ENTRETIEN AVEC DOUGLAS WHEATLEY
Image de « Entretien avec Douglas Wheatley »
site officiel
portoflio
Partagez sur :
s_bd
Douglas Wheatley, dessinateur

Beaucoup de dessinateurs des séries Star Wars sont arrivés chez Dark Horse un peu par hasard, officiant sur les nouvelles aventures dérivées des films de George Lucas comme il cachetonneraient pour le dernier one-shot de Superman. Douglas Wheatley n'est pas de ceux-là. Lui est un authentique fan, nourri par la saga depuis sa prime enfance, et profondément marqué par l'inquiétante silhouette de Dark Vador. Un amour immodéré que l'on retrouve dans chacune de ses pages, et qu'il aime à partager autour d'un bon café...

Depuis quand envisagiez-vous de devenir  artiste de comics ?
Je n'ai découvert les comics que très tardivement, à l'âge de 21 ans. N'en n'ayant jamais lu dans mon enfance, je fus forcément extrêmement surpris de leur impact visuel quand enfin je les découvris. Avant cela je lisais surtout des romans. Je me suis donc rendu dans une boutique spécialisée et j'ai vu cette superbe couverture avec un éclairage plus que dramatique. Et je n'ai même pas demandé quel était le sujet du livre, mais simplement « combien ? ». Après l'avoir acheté, je me suis rendu compte qu'il s'agissait de Batman The Dark Knight Returns. J'étais furieux contre moi-même car la seule image de Batman que j'avais en tête à cette époque était celle de la vieille série TV. Je me disais que j'aurais quand même pu me renseigner avant d'acheter ce truc pour 65 dollars ! Heureusement je l'ai lu. Et après avoir fini l'album je me suis dis « voilà ce que je veux faire ». Je suivais déjà, et ce depuis un moment, des cours de dessin, ce n'était donc pas totalement impossible. Ca m'a paru une réorientation très naturelle.    

Et quel a été votre premier travail professionnel ?
Je suis allé un été au Comic-Con de  San Diego et j'ai montré mon travail à toute la profession présente. Mais je n'étais pas vraiment encore au niveau. J'ai pourtant réussi à obtenir mon premier job : Space Patrol... Et c'était vraiment très mauvais. Je n'ai pas retravaillé pendant quatre ans. Mon premier travail digne d'intérêt fut donc Nightstalkers pour Marvel, et ensuite très rapidement des épisodes de Blade. C'est là que ma carrière a véritablement commencé.

 

Comment en êtes-vous venu à vous intéresser à l'univers de Star Wars ? Êtes-vous à la base un véritable fan ?
J'ai été un fan de Star Wars toute ma vie. J'ai vu le premier film à huit ans. Juste après j'ai supplié mes parents de m'acheter une figurine de Dark Vador. Je l'emmenais partout avec moi, le montrais à mes copains à l'école... Je dessinais Dark Vador tout le temps. J'ai toujours eu une véritable fascination pour ce personnage. Je pense que cela est dû en partie au fait que le jour de la Première, un type déguisé en Vador est venu lancer le film. Etant enfant, je ne comprenais par vraiment ce qui se passait. C'était totalement irrationnel. Et alors le film a commencé et c'était encore meilleur. Evidement le costume du type n'était pas vraiment au point, ni même ressemblant, mais pour un enfant, ce n'était pas grave. Le plus important était la symbolique. A partir de ce moment, Star Wars est vraiment devenu une part essentielle de ma vie. Dans un sens je n'ai pas vraiment de souvenir d'un monde sans Star Wars. C'est un film qui a transformé notre vision de la fantasy. Je me demande parfois à quoi ressemblerait le space-opera sans Star Wars : c'est quasiment son origine. 

A quel moment avez-vous commencé à travailler au sein de cet univers?

J'ai été invité à signer une couverture pour la série Bounty Hunter. J'étais vraiment excité. J'ai mis la bande originale de Star Wars dans mon lecteur CD et j'ai commencé à travailler. J'étais tellement content. La seule chose que j'espérais était de pouvoir faire un jour une couverture avec Dark Vador (rires). A peu près un an et demi plus tard, on m'a demandé de travailler sur un nouveau projet Star Wars, mais cette fois-ci avec les vraies stars ! Depuis j'essaye d'étudier le plus souvent possible pour que les fans n'aient pas à me corriger constamment. C'est un univers si spécifique. Par exemple si vous travaillez sur les X-Men, c'est assez facile à adapter parce que c'est une formule très simple, les personnages ne changent pas tant que ça d'un album à l'autre. Avec Star Wars le monde est si précis et à été peint ou développé tant de fois... Et quand il faut le designer pour la première fois, il faut que ça corresponde précisément au langage. Et puis les fans sont si exclusifs qu'ils se mettent vite en colère si jamais on dessine un vaisseau dans le style de Galactica ou autre. Et surtout pas Star Trek... Ca serait presque vulgaire (rires) !

