ENTRETIEN AVEC JASON PELL
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Jason Pell, scénariste - Zombie Highway

Presque tout jeune dans l'industrie du comics, le scénariste Jason Pell s'est rapidement fait remarquer par la « fun attitude », ou la « funitude » de son road comics Zombie Highway. Une reconnaissance qui l'a gonflé à bloc comme le prouve cette petite interview à laquelle il a bien voulu se prêter.

 

Pouvez-vous nous raconter votre parcours avant de vous lancer dans le scénario de BD et quels ont été vos premier travaux ?

 

J'ai un grand frère de 12 ans mon aîné qui collectionnait les comics, donc même le petit garçon que j'étais pouvait mettre ses petites mains dodues sur de bons trucs. Très vite, les BD qui brassaient des thèmes horrifiques se sont révélées celles qui m'attiraient le plus, celles avec qui j'avais envie de passer le plus de temps possible. Et en particulier le run d'Alan Moore sur Swamp Thing. C'était vraiment intense, cérébral, et parfois même dérangeant. Il y avait cet épisode où l'on voyait des sortes d'animaux parlants quitter leur planète pour échapper à l'extinction, se poser sur la nôtre et se faire bouffer par un alligator. Ouch ! J'ai mis longtemps à m'en remettre.
Enfin, j'espère qu'un jour je créerai un livre qui produira ce genre d'effet. Pas forcément effrayer les jeunes enfants, ce qui sonne un peu... bizarre pour le coup. Mais plus, réussir à laisser les lecteurs avec une drôle de sensation qui dure longtemps après la fin de l'histoire.
Sinon, mes premiers boulots  dans le comics furent Grell, un western d'horreur sur lequel j'aimerais revenir un jour, et  The Picture Show où l'on pouvait voir pour la première fois Mouse, Tag, Yeti et Kuji.

 

D'où vous est venue l'idée de Zombie Highway ?

 

En fait ça a commencé comme une grosse blague. J'aimais, et j'aime toujours, m'en prendre à de mauvais film ou de mauvaises BD.  Je ne le fais pas vraiment en public, mais avec des amis c'est vrai que je ne m'amuse jamais autant qu'en m'acharnant sur des divertissements foireux. C'est ce genre de sarcasmes qui m'ont motivé pour commencer Zombie Highway. Je voulais faire quelque chose d'amusant, de malin, et surtout jouer avec tous les clichés habituels. Cependant, en écrivant, je me suis rendu compte que ce n'était pas qu'une simple blague. Derrière tout cet humour crasse et ces situations stupides, il y avait quelque chose qui se passait. Je suis tombé secrètement amoureux des personnages et du sujet. Je n'ai vraiment aucune idée de ce qui a opéré ce changement. C'est comme la fille pour laquelle vous n'avez aucun intérêt jusqu'à ce que vous la voyiez avec Chad, la grande gueule en tenue cuir inconfortable, rivée à sa grosse moto.

 

Vous êtes crédité comme le créateur de la série. Qu'ont apporté les dessins de Roberto Viacava à votre concept initial ?

 

J'avais écrit une courte histoire, Hot Wheels and Cold Bodies pour The Picture Show et j'en avais envoyé des extraits à plusieurs artistes et parmi ceux-ci c'est Roberto qui a répondu. Une fois que l'on a achevé ce récit, je me suis dit que ça y était, j'avais fait mon truc de zombie et que je n'avais pas forcément besoin d'y revenir. Fin.
... sauf que qu'à un moment je me suis assis et j'ai commencé à vraiment regarder les pages de Roberto. A vraiment les examiner. Ses dessins m'ont permis de réaliser que ces personnages avaient bien PLUS à dire. Leur histoire était encore à raconter. Depuis, je dédicace chaque numéro à Roberto parce qu'il m'a justement permis de voir ça.

 

Au vu des nombreux clins d'œil au film de Sam Raimi, j'imagine qu'Evil Dead est l'une de vos inspirations principales. En avez-vous d'autres ?

 

Evil Dead et L'Armée des ténèbres sont bien évidemment une énorme source d'inspiration. J'adore ces !@^$#@ de films.  Je voulais vraiment retrouver ce sens du fun dans mes comics. Je précise quand même que c'était bien avant qu'ils se mettent à adapter la trilogie en BD. En lisant la suite de l'histoire vous vous rendrez compte en revanche que le récit va prendre peu à peu une tournure un peu plus pesante. Je suis un grand admirateur de HP Lovecraft et je pense que cela va très vite devenir évident.   

 

Comment expliquez-vous le succès de votre série ?

 

Franchement, c'est entièrement à porter au crédit de nos lecteurs. Zombie Highway est une œuvre indépendante donc nous n'avons pas vraiment de moyen de communiquer autour. Ce sont uniquement les lecteurs et les critiques qui ont fait tout le travail de bouche-à-oreille. Je voudrais tous les embrasser sur la bouche... s'ils me laissaient faire.

 

Qu'a apporté le passage du noir & blanc à la couleur ? Le côté « Nuit des morts-vivants » ne vous manque-t-il pas un peu ?

