ENTRETIEN AVEC MYLYDY, CO-CRéATRICE DE TEOTL
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Force jaune !

Avec sa relecture vivifiante et ensoleillée des Bioman et autres sentai, le premier tome de Teotl avait de quoi séduire : récit décontracté et carrément bordélique, références à foison, dessins racés et terriblement originaux... Une réussite largement reconduite lors d'un second tome qui réussit à marier cette pantalonnade à une véritable épaisseur dramatique. De quoi motiver une rencontre lors du Comic con 2012 avec l'illustratrice répondant au pseudo Mylydy.

 

Comment as-tu débuté dans le petit monde de la bande-dessinée et comment en es-tu venue à imaginer Teotl ?  

Au départ j'ai fait des études pour travailler dans le dessin-animé, aux Gobelins. Et si je suis entrée chez Ankama c'était autant pour la possibilité de travailler sur la série Wakfu que tout simplement parce que j'aimais beaucoup l'univers visuel d'Ankama en général. En tout cas, pendant que je travaillais sur ce type de projet, Tot, l'un des fondateurs d'Ankama, a commencé à regarder de plus près. C'est quelqu'un de très attentif et qui reste toujours à l'écoute des envies ou besoins des artistes avec qui il travaille. Il s'est vite rendu compte que j'avais plus le profil d'une dessinatrice de BD qu'autre-chose, et a particulièrement apprécié les dessins type « sentai » que j'avais fait pour me détendre. Il a même poussé jusqu'à me payer pendant un mois juste pour développer ce petit univers et produire d'autres illustrations en complément. Là-dessus il a rebondi à son tour, développant les personnages, certaines directions scénaristique... et c'est cet échange qui a permis d'aboutir à Teotl.

Mais alors finalement en terme d'écriture qui fait quoi ?
Et bien justement, c'est la question piège. Techniquement c'est lui qui se charge du script et des textes, mais régulièrement c'est vrai que l'histoire prend des détours intéressants, ou en tout cas inattendus, parce qu'un détail dans mes illustrations l'a surpris. Par exemple dans le tome 2, il y a un militaire qui pilote un énorme mécha vintage, et Tot à trouvé qu'il y avait une ressemblance avec l'un des jeunes héros (Ricky), et en a immédiatement fait son père. La scène est du coup dramatiquement beaucoup plus chargée et ouvre vers d'autres pistes pour la suite. Sans être directement responsable du scénario, j'ai ainsi tout le temps l'impression d'en être aussi l'auteur. Et c'est très agréable de travailler avec Tot, entre autres pour ce genre de choses. Il y a une grande confiance qui s'est instaurée entre nous deux et aussi une totale liberté.

 

Il y a une grande mode actuelle dans la BD des super-héros à la française. A ce titre Teotl va beaucoup plus loin puisque ce sont des sentaï à la française ! C'était carrément casse-cou non ?
Oui et non. Il y a tout de même une mode aux revivals et à la nostalgie des séries des années 90 de ce type. J'ai été étonné de voir le nombre d'autres dessinateurs qui ont rebondi sur l'idée et se sont amusés à leur tour à jouer avec ce type de personnages. Il y a 10 ans ça aurait été inconscient de faire cela... bon même aujourd'hui, c'est vrai qu'il n'y a que Tot pour croire à ce genre de projet. Il se moque totalement de savoir si c'est à la mode ou pas, il a apprécié mes dessins, il adore les super-héros et ça lui a donné suffisamment d'inspiration pour imaginer une espèce de Quatre Fantastiques façon « soleil levant ». Pour faire court.

 

Teolt est forcément très influencée par la culture populaire japonaise et les clins d'œil ne manquent pas. Pourtant la série ne ressemble jamais à l'un de ces « manga à la française » et cultive une esthétique très originale.

