ABSOLUTE DARK KNIGHT
Etats-Unis - 1986
Image de « Absolute Dark Knight »
Dessinateur : Frank Miller
Scenariste : Frank Miller
Nombre de pages : 512 pages
Distributeur : Panini Comics
Date de sortie : 21 août 2008
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Absolute Dark Knight »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Dans un futur proche, les super-héros ont disparus, poursuivis par le gouvernement américain. Superman n’est plus qu’une arme de défense au service d’un président imbécile et Batman est partit en retraite suite à la mort de Jason Todd, le second Robin. Mais un nouveau gang, les mutant, exerçant une violence gratuite et chaotique vont le forcer à sortir de sa cachette. Une résurrection qui n’est pas au gout de tout le monde, mais qui en tout ravit l’un des patients de l’asile...
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L'apocalypse selon Frank Miller

Après trois éditions pour la première partie, et deux pour la seconde, le diptyque Dark Knight de Frank Miller passe chez Panini Comics et se retrouve enfin réuni sous la forme d'un pavé colossal. Un box luxueux contenant en plus des deux sagas complètes une quarantaine de pages compilant croquis, illustrations noir et blanc façon Sin City, notes d'auteurs et même quelques extraits des premières versions du scénario, qui permettent une nouvelle fois de mesurer l'extraordinaire pertinence d'une BD qui n'a pas pris une ride.

A force de lire les comics actuels on a parfois du mal à se souvenir du temps où l'univers des super-héros était coloré et relativement positif. Il ne se passe plus un mois sans que l'on découvre de nouveaux travers à certains des personnages les plus charismatiques du genre, ou que les pires drames leur tombe sur le bout du nez. En fait tout cela à démarré en 1986 avec le Watchmen d'Alan Moore et bien entendu le Dark Knight Returns de Frank Miller. Tout juste proclamé sauveur des personnages en perte de vitesse après son run inoubliable sur Daredevil (ajoutant des connections avec le monde de Ninja et créant la fameuse Elektra), le scénariste / dessinateur passait chez l'ennemi pour lancer une série inédite, le fabuleux Ronin, et donner un petit coup de fouet à l'univers de l'homme chauve-souris. Mais plutôt que d'opérer une nouvelle relecture des origines du héros (il le fera l'année suivante avec Batman Year One, histoire d'imposer définitivement sa vision), Miller choisit de le propulser vingt ans dans le futur, dans un monde plus violent que jamais, une Gotham city dévastée où le crime est à son apogée depuis la disparition des hommes en collant et en particulier de son protecteur.

Batman Beyond

Un monde chaotique, largement pourris par un relais médiatique monolithique qui ne fait que relayer les propos abrutis d'un monde politique déliquescent personnifié par un président débile, annonçant curieusement le futur règne d'un certain W.  Une œuvre profondément politique, pur reflet des années Reagan, qui confronte le lecteur à son statut de spectateur lobotomisé et fustige un système rêvant de ressembler au Meilleur des mondes. Forcément dans un tel contexte Bruce Wayne se révèle plus impressionnant que jamais. Et si son âge lui crée quelques soucis physiques, il se montre d'une rage incroyable pour bousculer ses contemporains. Un peu comme son auteur lui-même qui ne cesse de brouiller les pistes, remplace Robin par une charmante gamine du nom de Cassie, transforme la Batmobile en tank (idée reprise dans Batman Begins), rend son visage à Double-face, transforme Superman en benêt ultra puissant contrôlé par la bannière étoilée et surtout initie l'idée que Batman n'est certes pas la source de la décadence de Gotham, mais bien la figure iconique qui a transformé sa criminalité en bande de psychopathes colorés.

Killing Joke

Le point d'orgue de l'album est donc irrémédiablement une nouvelle confortation avec le rigolard Joker (plus féminisé que jamais) revenu sur le devant de la scène uniquement pour le plaisir de jouer une dernière fois avec sa Némésis. Lassé de voir des comics enfantins et décontractés, Frank Miller le fait passer pied au plancher à l'âge adulte en y apportant violence graphique, un quasi-travail de journaliste, mais aussi une refonte totale de la narration dans le contexte de la BD américaine. Gavé de l'âge d'or des comics mais aussi grand amateur des mangas (totalement inconnus alors), Miller déstructure sa narration, explose les cases ou les enchevêtre pour mieux souligner la surabondance d'informations, et crée une réelle symbiose entre l'action et l'ambition scénaristique. Une œuvre totalement aboutie, qui continue d'obséder les lecteurs de la première heure mais aussi les auteurs amenés à s'intéresser par la suite au caped crusader (le fameux Killing Joke d'Alan Moore, ou le récent Hush de Jeff Loeb en sont les descendants directs). A tel point que tous les albums suivant de Batman ont dû subir la comparaison.

Le poing levé

Pas étonnant alors que bien des années plus tard (2001 pour être exact), DC comics se tourne une nouvelle fois vers Miller pour qu'il offre une suite des plus attendues à sa saga. Mais encore une fois Miller prend tout le monde à revers. Si les évènements décrits dans Dark Knight Strikes Again (ou DK2 pour les intimes) suivent de trois ans les évènements décrits dans la première partie, l'apparence générale est largement transformée. Certes l'encreur Klaus Janson (grand dessinateur d'ailleurs), au trait plus réaliste, n'est plus de la partie, mais le style de Miller s'est lui aussi largement transformé. Plus épuré, plus cartoon, voire plus cartooniste, il biaise le monde de Batman et lui donne l'aspect d'une farce tragique où rejaillit le panthéon DC (Wonder Woman, Green Lantern, Martian Manhunter, The Question...), vieilli mais plus extrême que jamais. Au passage il continue sa charge contre l'administration Républicaine (Reagan, Bush, même combat) et met une nouvelle fois à mal l'un des plus forts symboles de l'Amérique triomphante : Superman. Un héros totalement paumé, pris au piège par le plan diabolique de Lex Luthor et Brainiac, mais aussi face à la volonté presque révolutionnaire d'un Batman plus vindicatif que jamais qui lui octroie même un passage à tabac expéditif.

 

Un appel clair et net à la désobéissance civique, au réveil du peuple face aux manipulations de ses dirigeants qui, une fois encore, montre l'énergie et l'intelligence d'un artiste qui n'a pas fini de bousculer le petit monde de la bande-dessinée.

Nathanaël Bouton-Drouard






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