage se posant comme le maître étalon de ses productions à venir.

Nathanaël Bouton-Drouard

 

 

 

 

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