On peut être fan des deux, non ?
Oui... comme mon père par exemple. On ne peut pas dire que je sois fan de Star Trek. J'aime beaucoup, j'ai vu tous les films... mais j'ai toujours eu l'image de Dark Vador dans ma tête donc...

 

Y a-t-il quelqu'un chez Dark Horse qui soit justement en charge de vérifier si les différents artistes respectent bien le  « Star Wars Universe » ?
Absolument. Vous savez la difficulté vient du fait que l'univers de Star Wars est tellement spécifique qu'on impose aux artistes des demandes qui ne sont normalement pas de mise dans le monde du comics. Est-ce que je me sens prisonnier ? Quand ça concerne Star Wars j'ai un peu du mal à dire ça. Il y a en définitive deux cas de figures : les créations personnelles, dont vous êtes à l'origine, et celles pour lesquelles vous êtes engagé.  Donc quand j'accepte un travail dans la série Star Wars, je le fais en prenant en compte le fait que je vais travailler sur le terrain de jeu d'une autre personne, en l'occurrence George Lucas. Mon rôle n'est pas de réinventer cet univers, mais bien de donner le meilleur de moi-même pour livrer des pages qui s'intègrent parfaitement à ce que l'on connaît déjà et que, si possible, les fans acceptent d'intégrer à l'Univers étendu. Cela demande que l'on fournisse vraiment un travail de recherche afin de bien comprendre tout ce qui a été fait avant. Et oui, il y a donc bien des personnes qui ont été engagées pour surveiller notre travail. Mais d'un autre côté, des personnes comme Randy Stradley (éditeur des comics Star Wars, ndlr) sont vraiment motivées pour apporter de nouvelles idées pouvant à la fois s'intégrer au reste de la saga tout en évitant de rejouer encore et toujours la même histoire. Il prend tout de même des risques. Si vous regardez de temps en temps sur le forum de Dark Horse, vous verrez que ces risques ne sont malheureusement pas toujours appréciés. Certains fans n'hésitent pas à demander « pourquoi ruinez-vous la saga ?  » Mais au final, c'est Lucasfilm qui a le dernier mot.
Je peux quand même dire avec une grande honnêteté que chez Dark Horse, il y a une réelle volonté d'apporter un haut niveau de qualité à chacune des productions. On travail dur, mais on s'amuse vraiment beaucoup à parler de ce que l'on pourrait faire ou non... par exemple il n'y aura plus jamais de lapin vert (rires ; référence aux vieux comics Marvel, ndlr) !

Participez-vous à l'élaboration des scénarii ?

Bien sûr. On organise très souvent des conférences par téléphone (je vis au Canada et le scénariste aux USA). Je dirais que j'ai quelques incidences sur le récit, mais vraiment très peu. En tant que scénariste occasionnel, je peux avoir mes idées, mes concepts, mais dès que cela touche à Star Wars, la plupart du temps je laisse le travail d'écriture à ceux qui ont l'expérience nécessaire.  Ecrire pour soi peut être difficile, mais écrire dans les limites d'un univers préconçu nécessite une compréhension globale de la mythologie.  Pour l'instant je préfère attendre un peu et continuer mon apprentissage.

