SAMSARA
Etats-Unis - 2011
Image de « Samsara »
Genre : Documentaire
Réalisateur : Ron Fricke
Acteurs : Aucun
Durée : 99 minutes
Distributeur : ARP sélection
Film : note
Jaquette de « Samsara »
portoflio
site officiel
LE PITCH
"Samsara" est un mot tibétain qui signifie "la roue de la vie", un concept à la fois intime et vaste, qui définit l'âme de chacun.
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Docufiction

Vingt ans après son magnifique Baraka le documentariste américain Ron Frick nous invite à prendre part à son nouveau voyage transcendantal à travers le monde. Plus brut et plus intense, Samsara est une impitoyable réflexion sur la vie, la mort et notre rapport au monde.

 

Ancien directeur de la photographie dans les années 1980 pour un autre documentariste d'exception, Godfrey Reggio, avec lequel il réalisa ce que l'on appelle aujourd'hui le cycle de Qatsi (Koyaanisqatsi, Powaqqatsi, Naqoyqatsi), Ron Fricke est donc depuis ses débuts un génie de l'image, un expérimentateur de notre monde, qu'il transcende de façon paroxystique en 1992 avec Baraka et de nouveau en 2012 avec Samsara. Tournés en 70mm, ses films, de Chronos à Samsara, révèlent l'indéniable talent du cinéaste pour dénicher les endroits les plus magnifiques et les plus atypiques du monde. Pour autant ces documentaires n'ont pas pour vocation d'être des films informatifs et Samsara plus que jamais le démontre. En effet, contrairement à des documentaires traditionnels, son dernier film, comme Baraka avant lui d'ailleurs, ne nous entraîne pas aux quatre coins de la terre pour nous révéler son fonctionnement, la multitude de ses traditions, ou pire nous moraliser sur ses injustices. Au contraire, en captant, même l'espace d'une seconde, ce que le monde à de plus trivial (une journée dans une usine d'électroménager, dans un supermarché ou encore dans un temple tibétain), mais aussi de plus divin (les paysages incroyables qu'offre Dubaï ou encore la montée des eaux au mont Saint-Michel), le cinéaste tente de nous le faire voir simplement, frontalement (à l'image de toutes ses personnes présentent dans le film dont le regard face caméra nous touche au plus profond) et ainsi en révéler toute sa beauté, ainsi que toute ses contradictions.

 

voyage sensoriel

 

En perpétuel mouvement, Samsara se voit alors magnifiquement résumé par sa première et sa dernière séquences, chacune consacrée à la danse hypnotique de plusieurs femmes. Tout d'abord, parce que toutes deux font preuve d'une symétrie déroutante et transmettent une sensation d'unité au cœur d'un tout, symbolisant parfaitement la volonté du cinéaste de représenter ce tout, qu'est le monde, l'homme et le cosmos, en un lieu et un temps unique qui est celui de la séance de cinéma. Ensuite, parce que ces deux séquences, par l'aspect très ondulatoire des chorégraphies des jeunes femmes, évoquent également la construction en ondes de choc du film.  Sur la somptueuse musique orchestrée par Michael Stearns, Samsara, tel un magistral poème sensoriel, déploie en effet des plans plus ou moins longs qui se répondent, se prolongent ou se choquent, créant ainsi du sens, bien au-delà de celui quelque peu figé de la simple image. Quel que soit notre connaissance du monde qui nous entoure, Ron Fricke entend nous le montrer autrement, comme le prouvent par exemple les nombreux petits travellings latéraux appliqués sur chaque plan de manière quasi-systématique, ou encore les changements brutaux de perspectives, symbolisant tous deux parfaitement la démarche de ce cinéaste qui tente de nous faire peu à peu quitter notre statut d'habitant de la terre, notre subjectivité, au profit d'une vision plus objective, plus globale. Plus impressionnant encore, à travers la reprise de certains décors, mais aussi de cette obsession du voyage à la fois personnel et universel à travers le monde dans lequel nous vivons, le réalisateur fait de Samsara une réponse à, une prolongation de Baraka, créant ainsi un dialogue, une réflexion sur le caractère intemporel, voire même infini de certaines choses, ainsi que sur l'évolution (catastrophique, amère) du monde sur ces vingt dernières années.

Quentin Boutel










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