LAND OF THE DEAD - LE TERRITOIRE DES MORTS
Land of the Dead - Etats-Unis - 2005
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Genre : Horreur
Réalisateur : George A. Romero
Durée : 90 minutes
Distributeur : Wild Bunch
Date de sortie : 10 août 2005
Film : note
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portoflio
LE PITCH
Dans une cité imprenable, les vivants font comme si les morts n’avaient pas pris le contrôle de la majeure partie de la planète. Dirigée par Kaufman, cette ville organise régulièrement des raids sur le territoire des morts, commandés par Riley. Lorsque Kaufman doit faire face au chantage d’un de ses sbires ayant dérobé le Dead Reckoning, un camion blindé doté d’une effroyable puissance de feu, il charge Riley de récupérer le précieux engin. Ce qu’ils ne savent pas, c’est ...
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Rage against the machine

Au risque de briser l'équilibre très « sainte trinité » d'une trilogie qui restera dans les annales du cinéma de genre comme l'une des plus marquantes qui soit, George A. Romero a entrepris, courant 2005, de remettre le couvert.

 

On peut imaginer bon nombre de raisons. La première, la plus évidente, est que le monde a changé depuis Le Jour des morts-vivants, et pas forcément en bien. Romero ayant toujours conçu les films de sa trilogie comme autant de radiographies de leurs époques respectives, normal qu'un nouveau volet se soit imposé : il y a tant à dire sur ce monde post 9/11. Autre raison, le retour en grâce du zombie movie dans les petites tablettes du box-office. Les deux Resident Evil, 28 Jours plus tard, L'Armée des morts... Autant d'avatars qui doivent tout à Romero : Resident Evil est une adaptation d'une série de jeux vidéos dont l'inspiration majeure est la trilogie du bon George, 28 Jours plus tard est un condensé des situations les plus marquantes de cette même trilogie, et L'Armée des morts est tout bonnement un remake de Zombie. Un tel retour en grâce du mort ambulant et affamé a permis à Romero de concrétiser ce 4 ème volet, ramenant ainsi le zombie dans le territoire du signifiant.
Et puis, s'il fallait rajouter une raison, et ne garder qu'elle : hell yeah, tout le monde crevait d'envie de revoir Romero aux commandes d'un « zombie flick » !

Zombie président

Mine de rien, ça fait quelque chose. Imaginez l'écran noir affichant en scope le nom de George Romero suivi du titre « Land Of The Dead ». Forcément, pour une bonne poignée de cinéphages élevés aux zomblards corrosifs de la trilogie, le frisson parcourt l'échine et le sourire les lèvres. Puis vient le doute, la question. Que reste-t-il à Romero de sa fièvre contestataire, de son anarchisme rentre-dedans et de ses élans goreux, 20 ans après Le Jour des morts-vivants, 5 ans après un Bruiser de sinistre mémoire, et surtout, après que le cinéma d'horreur, et le cinéma tout court, aient évolué sans lui ? La réponse est cinglante, et surtout jouissive : il reste Romero. Land Of The Dead aurait pu être tourné une semaine après Le Jour des morts-vivants. Pas de concessions, un récit dense, condensé, des personnages taillés à la serpe, et surtout, surtout, une vision politique qui ne connaît pas le compromis. Le barbu de Pittsburgh n‘y va pas par quatre chemins pour évoquer dans son film rien de moins que la situation géopolitique actuelle, avec son George W. Bush (Kaufman, dirigeant de la cité des humains), son Ben Laden (Cholo, qui menace de faire sauter la tour, les Twin Towers du film), son tiers-monde exploité (les zombies qui se révoltent après l'exploitation sauvage de leurs ressources par les humains), et des citoyens occidentaux à la conscience humaniste (les héros). Des symboles simples, directs, qui prennent parfois des aspects inattendus, comme ces feux d'artifices détournant l'attention des zombies (parabole des médias, à l'origine d'une des plus belles séquences du film), qu'on pourra trouver simplistes ou diablement rentre dans le lard, mais qui montrent que Romero reste un artisan engagé et conscient, à l'heure où les zombies sont les héros de séries B uniquement dévouées à l'entertainment. Mais attention, cela ne veut pas dire que Romero ne s'est pas amusé. Au contraire...

En chair et en os

Une fois son sous texte politique bien posé, le cinéaste est libre d'« envoyer la purée » avec un bonheur communicatif, digne des plus belles heures du gore eighties. Il y a longtemps que le grand écran n'avait pas été le théâtre de tels débordements, certes montés un peu cut, mais diablement explicites. Arrachage de membres, viscères dévorés, ablation sauvage de piercing... Avec quelques effets numériques venus appuyer les prouesses prosthétiques de KNB, Romero donne à ses fans ce qu'ils attendaient, un véritable bain de sang/jouvence dont on sort ragaillardi. Avec une telle dose de tripaille politiquement explicite, on pourrait presque se dire que Romero a réussi le retour parfait. Quelques imperfections nous forcent à nuancer ce jugement, au premier rang desquels une mise en scène certes efficace, mais plus fonctionnelle que signifiante, ainsi qu'un héros un peu pâlichon. Rien de bien méchant cependant, et rien que pour des séquences comme celle de la traversée du fleuve par les zombies, où bien la scène où ces derniers décident de ne plus se laisser hypnotiser par les feux d'artifices, on serait prêt à pardonner bien pire. En attendant la version Unrated en DVD, on sait déjà que l'un des plus attachants et des plus radicaux des papys de l'horreur pelliculée fait toujours de la résistance, et ce avec une santé de fer. Il ne manquerait plus que John Carpenter nous fasse un come-back du même calibre pour qu'on déclare l'année 2005 comme un grand cru pour le cinoche de genre qui nous a tant secoués dans notre jeunesse. Gardons la foi...

Laurent Duroche










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