TRON L'HERITAGE EDITION SPéCIALE
TRON Legacy Special Edition - Etats-Unis - 2010
Image de « TRON L'Heritage Edition Spéciale »
Musique : Daft Punk
Durée : 72 minutes
Nombre de pistes : 27
Distributeur : Walt Disney Records
Bande originale : note
Jaquette de « TRON L'Heritage Edition Spéciale »
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site officiel
LE PITCH
Depuis 25 ans, Kevin Flynn ère dans les dédales sans fin d’un monde cybernétique dangereux et séduisant. Son fils s’y retrouve à son tour, propulsé en cherchant son père. Ensemble, ils entreprendront un voyage fantastique au sein de l’immensité numérique de Tron.
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Space Symphony

Presque trente ans après sa sortie, le légendaire Tron de Steven Lisberger connaît enfin une suite. A projet exceptionnel, musique exceptionnelle : le réalisateur Joseph Kosinski et le superviseur musical Jason Bentley (ayant notamment déjà travaillé sur les Matrix) ne font pas ici appel à Wendy Carlos, compositrice du premier film, mais au duo français Daft Punk.

Dixit la pochette de l'album, la musique de film en serait révolutionnée. Difficile à croire, cependant, après les premiers extraits présentés il y a quelques mois. Le très séduisant « Derezzed », accompagnant les premières images du film et plébiscité par la cible du genre musical électro (voire techno), n'a en réalité rien de très remarquable, malgré quelques effets de style pompeux très loin du son électro-symphonique tant attendu. Bien heureusement, la bande originale propose au final quelques excellentes surprises contrastant avec les morceaux les plus commerciaux présentés jusqu'alors. La première réussite de la bande original de TRON : Legacy réside dans sa faculté à s'extraire consciencieusement des clichés musicaux que le cinéma de science fiction américain aura développés sur une période de trente ans. N'attendez donc pas ici de voir surgir les hectolitres de cuivres et d'idiophones dont raffole John Williams, mais plutôt un retour aux sources harmoniques simples rappelant sans mal les premières heures de John Carpenter, avec ce trait symphonique caractéristique des nappes sonores mêlées de synthétiseurs comme le laissaient entendre des compositeurs tels que Vangelis ou Kitaro. A ce titre, cette « première œuvre » signe une maturité toute nouvelle pour le duo français. Mis en forme - et on ne le souligne pas assez -  par un Joseph Trapanese (déjà entendu dans Percy Jackson et Dexter) tenant le rôle-clé d'orchestrateur, l'album atteint une homogénéité digne des plus grandes bandes originales hollywoodiennes, se payant le luxe d'un London Philharmonic Orchestra (ce qui n'a toutefois rien d'exceptionnel) et de quelques pistes véritablement bluffantes, comme l'« Adagio for Tron », où la propreté du morceau laisse transparaître un effort mélodique contrastant intelligemment avec le reste de l'album. La « Nocturne », succédant à l'Adagio (!), est un autre exemple de propreté toute classique, mais se révèle malheureusement bien trop courte.

 

héritage en musique


Soutenu par un mastering monstrueux (essayez l'album avec un matériel audio évolué, la propreté des sonorités laisse rêveur !), et ce malgré les interférences inhérentes aux prises de son directes d'orchestre (souffle des musiciens, pages de partitions qui se tournent...), TRON: Legacy étonne avant tout par ses références. Respectueux des couleurs musicales du premier Tron, les morceaux témoignent de l'assurance des compositeurs et de l'orchestrateur dans leurs choix : les textures électroniques se fondent parfaitement avec l'orchestre, mais contrastent avec le travail de Wendy Carlos en optant pour un rendu très sombre et très nettement avare en mélodie. Favorisant les harmonies et les sonorités, cette bande originale fricote de très près et avec bon goût aux joies de la musique minimaliste, ayant fait des jours très heureux au cinéma. « The Son of Flynn » pourrait très bien figurer dans 1000 Airplanes on the Roof et le début du « Finale » dans Koyaanisqatsi, et la signature de Philip Glass n'étonnerait personne, en dépit d'une écriture évidemment moins complexe. D'autres titres comme « End of Line » font favorablement écho au style des Daft Punk, simple mais efficace, rythmé et entêtant, mais sont encore une fois handicapés par une durée trop brève. Principalement pour instruments à cordes (en mélangeant tout de même subtilement cuivres et synthétiseurs quand il le faut, par exemple dans « Outlands »), la bande originale présente donc l'intérêt principal de ne pas perturber le film en le noyant sous des dizaines de motifs différents ou d'une orientation figurative poussée à l'extrême : les fans de musique techno trouveront de quoi se noyer eux-mêmes dans leur propre ennui, la fonction illustrative des musiques de TRON: Legacy ne faisant guère planer le moindre doute.

 

Bande illustrative

 

Point positif à l'égard du film : permettre à certains morceaux d'exister malgré leurs faiblesses, en justifiant cette fameuse valeur d'illustration sonore, fonctionnelle plus que musicale. Ainsi, « The Game Has Changed » ne porte qu'assez mal son nom - musicalement parlant -, et « C.L.U. », toutefois servi de très bonnes idées, ne joue que très laborieusement avec la répétitivité, sans grandes variations harmoniques (ce qui met un terme aux comparaisons avec Glass). Enfin, et nous nous excusons auprès de nos chers confrères des Inrocks (nous ne céderons pas à l'envie de leur demander d'approfondir leurs connaissances sur les compositeurs et musiques des films Disney - oups !) : tout cela ne met jamais en exergue la virtuosité d'interprétation des musiciens, qui auront eu probablement bien plus de mal à jouer les cordes du Main Theme d'Harry Potter ! Le « End Titles » de TRON: Legacy (figurant comme le Main Theme) clôt le film et l'album sur la même tonalité commerciale que « Derezzed », ce qui ne manquera pas de marquer le public au sortir des salles obscures. Une facilité qui n'apporte rien, ni au film, ni à l'album. Notons tout de même la présence, dans l'album collector, de cinq pistes destinées au jeu vidéo. Sur le modèle des musiques du film, elles n'apportent ni ne retirent rien à l'ensemble. Et c'est peut-être bien là que se situe la limite du travail des Daft Punk. Sans véritable motif, sans variété harmonique, la musique porte le long-métrage de manière efficace, mais a du mal à s'imposer autrement que comme une œuvre aux prétentions bassement illustratives. Car admettons-le : le travail fourni, s'il est séduisant et convient parfaitement à l'oeuvre (il s'agit bien d'une excellente bande originale), est encore loin d'atteindre les surprenantes élucubrations d'un Jerry Goldsmith en proie à de dangereux singes et colons martiens ou d'un John Carpenter s'accoquinant d'un Ennio Morricone dans The Thing.

Romain Dasnoy










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01. Overture
02. The Grid
03. The Son of Flynn
04. Recognizer
05. Armory
06. Arena
07. Rinzler
08. The Game Has Changed
09. Outlands
10. Adagio For TRON
11. Nocturne
12. End of Line
13. Derezzed
14. Fall

15. Solar Sailer
16. Rectifier
17. Disc Wars
18. C.L.U.
19. Arrival
20. Flynn Lives
21. TRON Legacy (End Titles)
22. Finale
 
Disque bonus (musique du jeu)
 
1. Encom Part I
2. Encom Part II
3. Round One
4. Castor
5. Reflections

 
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