ENTRETIEN AVEC NICOLAS PETRIMAUX, ILLUSTRATEUR DE ZOMBIE NéCHRONOLOGIES
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Prendre le mort aux dents

Modèle de la vague zombie à la française, le simplement nommé Zombies d'Olivier Peru et Sophian Cholet est une chronique cruelle (mais jamais sadique) d'une humanité dévastée mais toujours prête à rebondir... si on le lui permet. Un joli succès d'édition qui se voit désormais complété par une série spin-of, Zombies Néchronologies, dont chaque album sera confié à un illustrateur différent. Premier à ouvrir le bal, Nicolas Petrimaux, signe ici son tout premier album complet et impose d'emblé une énergie évidente et un style tranché anguleux qui sert à merveille le récit touffu et surprenant concocté une fois encore par Olivier Peru. Rencontre donc avec un artiste de BD qui n'est manifestement pas prêt à en rester là.

Quand as-tu commencé à t'envisager comme un dessinateur de BD ?
Ca remonte à quand j'étais petit. Je me souviens avoir passé des récréations entières à dessiner mes histoires, directement inspirées des trucs que j'aimais à l'époque, un match de Hockey, une nouvelle aventure de Sangoku... les enquêtes d'un super flic à Los Angeles... C'était sans doute illisible pour d'autres personnes, mais j'étais vraiment dans mon délire. J'ai continué à développer cette envie de raconter durant le collège, le lycée et vers la fin de mes études j'ai essayé de proposer des projets un peu partout. Je n'ai eu que des refus. Mon style était sans doute encore trop jeune ou les dossiers mal ficelés, et du coup je me suis plutôt orienté vers le jeu vidéo comme graphiste/concept-artiste, puis j'ai travaillé dans le milieu de la la postproduction (compositing, story-board....) et enfin, j'ai rencontré l'association Café Salé via leur forum, qui a d'ailleurs largement contribué à ma courbe d'évolution. Et puis de fil en aiguille, l'association prenant de plus en plus d'importance, en partie avec la collaboration d'Ankama, c'est devenu une vraie structure éditoriale où j'étais très actif dans la conception des artbooks par exemple. Mais à force de travailler en collaboration avec d'autres artistes, l'envie de retourner vraiment à la BD, de sortir mes propres bouquins, a commencé à me démanger. J'ai du passer une bonne année à me concentrer sur la conception d'un univers très personnel, un projet qui me tenait vraiment à cœur. Mais voilà... J'étais un jeune auteur, pas connu du tout, j'avais pour ambition d'être à la fois scénariste et illustrateur, connaissant aussi l'autre côté de la barrière éditoriale, j'étais en mesure de comprendre les difficultés que pouvait avoir les éditeurs à caser cette idée dans une collection identifiable. J'ai fini par ranger mon projet dans un coffre fort, et j'ai jeté la clé. Au moins l'avantage c'est que cela a attiré l'attention de Run, qui du coup m'a contacté pour participer à Doggybags.

Comment t'es-tu retrouvé aux commandes du premier album de Néchronologies ?
Ca remonte à l'année dernière, janvier ou février. Je venais de finir ma première publication, un épisode pour le quatrième numéro de Doggybags, Sélection, que j'ai signé sous mon pseudo Nicolab. Olivier Peru, qui est un ami de longue date, m'a appelé pour me dire que Soleil voulait lancer une série de spin-off de Zombies et qu'il pensait à moi pour illustrer le premier album. Au début j'ai été un peu surpris parce que je pense que mon style est plus proche des comics, en particulier pour des questions de tailles de pages. Le format de la BD franco-belge est plus grand et cela m'effrayait un peu. Il m'a rassuré, et c'est sans doute cette question d'approche visuelle qui leur plaisait. On a fait une page d'essai et cela à fini par convaincre tout le monde.

On pourrait penser justement qu'un format plus large est synonyme d'un plus grand confort pour l'illustrateur...
Ca dépend vraiment de comment on souhaite raconter l'histoire. J'aime bien prendre de l'espace sur la page, mettre très peu de cases et amener un sens du rythme plus soutenu. Par exemple, sur un format comic, on peut prendre quelques pages pour donner une impression de «temps qui passe», le lecteur peut alors être amené à tourner les pages dans un laps de temps plus court, et on peut commencer à installer des moments, qui laissent place à l'image : un type qui voyage, un malaise, l'intimité d'un personnage. Pour moi, la narration passe évidemment par le texte, mais j'aime aussi comprendre par moi même les actions silencieuses des personnages que je lis. Prendre le temps de découper une action coute donc plus «chère» en espace, en cases, en nombre de pages, mais c'est justement cette cassure dans le rythme qui rend certaines scène plus fortes. C'est en ce sens que j'aime vraiment beaucoup le format comic qui a en général une plus grosse pagination et oblige le lecteur à tourner rapidement les pages. Et comme Olivier est un scénariste assez verbeux, il m'a fallu peut-être dix pages avant que j'arrive vraiment à m'adapter, à comprendre totalement sa manière d'envisager la BD. Après ça roulait tout seul.

