MURKY WORLD
Etats-Unis - 2012/2020
Image de « Murky World  »
Dessinateur : Richard Corben
Scenariste : Richard Corben
Nombre de pages : 136 pages
Distributeur : Delirium
Date de sortie : 6 novembre 2020
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Murky World  »
portoflio
LE PITCH
Dans un univers où la frontière entre la réalité et le surnaturel est bien floue, Tugat est un brave guerrier, à l’esprit droit et simple, qui se retrouve entraîné dans une quête qu’il n’a pas choisie et dont il ne sait pas vraiment quel est le but. Au cours d’une épopée parsemée d’embûches, de déceptions et de trahisons, mais soutenu par les enseignements de son ancien maitre disparu, il n’aura de cesse de retrouver la belle Moja dont il souhaite se faire aimer… guid...
Partagez sur :
Pauvre Barbare

Star absolue de la BD indé des années 70 et 80, Richard Corben et son étrange graphisme tout en relief et en muscles n'a pas dit son dernier mot. Après une campagne fructueuse autour du précédent Grave Les Contes du cimetière, Delirium a orchestré, avec la collaboration de l'auteur, une offre kisskissbangbang plus luxueuse encore, devançant même les éditeurs américains.

Car outre une édition limitée en couverture toilée et des illustrations inédites, Richard Corben qui apprécie manifestement (et on le comprend) le travail de Delirium, a même trouvé la motivation pour achever son récit, et ce avant la prépublication dans les pages de la revue américaine culte Heavy Metal. Une exclusivité française donc pour une fresque dans laquelle le créateur de Den revient à ses premiers amours : l'Heroic Fantasy. Tout est là, à commencer par une vieillarde qui fait office de narratrice d'une légende en devenir. Celle de Tugat, homme tout en muscle toujours prêt à aider son prochain et combattre monstres et zombies. Sauf que dans le Murky World, tout n'est que brouillard, flou, incertains, en particulier dans le cerveau un peu limité de notre brave bonhomme. De mauvaises rencontres en trahisons, de confiances bernées en donzelles manipulatrices, Tugat passe d'apprentis esseulé en survivant dans un désert sans fin, avec bien entendu de multiples passages enchaînés, en cages et relégué constamment au rang de triste esclave.

 

triste quête


S'amusant comme souvent des codes du genre qu'il attaque, Corben dépeint un univers sans moral, sans bonté, sans une once de sérieux d'ailleurs multipliant les épisodes improbables et les rencontres rocambolesques avec parfois une absence de logique, de lien, parfaitement assumés. Tugat d'ailleurs, présenté au départ comme un guerrier vieillissant prompte à accepter n'importe quelle mission (mais en se trompant de direction), rajeunit et se décatit d'un chapitre à l'autre, alors que ses échecs maladroits se multiplient. Murky World se révèle alors parfois un peu décousu, comme un cadavre exquis que son auteur aurait construit au grès des envies et des inspirations, cocktail de princesses avides et capricieuses, d'ogresses girondes affamées, de sorcières libidineuses, de gladiatrices jumelles... Loin d'être plus fréquentables que leurs homologues masculins, les demoiselles sont essentiellement des prédatrices bien trop malines pour Tugat, totalement dépassé, surtout par le comportement de la belle Moja. Une brune plantureuse, mélange de bodybuildeuse sexy et d'héroïne d'un film de Russ Meyer (ah Corben et les poitrines...) qui permet parmi d'autre d'apprécier, ou pas, le style graphique si particulier de Corben, croisement de maestria technique tout en volume et de colorisation aux reflets 3D (et pourtant), qui frôle constamment les déformations caricaturales et les figures hypertrophiées. Toujours en marge donc, hors norme, Richard Corben livre une nouvelle quête initiatique parodique, violente et barbare, certes assez brouillonne parfois, mais pantagruélique.

Nathanaël Bouton-Drouard


Partagez sur :

 

Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2021