Quelles ont été vos relations avec Lucasfilms pendant la préparation de l'album de La revanche des Sith ?
Très bonne il me semble. Quand nous préparions l'adaptation, ils nous ont invités au Skywalker Ranch pour nous faire découvrir les premières minutes du film - si je dois vraiment tout vous raconter, j'espère que vous avez des cassettes de secours. J'étais vraiment excité. Déjà pendant le trajet j'étais tout nerveux, mais une fois là-bas j'étais comme un gosse. Je me faisais violence pour tenter de faire « professionnel ». Tout de même, c'est là que travaille George Lucas, qu'il trouve ses idées... Il y a toutes ces peintures et sculptures partout...C'est vraiment un lieu magnifique. C'était la première fois que j'étais aussi impressionné par l'architecture d'un lieu. Je ne sais pas si c'était l'euphorie ou l'architecture, mais j'avais presque l'impression que la lumière de Dieu tombait sur moi. J'étais inspiré. Presque autant qu'ici en France. Même Dieu, expérience différente. La cour aussi était vraiment très impressionnante. En particulier avec cette statue de Yoda, taille réelle, en son centre. J'étais tellement ému que j'avais l'impression d'être face à la statue d'une divinité antique. Enfin... Ils nous ont donc fait entrer pour une lecture du scénario et le visionnage de scènes animatiques ou de story-boards. C'était vraiment extraordinaire de découvrir ainsi l'envers du décor.  Pour finir nous nous sommes tous regroupés (les responsables des romans, de Dark Horse, des jouets...) dans une pièce avec une immense table en son centre. Il y avait tellement de figurines et de statuettes partout que l'on se serait cru dans une vitrine Hasbro. Personne ne savait à l'époque que le film s'appellerait La Revanche des Sith, on se contentait donc de le nommer le « troisième épisode ». Etre seulement assis à cette table pour parler du dernier film... Lucas a toujours été très secret sur ses créations, du coup le fait d'y participer, même de façon plus que minime, me donnait l'impression d'être spécial.
Le scénario me paraissait vraiment énorme. A tel point qu'une grosse partie à été coupée pour aboutir à la version filmée. Alors que Lucas tournait son film, j'ai eu quelques coups de fil pour me dire que certains passages avaient été coupés et ne devaient donc plus figurer dans la BD, ou bien devaient être entièrement transformés... et ce même si les pages étaient quasiment terminées ! Heureusement ce n'est pas arrivé si souvent parce que notre progression n'était pas particulièrement rapide. Il faut dire que l'on manquait souvent de repères visuels et je devais les harceler pour obtenir quelques designs ou images du film.  De toute façon, Randy m'a ensuite précisé que cela devait être plus une adaptation du scenario que du film terminé. Cela permettait d'apporter quelques nouveautés et séquences inédites. La plus marquante est celle du meurtre de Shaak Ti par Grievous.  

Venons-en à votre actualité, comment s'est déroulée la création de Dark Times ?
Dark Times est une série vraiment excitante car, comme vous le savez, on ne s'intéresse pas forcement aux personnages archi-connus de la saga, mais bien à l'univers global de Star Wars et aux transformations qu'implique la naissance du nouvel Empire.

Avez-vous été totalement libre sur cette série ?
Eh bien, comme de nombreux projets sont actuellement en préparation autour de cette période, comme les romans ou la nouvelle série TV, on a forcément certaines frontières que l'on ne doit pas franchir. Au fur et à mesure que tout le monde progressera, on aura une meilleure idée de la manière dont on pourra croiser ou non les différents récits. Et puis, je me répète, mais Randy Stradley et l'équipe de Dark Horse sont très impliqués dans la validation de lignes directrices et de la chronologie de chaque publication. Du coup ça nous pousse encore plus à amener de nouvelles histoires qui valent vraiment le coup.

Comment c'était de pouvoir une nouvelle fois dessiner votre héros, Dark Vador ?
Il est un peu comme un ami très proche, pour moi. Il a toujours été présent dans ma vie et j'adore son apparence. Je travaille donc vraiment très dur pour essayer de capturer son essence dans mes dessins. Mine de rien, c'est un personnage vraiment difficile à peindre, avec toutes ses aspérités et ces angles sur son armure, et je passe beaucoup de temps à chaque fois, juste sur ses apparitions. Je veux qu'il soit parfait.

 

Dans Dark Times justement vous lui offrez très souvent des pleines pages, ou des mises en scènes dynamiques...
C'est vrai.  Surtout que dans Dark Times il y a vraiment des intrigues qui tournent autour de lui, et qui sont à la fois très importantes pour son évolution et pour la série dans son ensemble. La première de ces intrigues concerne précisément l'esclavage. C'est une excellente idée de la part de Welles Hartley, parce que justement Anakin a  été lui-même esclave lorsqu'il était enfant.  J'ai lu le roman Dark Lord immédiatement avant que l'on ait commencé à travailler sur Dark Times pour bien me rendre compte de la trajectoire du personnage. Il est d'ailleurs extrêmement complet, ce livre. Mais l'élément qui manquait était à mon avis sa réaction face à l'esclavage mis en place par l'Empire. Dans l'Histoire réelle on a connu des dictateurs qui ont provoqué un impact similaire sur le monde et dont les noms sont devenus synonymes de mort et de destruction. Pas besoin de revenir sur qui ils sont, on les connaît tous.  Ils sont les symboles de notre réalité de ce genre de choses. Et Dark Vador est devenu ce symbole pour l'Empire. Tout au fond de lui, il y a cette infime partie restante du vrai Anakin et qui continue de le torturer. C'est pourquoi on peut aussi facilement se projeter dans ses tourments. Je pense que l'on a tous ce type de relation avec nous-mêmes : ce combat entre celui que l'on aimerait être, et cet autre qui déçoit les autres et nous-mêmes. Bon dans le cas de Vador c'est effectivement extrême. En résumé, dans notre série, si je le mets aussi souvent en avant, c'est tout simplement parce que tous les évènements découlent de ce qui advient de Vador, qu'il soit présent ou non.

Nathanaël Bouton-Drouard














Partagez sur :
Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2021