TITANIC 3D
Etats-Unis - 1997 / 2012
Image de « Titanic 3D »
Genre : Drame
Réalisateur : James Cameron
Musique : James Horner
Durée : 195 minutes
Distributeur : 20th Century Fox
Date de sortie : 4 avril 2012
Film : note
Jaquette de « Titanic 3D »
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LE PITCH
L'histoire du naufrage du Titanic, perçue du point de vue d'un jeune couple se risquant à un amour impossible.
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L'épave du XXème siècle

On a souvent reproché à James Cameron, avec plus de véhémence que jamais depuis Avatar, sa capacité à exploiter des équations narratives rassembleuses, véhicules d'enjeux implacables et universels. Un véritable comble de la part à la fois des critiques et du public, ces formules magiques révélant justement l'essence de son génie cinématographique.

 

Tout comme Avatar douze années plus tard, Titanic vogue sur tellement de niveaux de lectures différents que l'accusation habituelle de simplisme narratif a de quoi laisser perplexe. Métaphore sociale sur la décadence et l'implosion du XXème siècle et love story classique dans la théorie, mais cristallisant comme jamais dans la forme l'émotion liée aux premiers émois amoureux (premier regard, première conversation, premier baiser, premier jeu érotique, premiers ébats ; tout transpire ici d'un vécu et d'une émotion rares), le film fait également œuvre d'exploration, un premier acte quasi-documentaire (les images du navire immergé ont été rapportées en live par Cameron, à l'aide de sous-marins qu'il a aidé à concevoir) permettant au cinéaste d'inviter son public à rentrer progressivement dans son drame. Le premier coup de génie de Titanic réside bel et bien là : s'ouvrant de nos jours, le film prendra le temps nécessaire avant de replonger dans les remous de l'Histoire. A pas de loup, Cameron confronte les époques, tout comme il opposera la reconstitution grandiose du départ de South Hampton à la séquence titre, écho en sépia d'un fait divers lointain. En près de vingt minutes d'exposition, James Cameron installe les faits avec objectivité et détachement, des scientifiques décryptant froidement les différentes étapes du naufrage devant une Rose perplexe. Raillé dès l'annonce du tournage pour son intention de relater un drame dont l'issue était connue de tous, Cameron évacue immédiatement la question, la conclusion de la tragédie devenant moins importante que son long cheminement. Les enjeux véritables sont posés ; un long flashback de près de trois heures peut enfin commencer.

 

Vu de l'intérieur

 

S'impliquant dans son effort de résurrection du Titanic au point que l'on pourrait l'identifier à plusieurs de personnages (Brock Lovett et Jack Dawson bien sûr, mais aussi le concepteur du Titanic, un autre pionnier, et son capitaine à la fois noble et assoiffé de grandeur), James Cameron capte cette réalité passée à travers différents points de vue (ceux de Rose, accessoirement narratrice, de Jack, du bateau lui-même, qui fera l'objet d'une vraie séquence de mort), la Grande Histoire développant en filigrane les propos et actes de chacun, ajoutant fatalisme ou ironie à un récit déjà pluri-dimensionnel. Original, Cameron se refuse pour autant de sombrer dans le pathos, préférant rire du surréalisme de certaines situations (l'orchestre accompagnant la catastrophe de mélodies joyeuses) ou sacraliser des instants d'humanité pure (une mère endormant ses enfants avant leur trépas, un couple âgé s'enlaçant avant que l'eau ne les emporte, un vieux navigateur noyant sa honte sur le gouvernail qu'il a trahi, deux jeunes femmes s'échangeant un regard plein de terreur, de solidarité et de compassion à l'apogée du naufrage...).

 

Anti-Blockbuster

 

Sonnant vrai, au point de se dédouaner dès le premier acte des règles sacrosaintes du blockbuster hollywoodien (des ‘'fuck'' s'invitent dans le dialogue, une poitrine féminine est montrée avec un érotisme chargé, mais de la manière la plus naturelle qui soit), Titanic est un film autre, dont la hiérarchie des thèmes, enjeux et personnages, à la fois nombreux et complexes, s'avère tellement ciselée et pertinente que le récit paraît évident, voire simple. S'imposant encore aujourd'hui comme l'un des films les mieux racontés de l'histoire (à l'instar... d'Avatar), en dépit de la richesse inouïe de son script, Titanic a toujours de quoi ensorceler en 2012, sa magnifique conversion 3D soulignant encore davantage la puissance immersive et le spectacle incomparable de la mise en scène de Cameron. Déjà filmé de façon tridimensionnelle en 1997 (mouvements circulaires amples, plans-séquences virevoltant sur le pont du navire, exploration à la première personne des coursives inondées, plongées saisissantes), Titanic sort encore grandi de l'expérience d'un point de vue sensoriel. Mais au cœur de la tornade ou entre deux vertiges persistent toujours les mêmes images symboliques, révélatrices des fondements du cinéma de James Cameron. D'une part, celle d'un homme poussant la femme qu'il aime à embrasser sa vraie nature (le ‘'I see you'' d'Avatar est déjà audible dans Titanic et, formulé différemment, dans Terminator, Terminator 2, Abyss et True Lies). L'autre image, plus anecdotique, n'en est pas moins parlante : alors que la collision avec l'iceberg est imminente, l'ordre d'inverser la propulsion est envoyé en salle des machines. Un jeune technicien entame la manœuvre maladroitement, et se fait violemment débarquer par son supérieur, qui prend littéralement sa place. Connu pour être un tyran sur ses plateaux, Cameron aura fait de même quotidiennement en coulisses de Titanic, remplaçant ses lieutenants en cas de performances jugées défaillantes. La moindre des choses, pour espérer porter à l'écran sans compromis sa vision artistique ? Semblant encore aujourd'hui avoir été tourné en 2029, tant il écrase quasiment tout ce qui a été fait en quinze ans, son chef-d'œuvre absolu parle pour lui.

Alexandre Poncet





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