ENTRETIEN AVEC ROB WILLIAMS, SCéNARISTE DE BD
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Rob Williams, scénariste de Cla$$war

Bien occupé avant la diffusion du premier numéro de Cla$$War, Rob Williams a pris quelques minutes courant 2003 pour revenir avec nous sur son premier travail.

 

 

Comment en êtes-vous arrivé à écrire d'entrée de jeu votre propre série avec vos propres personnages ?

Cla$$war était mon premier comics et donc mon premier pas dans l'industrie professionnel. En fait j'ai été journaliste à la pige pendant près de dix ans. J'adorais les comics et j'écrivais pour vivre, alors le passage d'un monde à l'autre fut très naturel. Je n'ai eu qu'à transformer un hobby en activité professionnelle. Au départ, je n'ai écrit la première partie de Cla$$war que pour voir comment je pourrais gérer le format et si vraiment j'étais fait pour cela. En fait j'étais plutôt fier de ce premier essai, et je suis parti à la recherche d'un éditeur. Coup de chance, l'éditeur Com.X venait juste d'arriver sur le marché et restait ouvert à tous les projets de séries ou aux scénarii refusés ailleurs. Je les ai rencontrés à la convention de Bristol où j'ai réussi à leur glisser un exemplaire du script... Quelques mois après, ils me contactaient pour me dire qu'ils adoraient et qu'ils voulaient le publier. En y repensant, j'ai eu vraiment beaucoup de chance, en particulier pour une question de timing. Je suis arrivé pile au bon moment.

 

Avez-vous essayé d'être publié par Marvel ou DC ? Quelle a été leur réaction ?

J'ai eu quelques rapprochements avec eux mais cela n'a jamais vraiment abouti. J'ai développé une série pour Marvel qui n'a malheureusement pas survécu jusqu'à la publication. Dans le même genre, j'ai très récemment réalisé une histoire en deux parties pour Batman chez DC. J'ai même été payé, mais au dernier moment ils ont décidé de changer la direction éditoriale et mon histoire est passée à la trappe. Imaginez ma déception. Mais je ne perds pas courage, et j'aimerais vraiment travailler avec l'un ou l'autre dans le futur. Wait an' see.

 

Certains titres publiés par Marvel ou DC montrent parfois ce type de liberté de propos (Ultimates, The Invisibles....), d'après vous quelle est leur limite ?

Je trouve vraiment qu'il existe encore chez eux un bel espace de liberté de création. Certes Marvel publie des histoires classiques de super héros, efficaces et grand public, mais c'est vrai qu'ils publient aussi un titre comme The Ultimates. C'est sûrement l'un des meilleurs titres jamais parus chez eux et c'est très acerbe sur la politique étrangère américaine. Dans le même ordre d'idée, il y a aussi le Punisher de Garth Ennis qui est incroyablement méchant et violent, mais ils le publient quand même. DC est d'habitude beaucoup plus conservateur mais avec Vertigo ils se permettent tout de même de sortir de bonnes séries pour adultes. La majorité des publications Marvel et DC joue trop souvent la sécurité, mais si l'on regarde bien, il y a toujours un peu de place pour des auteurs ayant plus le sens de l'aventure.

 

Cla$$war est un comics violent et surtout politiquement très impliqué. Comment l'œuvre a-t-elle été reçue par le lectorat américain ?

Et bien, c'est difficile à croire, mais il a été particulièrement bien reçu. La plupart des prix ou bonnes critiques pour Cla$$war viennent des USA. J'avais vraiment peur que les américains ce sentent offensés, mais ils ont tout à fait compris que je critiquais la belliqueuse politique du pays et de ses dirigeants, pas le pays dans son entier, et surtout pas ses habitants. En fait, Cla$$war est vraiment pro-américain dans le bon sens du terme, c'est à dire en mettant en avant les vraies valeurs qui ont construit ce pays. Il me semble que l'on a eu une critique qui disait  « mais bon Dieu pour qui se prend cet anglais pour nous parler comme ça ! », mais la majorité des américains ont vraiment été positifs. Il est très facile d'oublier qu'au moins la moitié du pays n'a rien de fans de Monsieur Bush, ne voulaient pas faire la guerre en Irak, etc.. Et je suppose que si vous vous rendez à la librairie pour acheter un comics du nom de Cla$$war, vous aurez sûrement l'esprit ouvert.

 

Cette série était au départ prévue en 12 numéros, pourtant seulement six ont été édités. Pourquoi la suite n'a-t-elle pas encore été publiée ?

C'est tout simple : on attend le bon moment. Actuellement Com.X travaille sur la promotion de la première partie en essayant de la présenter sur le plus de média possibles pour mieux la faire connaître. Ils préfèrent mettre en stand by toute suite de Cla$$war jusqu'à ce qu'ils soient sûrs de profiter d'une attention maximale lorsque l'annonce de publication de la deuxième partie sera faite. Ne vous inquiétez pas, j'ai vraiment l'intention de voir en librairie la suite de Cla$$war car cela avait toujours été prévu en 12 numéro. Si suffisamment de personnes votent avec leur portefeuille et achètent les exemplaires, Com.X ne se fera pas prier pour publier le reste, c'est sûr.

