CASTELMAURE
France - 2020
Image de « Castelmaure »
Dessinateur : Alfred
Scenariste : Lewis Trondheim
Nombre de pages : 152 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 14 octobre 2020
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Castelmaure »
portoflio
LE PITCH
Depuis plus de vingt ans, le mythographe arpente routes et chemins de tout le pays afin d'en collecter les contes et légendes populaires. Il aime ce travail modeste qui lui fait rencontrer toutes sortes d'affabulateurs et autres baratineurs. Mais s'il est une histoire après laquelle il court depuis toujours, c'est bien celle de la Malédiction de Castelmaure, une légende extraordinaire à laquelle tant de destins sont étrangement liés.
Partagez sur :
Terres de légendes

Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants. Une fin consacrée pour les contes de notre enfance. Oui, mais si le roi et la reine n'arrivent pas à avoir d'enfants, que ce passe-t-il ? Ils vont rendre visite à la sorcière. Et c'est là que les ennuis commencent.

Tous deux conteurs hors pair et duo déjà particulièrement remarquable sur leurs albums de Donjon Crépuscule, Lewis Trondheim et Alfred se rapprochent encore plus près de la structure du conte en s'efforçant de retrouver l'atmosphère, la liberté et la cruauté des récits oraux médiévaux. Narré par un mythographe qui parcourt le royaume à la recherche de nombreuses légendes locales, du bon Roi Eric disparu du jour au lendemain au chasseur errant en passant par une sorcière bouffeuse d'œils de lapin, il va finalement mettre le doigt dans un engrenage qui va lever le voile sur la terrible malédiction de Castelmaure. Pour mieux en dresser le tableau complet, Trondheim prend un malin plaisir à toujours prendre des chemins de traverse, à planter un décor où l'on ne cesse de se perdre dans les bois obscures, de revenir en arrière pour découvrir un détail oublié, de repartir en avant pour profiter d'une révélation terrible. Les illustrations toujours un peu enfantines d'Alfred, maniées avec des perspectives et une dynamique empruntée aux vieux ouvrages, alternent de même les couleurs douces et charmantes, avec des aplats plus violents, plus contrastés, rappelant même parfois le travail du grand Morris.

 

au coin du feu


C'est qu'ici le conte gentiment édulcoré à la Disney est bazardé avec les eaux usées, les deux maîtres d'œuvres préférant, entre deux notes d'un humour absurde, mettre en scène une authentique tragédie moyenâgeuse faite de seigneurs maudits, de sortilèges ratés, d'obscures félons et de progénitures oubliées, marquées dans leurs chairs. Outre le pauvre roi Eric, ce sont d'ailleurs ces trois jeunes gens qui donnent une force inattendue à la BD et une modernité sous-jacente, devenant par leurs démons (lycanthropie ou tout comme, malformations dignes de freaks ou pulsions meurtrières) des extensions presque freudiennes des tourments de leur géniteurs. Les pièces s'imbriquent peu à peu, et la dualité du récit, la nature double des personnages et de leur destin se fait de plus en plus évidents au fur et à mesure que le lecteur tourne, sans s'en rendre compte, les pages du grim... de l'album. Et le mythographe, tel une extension de ses créateurs, de rappeler dans une ultime pirouette qu'une histoire aussi bien ficelée, poétique et épique soit-elle, n'est finalement assujettie qu'à la bonne volonté et l'inspiration de celui qui la raconte. Un vrai conte, moderne et ancien, appliqué et irrévérencieux qui sait créer ses propres légendes.

Nathanaël Bouton-Drouard


Partagez sur :

 

Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2021