ENTRETIEN AVEC CORBEYRAN, AUTEUR DES STRYGES
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Corbeyran, Créateur de Dieux

A l'occasion de la sortie d'un nouveau volume de la saga des Stryges, retour sur une ancienne interview  du scénariste Corbeyran (Asphodèle, Kid Korrigan, Le Régulateur...) enregistré à l'époque du 8eme tome du Chant des Stryges. Un petit travelling sur l'ensemble de cet univers inquiétant qui n'a de cesse de connaitre de nouvelles extensions.

 

 

Comment vous est venue la création du Chant des Stryges et de cet univers si particulier ?

En se baladant sur les quais avec Richard (Guerineau, ndlr), on faisait les bouquinistes où on a trouvé un étrange bouquin datant d'avant la Seconde Guerre Mondiale, dans lequel l'auteur prétendait qu'une race ornithomorphe serait aux manettes de la régulation du monde. Ca nous a d'abord fait marrer parce qu'il était en anglais et que l'on s'est donc retrouvé à le traduire approximativement tous les deux. Et puis cela nous a donné envie de démarrer cette aventure en prenant le postulat que cet écrivain avait raison et qu'il était un peu de notre devoir de divulguer ces informations qu'il avait amassées. Nous voilà donc partis à inventer une réalité parallèle dans laquelle ces créatures existent depuis plus longtemps que nous.

 

La série Le Chant des Stryges est annoncée en trois saisons, dont la seconde vient seulement de commencer. Cette construction était prévue dès le départ ? Vous avez déjà en tête la structure et les scénarii des prochains albums?

On voulait quelque chose d'un peu copieux à la manière de Lovecraft qui avait inventé une mythologie puis écrit ses romans en y faisant plus ou moins référence. On a donc préparé cette mythologie stable autour des Stryges. Ce qui nous a permis d'explorer le sujet sous tous les angles, sous différentes époques pour montrer l'ancienneté de leur présence, sous différentes sensibilités pour montrer que ce ne sont pas seulement les hautes sphères qui sont concernées mais aussi les gens de la rue. Tout ça était donc prévu d'avance. La série principale était entièrement constituée autour du personnage de L'Ombre, une femme un peu mystérieuse sans présent ni avenir. Dans le premier cycle, elle est ainsi une énorme présence, dans le second on va explorer son passé et enfin le troisième sera sur son devenir.

Quand on s'attaque à ce genre d'histoire, il vaut mieux verrouiller un petit peu le chemin de manière à ne pas perdre les gens en cours de route. Sans dire que toutes les issues sont prévues, l'ensemble est défini depuis longtemps... ce qui n'empêche pas les imprévus, l'arrivée de nouveaux personnages ou la disparition d'autres de façon inattendue. « En gros, une autoroute n'empêche pas les bretelles ». Il faut un truc solide et puis autour de ça on se nourrit de l'actualité et des évolutions technologiques.

 

Les Stryges sont des créatures étranges dont les origines restent encore très mystérieuses. Avez-vous préparé en amont une bible complète sur leur naissance et leur évolution ?

On utilise les albums comme des petites scénettes sur lesquelles on ouvrirait le rideau pour montrer une partie de leur histoire. Mais nous, on a déjà écrit pas mal de trucs auxquels on se réfère. Parce que je pense que si l'on n'avait vraiment rien écrit, cela se verrait dès que l'on ouvre le rideau. Alors que là on essaye vraiment que les choses soient cohérentes par rapport aux autres. Dans le bouquin que l'on avait trouvé, il n'y avait pas vraiment autant d'éléments de décrits. On a donc échafaudé tout un tas de théories où on a ajouté un peu de notre mythologie judéo-chrétienne. Donc tout est relativement cohérent. Le médium bande dessinée permet vraiment la réflexion grâce au travail sur la longueur. Cela fait des années avec Richard que l'on réfléchit dessus, ce qui nous a laissé beaucoup de temps pour alimenter tout ça. C'est vrai que d'attendre un an entre chaque album c'est chiant pour le lecteur, mais pour nous c'est relativement pratique. En plus je ne pense pas que l'on pourrait aller vraiment plus vite.

 

Quand on regarde la trame de l'histoire, certains éléments scénaristiques et l'époque à laquelle le premier album du Chant des Stryges est sortit, on pense inévitablement aux X-Files...

Notre principale référence avec Richard depuis le début à été Lovecraft. Mais maintenant quand on dit Lovecraft au jeune public, il nous regarde avec des yeux ronds. C'est quand même un mec qui après Edgar Poe a inventé le fantastique « sombre » qui aujourd'hui n'est plus vraiment à la mode. Nous on ne voulait pas tomber dans le piège, que nous n'avions pas évité avec notre série précédente, qui était d'avoir des références qui ne touchent pas le lecteur. On s'est alors dit qu'X-Files marchait très bien auprès du public. On a donc « habillé » notre série des oripeaux de la création de Carter en faisant toujours référence à notre vieil ami Lovecraft. Et effectivement ça a pas mal réussi. En plus pour s'amuser, mais aussi pour bien montrer que ces emprunts n'étaient pas du tout honteux, on a fait quelques clins d'œil bien visibles :  un personnage aux traits de Mulder qui apparaît dans une scène d'interrogatoire, ou un autre sous les traits de l'homme à la cigarette. Quant à la bestiole découverte dans le désert puis autopsiée, la ressemblance vient surtout du fait que Carter à dû être tout aussi marqué que moi par cette fameuse vidéo « d'autopsie d'un extraterrestre » qu'avait diffusée, il y a quelques années, monsieur Jacques Pradel.

 

Le Chant des stryges est un thriller politique et fantastique, alors que les deux autres séries, Le Clan des chimères et Le Maître de jeu, explorent beaucoup plus l'aspects mystiques et féériques de la mythologie...

Il fallait donner une identité à chaque série et presque avoir un genre. Le Chant des stryges s'assimile effectivement à un thriller politico-fantastique, Le Maître de jeu est presque un slasher avec tout ce qu'il faut de trucs pour adolescent et Le Clan des Chimères s'apparente plutôt à une saga légendaire avec des kobolds et même des dragons qui vont apparaître dans le volume 4. En fait l'idée est de visiter chaque époque avec tous ce qu'elle a de particulier et surtout se servir de la vision des gens de l'époque pour alimenter le récit. Par exemple pour Le Clan des chimères qui se situe au moyen-âge, les gens croyaient que les fées ou autres créatures existaient et cela faisait partie de leur quotidien. On l'a donc reproduit tel quel dans les albums de manière presque naturelle.

 

 

Remerciement à Corbeyran et Maud Beaumont

Nathanaël Bouton-Drouard



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