 

Pouvez-vous nous donner quelques éléments de la seconde partie ?
Jefferson devient un danger majeur. Il faut dire que si sa transformation avait pour but de défendre le président, le résultat final ne va pas vraiment dans ce sens... En fait, vous avez un petit avant-goût de ce qui va se passer dans le flash forward de la fin de « Confusion à Glenada ». Washington DC en flammes, une énorme bataille entre super-héros, et il y aura aussi la meilleure conférence de presse d'un président jamais écrite ! Je l'avais en tête depuis des années et j'ai franchement adoré l'écrire. Le pauvre président va devenir de plus en plus fou... en fait il est comme Richard Nixon mais avec un VRAI problème émotionnel.

 

A la lecture de Cla$$war, on pense beaucoup aux Watchmen d'Alan Moore et à Authority de Mark Millar. Ces titres ont-ils été pour vous une source d'inspiration ?

La série d'Alan Moore a été ma principale source d'inspiration lorsque j'étais jeune. Il a montré que l'on pouvait faire du comics de super-héros avec intelligence. Marvelman et surtout Captain Britain m'ont complètement traumatisé la première fois que je les ais lus. Alors oui, forcément, il y a sûrement un peu de ces séries dans Cla$$war. J'ai également lu The Authority et Stormwatch, juste après avoir écrit la majorité de Cla$$war, donc on ne peut pas vraiment dire que Ellis et Millar soient vraiment des influences, mais j'adore ces BD. Pouvoir, politique, un bon niveau de cruauté et un sens de l'humour imparable en font de très grands comics.

 

En parlant de Captain Britain, le super héros anglais de chez Marvel : Auriez-vous des projets pour ce personnage créé par Alan Moore ?

C'est un peu mon plus beau rêve... Mais c'est surtout à Marvel qu'il faudrait en parler.

 

Y a-t-il des éléments, des idées de votre scénario que vous avez-vous-même censurés, sachant qu'ils ne seraient pas acceptés par les lecteurs ?

Non, il ne me semble pas. L'idée de Cla$$war était justement d'aller jusqu'au bout et de ne surtout pas se retenir. On a un président qui se masturbe dans la pièce du bureau ovale, les organes intérieurs de Jefferson qui sortent de son anus.... On peut dire que l'on ne s'est pas retenus. Il ne me semble pas non plus que Com.X ne m'ait jamais demandé d'adoucir quoi que ce soit. Je pense sincèrement que si Cla$$war dépote autant, c'est grâce en grande partie à cette liberté.

 

Encore une fois, c'est un anglais qui écrit un comics de super héros qui sort des sentiers battus. Quelle est selon vous la différence entre les scénaristes anglais et les scénaristes américains ?

Je vais peut-être généraliser un peu mais je pense que les anglais sont bien moins respectueux des super-héros que ne le sont les américains. On a grandi avec des BD comme 2000AD (l'univers du fameux Judge Dredd, ndlr), Action, Battle and Warrior, qui étaient franchement adultes et anti politiquement correct. Les américains on surtout grandi avec des BD de super-héros très classiques et iconiques. On peut justement voir le mélange entre ces deux orientations chez des auteurs comme Mark Millar et Grant Morrison qui adoraient visiblement les super-héros quand ils étaient jeunes, mais qui ont aussi manifestement lu des BD de guerre et de science-fiction. Tout cela donne des mélanges du meilleur effet qui permettent de renouveler un peu le monde des super héros. Si vous êtes un enfant aux USA, les BD ne contiennent que des supers-héros, et du coup lorsque vous devenez scénariste, vous restez très proche de ces modèles.

 

Vous travaillez actuellement sur une nouvelle série Star Wars pour Dark Horse. Jusqu'à quel point êtes-vous libre sur ce type de comics ?

Eh bien j'ai été très étonné de la liberté créative dont j'ai pu profiter jusqu'à maintenant sur cette nouvelle série Star Wars. Forcément, cela reste du Star Wars, donc il n'y a vraiment rien qui pourrait justifier un scénario à la Cla$$war  ou quelque chose avec des litres de sang, des tronçonneuses ou du sexe dans tout les coins... On écrit avec la ligne directrice de la saga en tête. Mais il y a eu un moment où l'on s'est pris à essayer un petit truc un peu plus osé et adulte dans l'histoire et curieusement, Lucasfilm a donné son approbation. Donc actuellement j'écris une nouvelle histoire de La Guerre des étoiles en cinq parties qui s'appelle Rebellion, dessinée par Brandon Badeaux. Un artiste à suivre. Je suis sûr que ce sera une énorme star dans le futur.   Mais outre Star Wars, je viens de créer un personnage appelé Leviticus Smith pour The Judge Dredd Magazine et deux récits, Breathing Space et The Ten-Seconders que vous pourrez retrouver dans 2000AD. J'ai de quoi m'occuper !

Nathanaël Bouton-Drouard





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