 

Cela a occasionné de longs débats. Personnellement, je l'avais toujours voulu en couleur. Parfois c'est vrai qu'il semble que les comics en noir & blanc profitent d'une meilleure estime, mais pour moi, les personnages étaient trop hauts en couleur pour que je la leur refuse. En fait, certains des derniers, et prochains numéros reposent justement sur l'utilisation, ou non, de certaines couleurs... Donc je pense vraiment que c'était une bonne idée. Cependant, si un certain « Story Arc »nécessite que l'on retourne au noir et blanc, on n'hésitera pas.

 

Que pensez-vous de la vague actuelle de comics avec des zombies ? Même Marvel s'y est mis !

 

Yep, les zombies sont partout de nos jours. Je veux pas avoir l'air du vieux monsieur qui a passé ses journées à traîner sa carcasse devant le vendeur de donut, mais à mon époque des roues en pierre et des chapeaux en peau de mammouth, il n'y avait pas autant de comics zombie. On ne peut pas dire que je sois le premier, et je peux citer une centaine de scénaristes qui ont exploré ce terrain bien avant moi, je veux juste dire qu'il n'y en avait pas tant que ça. Après le succès de Walking Dead, n'importe quel pèlerin s'est pointé avec son histoire de morts-vivant à raconter ou un filon à exploiter. Enfin bref, avec une telle saturation du marché, je remercie Dieu que Zombie Highway semble toujours aussi original et frais qu'au premier jour.

 

En dehors du vôtre, lequel vous a le plus marqué ?

 

J'essaie de ne pas trop en lire de peur que j'y trouve quelques similarités, ou que cela me décourage ou pire que cela m'influence de façon inconsciente. On peut dire de Zombie Highway que c'est une bonne ou une mauvaise BD, mais on n'a pas intérêt à dire devant moi que c'est juste une copie d'un autre titre.

 

Dès la deuxième partie du premier tome les zombies deviennent finalement assez accessoires dans votre histoire. Vous n'avez pas eu peur de perdre une partie de vos lecteurs ?

 

Les zombies n'ont pas de personnalité. Ils gémissent, ils se traînent et ils bouffent ce qu'ils arrivent à chopper.  Si vous écrivez un comics où les zombies sont plus intéressants que vos héros... il y a vraiment de quoi s'inquiéter. Je ne veux pas que les gens achètent  un numéro en se disant qu'il y aura forcément dedans un mec qui se fait dévorer par un zombie et qu'à l'arrivée, ils soient déçus. J'ai voulu le signifier dès le début : si c'est tout ce que vous recherchez, aller voir ailleurs. 

 

Savez-vous exactement quand et comment votre série va s'achever ou faites-vous évoluer votre histoire au fur et à mesure ?

Je ne sais pas exactement quand, mais cela se rapproche. En ce qui concerne le comment, oui, ça je sais. Je suis vraiment excité à l'idée d'y arriver et j'espére  plus que tout que les lecteurs sentent monter la sauce. Comme dans les prochains numéros où l'on explore vraiment le rôle de Moose et le gang dans cette apocalypse. C'est une idée que j'ai mise en place depuis le début.  Attendez-vous à ce qu'à partir de là, la série prenne une direction inattendue. C'est devenu moins une histoire de vengeance que de la recherche de la foi en « quelque chose » et peut-être même combattre le destin.  Un but difficile à atteindre pour n'importe qui il me semble.

 

Quel sont vos relations avec Digital Webbing ? Comment peut faire un petit éditeur pour se faire remarquer entre deux mastodontes comme DC et Marvel ?

 

Digital Webbing est un collectif d'artistes et de scénaristes. La seule différence, c'est que pour la plupart vous n'avez pas encore entendu parler d'eux. Ed Dukeshire, le propriétaire de Digital Webbing, je le suspecte de penser qu'il existe encore plein de talents dans la nature attendant d'être découverts. Et il tente d'y remédier.
D'ailleurs pendant que j'en suis avec faire le lèche-botte, je tiens vraiment à remercier Fred Wetta. Il m'a permis d'atteindre de nouveaux lecteurs, et c'est vraiment un beau cadeau. Et avec une couverture en dur ! Je ne sais pas lire le français, mais que je sois damné si ça ne fait pas classe sur mon étagère !  
Quand à se faire remarquer... je ne sais pas vraiment comment répondre à cela. C'est comme une bataille perdue d'avance et ce n'est pas vraiment parti pour s'arranger. J'imagine juste le genre de comics que j'aurais aimé lire et relire si je tombais dessus. Et j'espère que ça arrive à beaucoup de monde... de tomber.

 

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur vos futurs projets ?

Bien sûr ! Vous pouvez vous attendre à de nouveaux Zombie Highway. L'histoire en deux parties avec Sutter comme fil conducteur est merveilleusement horrible. J'attends de voir les réactions.
Je démarche aussi les éditeurs avec deux nouvelles séries. La première, Ghost Telling,  parle d'un frère et d'une sœur qui peuvent communiquer  avec les étranges esprits qui envahissent leur monde. La seconde, Woody and the Noble, s'intéresse à un garçon de 10 ans et son chien qui résolvent des affaires surnaturelles dans leur petite ville de DeepRoot, West Virginia. C'est bien taré, mais plein de cœur. Juan Romera s'occupe des dessins pour les deux et je trouve que ça rend merveilleusement bien. Si aucun éditeur ne mord à l'hameçon, je les publierai moi-même. Je ferais tout pour que ces histoires sortent d'une façon ou d'une autre.  Donc restez alertes.

Nathanaël Bouton-Drouard









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