C'est peut-être parce que je m'intéresse à la base à toutes les BDs. J'ai appris à lire en piochant dans la collection de BD franco-belge de mon père, de Spirou à Tintin, Peyo, Franquin... Et puis il y a eu la découverte de Dragon Ball et la vague manga qui passait dans le Club Dorothée : Nicky Larson, Ranma ½, pour ne citer qu'eux. Mais en grandissant j'ai continué à m'ouvrir à tous les styles et en particulier pendant mes études d'art ou j'ai été frappée par les classiques de l'école italienne et plus encore par les artistes antiques. Tous les grands s'inspirent de cela. Il y a énormément de codes graphiques, de trouvailles visuelles que l'on redécouvre en se penchant sur l'art égyptien ou précolombien par exemple. C'est très impressionnant. Et même si en dehors de quelques revues comme Hellboy, les comics ne sont pas mes lectures préférées (ça manque de vraie héroïne quand même), je reconnais que certains artistes produisent des planches vraiment époustouflantes. En tout cas, c'est ce gros mélange qui, je pense, fait que mon style a quelque chose de très improbable. Dans un sens, on pourrait dire que ce qui m'a le plus influencé c'est la manière qu'ont les japonais de marier tous les styles, tous les univers sans jamais s'embarrasser de cohérence. Je trouve ça particulièrement parlant si l'on regarde les premiers Final Fantasy par exemple, qui faisaient cohabiter des bestiaires très exotiques avec des mythologies bouddhistes, celtes, mais aussi des élans de steampunk, de fantasy. Et pourtant ça marche ! C'est donc ce type de mariage étrange que j'ai essayé de reproduire dans Teotl, en couplant par exemple l'indispensable Mecha avec une patte égyptienne. Ca donne un mécha égyptien, et forcément c'est déjà beaucoup plus rare.

 

Le travail sur les couleurs et le rendu est très particulier aussi. Très dynamique. J'imagine que tu retravailles beaucoup tes planches numériquement ?
Je fais toutes mes planches numériquement. Comme je ne suis pas très douée avec les couleurs, je travaille avec une palette assez simple, mais que j'étoffe ensuite avec des logiciels comme Photoshop, pour y ajouter des ombres colorées. Et puis j'ai gardé de mon expérience dans le dessin animé, une véritable passion pour le compositing. C'est-à-dire l'ajout de couches de lumières, de textures, de flou et d'effets de mouvements qui donnent un vrai relief aux planches. J'adore ça. Mais c'est aussi parce que pour Teotl je me suis essayé à la tablette graphique, qui permet de gagner vraiment du temps, mais qui a aussi tendance à affaiblir mon dessin. Le compositing permet ainsi de masquer discrètement les faiblesses.

 

Mais pourquoi avoir choisi de travailler sur palette graphique ?
J'adore les séries TV, les œuvres « feuilletonnantes » et donc en tant que lectrice ça me gave de voir des auteurs qui mettent quatre ans à sortir le nouvel album de leur série. Je trouve ça important que le rythme soit soutenu et que finalement notre lecture soit toujours en mémoire quand arrive la suite. Mon modèle en l'occurrence c'est quelqu'un comme Franquin qui réussissait à produire une dizaine de planches par semaine mais avec un talent incroyable. Et peu importe qu'il ait travaillé avec des assistants, ça n'entame en rien la réussite finale. Si je pouvais je ne me gênerais pas pour prendre moi aussi un assistant. Tant que cela me permet de rendre un nouvel album de plus de 100 pages tous les six mois, ça me va.

 

En lisant le premier album, on s'imagine que Teotl est surtout une grosse comédie, presque une parodie du genre. Pourtant le second tome amène les récits vers des détours beaucoup plus sombres...
Et je ne m'y attendais absolument pas ! L'idée est venue à Tot au milieu de l'album. Il écrit ses scénarios au fur et à mesure et je me suis donc retrouvée dans la position directe du lecteur. Il a même essayé de me baratiner, de me détourner d'indices que je décelais dans certains de ses messages.  Et il continue à me cacher des trucs. Là nous sommes en train de travailler sur le troisième album et je redécouvre totalement certains évènements que je n'avais absolument pas envisagés de cette façon. C'est très agréable et inspirant.

 

Remerciements à Marie Fabbri (Ankama Editions).   

Nathanaël Bouton-Drouard










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