JAMES BOND : CASINO ROYALE
Etats-Unis - 2018
Image de « James Bond : Casino Royale »
Dessinateur : Dennis Calero
Scenariste : Van Jensen
Nombre de pages : 160 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 4 novembre 2020
Bande dessinnée : note
Jaquette de « James Bond : Casino Royale »
portoflio
LE PITCH
Envoyé vers le casino français de Royale-les-Eaux, Bond a pour objectif d'éliminer la menace du meurtrier baptisé 'Le Chiffre'...
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Mourir peut attendre se faisant plus que désirer, Delcourt comble le manque en traduisant la version BD de l'inaugural Casino Royale. Non pas l'adaptation du film avec Daniel Craig, mais bien du roman de Ian Fleming qui tout comme lui débute par la célèbre incipit: « l'odeur d'un casino, mélange de fumée et de sueur, devient nauséabonde à trois heures du matin ».

Un téléfilm en 1954, une comédie nonsensique en 67 et un reboot spectaculaire en 2006, Casino Royale est certainement le roman de Ian Flemming le plus célèbre et le plus adapté de la carrière de James Bond. Les gourmets lui connaissent même déjà une adaptation très élégante en comics trip datant de 1958. Et si depuis 2015 Dynamite a entamée une reconquête du James Bond original, mais en l'inscrivant dans une série d'aventure contemporaines et inédites (traduites pareillement chez Delcourt) leur projet d'envergure annoncé depuis le début de la collection était bien évidement une nouvelle version de Casino Royale. Un projet bien plus lourd et complexe que prévu manifestement puisque la publication du titre aura pris quelques retards aux USA. Peut importe, accompagné d'une somptueuse et classieuse couverture signée Fay Dalton (responsable des récentes rééditions luxe des romans) le volume assoit immédiatement son ambition et surtout le soin tout particulier que Van Jensen (The Flash, Green Lantern Corps) a apporté à la transposition du texte de Ian Fleming. Une adaptation se voulant extrêmement fidèle, au plus proche du roman, de sa noirceur, son ironie mordante et son atmosphère cruelle, où le scénariste a pris le partie de structurer le comics par des inserts en cartouches du texte original. Un cadre qui aurait pu raisonner comme une prison, comme un carcan, mais qui pourtant ici donne une élégance rare à la BD, pointant constamment du doigt le mordant et l'irrévérence toujours aussi frappante de Flemming.

 

"The Bitch is dead"


Son James Bond est ainsi parfaitement odieux, misanthrope, misogyne (son regard porté sur Vesper est assez hallucinant pour un lecteur de 2020), presque « anarchiste de droite » comme diraient certains, et seuls finalement son talent aux cartes, sa résistante à la torture et son charme anglais lui permettent de rester un vrai héros de récit d'espionnage. Un versant du personnage esquissé seulement au cinéma, et qui retrouve ici toute sa beauté antipathique, avec au passage une mise en image inédite de la fameuse « bond-vision », abstraction analytique et pointue, qui peut le rapprocher d'un autre grand héros anglais : Sherlock Holmes. Avec des dialogues qui fusent comme les balles d'un walter PPK avec silencieux, ce Casino Royale immerge le lecteur dans une trame poisseuse où le luxe d'un Casino enfumé devient le point de crispation d'enjeux politiques et économiques colossaux de la Guerre Froide, et où les agents secrets, pas toujours discrets, parfois doubles, voir triples, jouent leurs destins au Baccara (et non au poker comme dans le célèbre film). L'un des passages les plus célèbres du roman, avec la terrible scène de torture à la limite de l'émasculation, où malgré quelques rendus aléatoires sur certains visages, on peut apprécier la sobriété graphique de Dennis Calero (responsable de la collection « Noir » de Marvel) qui apporte une épure stylisée qui renoue directement avec l'esthétique de l'après-guerre. Accompagné d'une colorisation en clairs obscures et aux teintes très contrasté signée Cris O'Halloran, ce Casino Royale ressemble à s'y méprendre à ce qu'aurait pu donner une version du roman tournée juste avant l'essentiel Bon Baiser de Russie. Une sacrée réussite en somme que les fans de James Bond ne peuvent qu'adouber.

Nathanaël Bouton-Drouard


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