DORORO T.1
どろろ - Japon - 1967
Image de « Dororo T.1 »
Dessinateur : Osamu Tezuka
Scenariste : Osamu Tezuka
Nombre de pages : 416 pages
Distributeur : Tonkam
Date de sortie : 3 février 2021
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Dororo T.1 »
portoflio
LE PITCH
Hyakkimaru est né amputé de 48 parties de son corps, chacune ayant été emportée par un démon avant sa naissance. Devenu un jeune homme, il se découvre le pouvoir d'attirer vers lui monstres. Accompagné de Dororo, un petit voleur, il part à la recherche d'un endroit où il pourra enfin vivre en paix. Mais son voyage ne sera qu'une suite ininterrompue de luttes contre des esprits malfaisants...
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No arm swordman

Nouveau volume dans la superbe collection Prestige réservée par Delcourt / Tonkam aux œuvres de l'immense Osamu Tezuka, Dororo démontre une fois encore la vitalité extraordinaire de l'œuvre du père du manga, mêlant chanbara et fantastique pour mieux négocier son virage progressif vers des œuvres de moins en moins enfantines.

Entamé en août 1967 dans la revue Weekly Shonen Sunday et achevée un peu moins d'un an plus tard, Dororo se voulait au départ, de l'aveu de son auteur, une saga beaucoup plus longue et surtout beaucoup moins sombre. Se déroulant à l'ère Sengoku, le récit suit donc la quête identitaire d'Haykkimaru, jeune homme dont 48 parties du corps (yeux, oreilles, bras...) ont été offerts aux démons à sa naissance par un père prêt à sacrifier son fils pour obtenir l'autorité qu'il désire. Né vermisseau, il figure nettement la logique du héros de shonen poussé jusqu'à l'absurde, devant enchaîner les combats, et donc les épisodes, afin de redevenir entier et maîtriser totalement sa voie. Cachant des lames de sabres à la place de ses bras, Haykkimaru a tout aussi du ronin tragique, traversant les routes d'un Japon dangereux, accompagné d'un petit orphelin espiègle (mais pas que), le Dororo du titre, un peu comme le fera finalement le héros de Baby Cart quelques années plus tard. D'ailleurs, le ton général de la série, toujours autant marqué par le sens de la caricature, du décalage et de l'autodérision de l'artiste (ses détournements d'estampes célébres sont irrésistibles) se montre immédiatement des plus cruels et graphiques.

 

du tronc aux racines


Du coté de l'horreur tout d'abord, les fameux yokais, fantômes et autres créatures dévorents leurs victimes, les dissolvents dans la douleur ou disparaissent dans de spectaculaires effusions de sang. Mais aussi, et avant tout, par contexte historique absolument dramatique et terriblement réaliste dans la description de régions ravagées par la guerre, la pauvreté et la famine. D'ailleurs les monstres surnaturels se confondent bien souvent avec les seigneurs de guerre ou les profiteurs, se nourrissant de la détresse des autres. Une atmosphère crépusculaire, donnant à ce manga de sabre des airs d'épopée apocalyptique, où les massacres d'innocents, les destinées brisées se partagent la scène avec la fantaisie d'un Tezuka qui rehausse son manga d'un regard humaniste. Toujours ce besoin de comprendre et d'expliquer son prochain, qui délivre quelques moments intensément déchirant. A l'instar de ce village déchiré en deux parties par un mur de bois infranchissable, hanté par les hommes, femmes et enfants exécutés : une évocation évidente de la réalité berlinoise durant la Guerre froide. Si le trait de ses personnages semble aujourd'hui plus que jamais un brin naïf, une ligne claire toujours marquée par les cartoons américains, Dororo va souvent très loin dans ses descriptions de paysages naturels et grandioses, mais reste surtout particulièrement admirablement pour son découpage plus que jamais cinématographique, à la précision rythmique sidérante, capturant sans forcer toute la grammaire des fameux chanbara du grand écran. Un titre au potentiel gigantesque, à l'univers particulièrement vaste mais dont on ne verra finalement qu'un fragment. Volontairement dans les premiers chapitres lorsque Tezuka impose une ellipse de nombreuses années durant lesquels le héros élimine ses premiers ennemis démoniaques, beaucoup moins dans les derniers chapitres où, comme souvent, trop occupé par d'autres projets en cours, il se voit obligé de précipiter un peu le grand final pour éviter de laisser une nouvelle création inachevée. Est-ce que cela atténue la grandeur de Dororo ? Bien sûr que non.

Nathanaël Bouton-Drouard




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