Tu parles des comics, du coup ta collaboration avec Olivier Peru s'est-elle déroulée à « l'américaine » avec l'illustrateur qui est vrai maître à bord, réalisateur complet du script ?
Cela s'était déroulé de cette façon sur Doggybags avec El Diablo. Mais Olivier avait déjà bien détaillé son scénario, me donnant beaucoup, (parfois trop) d'indications sur la mise en scène de certains passages. Au fur et à mesure de l'écriture, il se forçait à ne me donner que les informations essentielles, mis à part quelques scènes clés qu'il avait parfaitement pensé de son côté. Par exemple au milieu de l'album il y a un affrontement sur un pont entre des survivants et des zombies et il m'a proposé des idées de découpages qui étaient vraiment très efficaces et logiques, que j'ai suivis de bout en bout parce que c'était très bien vu. Mais pour le reste ça a surtout été des indications générales des scènes et des enchainements de dialogues et c'est moi qui ait organisé la partie visuelle, le découpage. C'est vraiment pour ce travail là que j'aime faire de la BD d'ailleurs, l'exercice qui consiste à penser la mise en image d'un scénario, à s'efforcer de trouver le rythme parfait pour que le lecteur soit scotché pendant la lecture. Et c'était d'autant périlleux ici qu'Olivier a une écriture vraiment dense. C'est sans doute l'un des éléments qui a fait le succès de la série Zombies, sa facultés à raconter énormément de chose en une cinquantaine de pages.

Ce sont deux autres dessinateurs qui sont déjà annoncés sur les tomes suivants de Néchronologies. Est-ce que tu avais des directives esthétiques pour que ton dessin garde une certaine homogénéité avec celui de Sophian Cholet, qui illustre la série principale ?
Non pas du tout. C'est justement Sophian qui tranchait un peu sur les choix des dessinateurs et il a toujours maintenu l'idée qu'il fallait que chacun aborde cet univers avec son propre style. Il fallait que chacun de nous fassions ce que l'on savait faire le mieux, justement pour que chaque album de détache bien des autres.

Et comment fait-on aujourd'hui quand on est dessinateur pour approcher la figure du zombie avec un peu d'originalité ?
Oh, je n'ai vraiment pas la prétention d'avoir fait quelque chose de nouveau avec les zombies. C'était plutôt au niveau des influences que l'on peut voir des différences. Personnellement, j'ai tendance à préférer les morts-vivants véloces que l'on voit dans 28 jours plus tard ou 28 semaines plus tard. La différence se fait surtout grâce à l'univers d'Olivier qui a une proposition qui se détache tout de même nettement de The Walking Dead par exemple, avec un regard légèrement plus optimiste. C'est difficile aujourd'hui de faire quelque chose de vraiment novateur avec les zombies, qui sont des bestioles surexploitées aussi bien aussi cinéma, que dans la BD ou le jeu vidéo.

Le ton très politiquement incorrect aussi donne une note assez inédite à Les Misérables.
Je ne dirais pas que c'est vraiment incorrect, je pense surtout que ces allusions découlent de la volonté d'Olivier d'ancrer la BD dans une réalité contemporaine. Du coup, comme les évènements se déroulent en 2014 c'est forcément le pouvoir en place qui en prend un peu pour son grade. Il voulait surtout montrer quelle pourrait être la réaction d'un homme de pouvoir face à une pandémie de cette ampleur. Je ne pense pas vraiment que cela puisse toucher notre président actuel et son gouvernement, ils commencent à avoir l'habitude d'être égratignés dans les médias... J'ai bien aimé d'ailleurs l'ultime confrontation entre le héros et François Hollande. La manière dont Olivier l'a amenée, parce que ça laisse vraiment la place au lecteur pour s'approprier le dénouement, de s'en faire sa propre idée. Et puis cela recentre le sujet sur le personnage principal et sa remise en question d'une vie passée au service des institutions.

C'est justement l'une des grandes qualités de l'album qui fait vraiment évoluer en peu de temps ses personnages, même certains qui peuvent paraitre un poil bouffon au début, avec beaucoup de crédibilité.
J'ai beaucoup aimé cela aussi. Les personnages sont très nuancés et peuvent au départ paraitre un peu antipathique, pour se révéler au fil du récit comme des personnes sympathiques et touchants. Voir faire le chemin inverse. Ce n'est pas évident à construire sur un one shot. C'est quelque chose de plus classique justement sur une série assez longue. Je pense par exemple à Scalpted, le comic, qui m'a vraiment scotché par son traitement incroyable des protagonistes. Tout au long de la saga, on se surprend à adorer et détester chaque personnage, même le pire des criminels de la série finit par nous toucher à un moment ou à un autre. C'est vraiment brillant.

Pour la suite, tu as l'intention de faire un album ou une série en solo ?
Oui carrément. Je voudrais vraiment réussir synthétiser le temps d'un album un paquet de références qui me sont chères et les exploiter sur un format plus long. Ce serait sans doute un univers très marqué par les années 80/90 dont je suis vraiment fan, à l'instar des films de Tony Scott par exemple et sa vision stylisée du monde contemporain ou de Richard Donner aussi. J'ai pris goût au cinéma avec ces gens là et j'aimerais retrouver les teintes de ces récits avec une écriture très cinématographique. Ca serait une histoire de gangsters un peu badass qui se retrouvent dans des situations un peu absurdes. Je travaille dessus actuellement, passant de l'écriture au dessin. Dans mon processus d'écriture, l'un nourrit l'autre et vice-versa. J'espère que j'arriverais au bout, ce serait vraiment pour moi l'opportunité de présenter une création totalement personnelle.

Remerciements à Claire Ughes et Bénédicte Cluzel de Soleil Editions.

Nathanaël Bouton-Drouard


















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