GUNNING FOR HITS
Gunning For Hits #1-6 - Etats-Unis - 2019
Image de « Gunning For Hits »
Dessinateur : Moritat
Scenariste : Jeff Rougvie
Nombre de pages : 160 pages
Distributeur : Akileos
Date de sortie : 21 octobre 2020
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Gunning For Hits »
portoflio
LE PITCH
Martin Mills est un dénicheur de talents dans le New York des années 80. Il a tout pour lui : une série ininterrompue de succès, un jeune groupe rock qui s’apprête à mettre le feu aux charts et la chance de faire l’album du comeback de son artiste rock préféré, Brian Slade. Mais Slade manigance pour se greffer sur la trajectoire du groupe rock, et Martin doit tenter le tout pour le tout afin de sauver sa réputation (et la carrière de tout le monde) en faisant appel à des talents ...
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Fame

Le rock, ou le pop-rock, et les comics c'est une curieuse histoire d'amour qui traîne depuis des lustres. Une relation presque impossible, ou le plus souvent à sens unique (plus facile de faire des références à la pop-culture dans une chanson que d'illustrer l'immatérielle musique), mais qui donne très souvent des projets atypiques, originaux et inventifs. Entre l'œuvre de fan boy et l'analyse vue de l'intérieur, Gunning For Hits est un comic qui capture avec autant d'honnêteté que de distance ironique le monde joyeux de la musique et surtout les coulisses de son industrie.

Note d'intention frontale et volontairement construite comme une longue scène d'exposition, le premier fascicule, ou premier chapitre, s'attarde sur la longue conversation entre Martin Mills, agent et découvreur de talents pour un label, et la manager (accessoirement petite amie du chanteur et compositeur) du groupe Stunted Growth encore inconnu mais promis à un brillant avenir. Entre question de gros sous, de liberté créatrice et de félation comme symbole d'implication totale dans sa mission, Mills brise temporairement le quatrième mur pour expliquer clairement au lecteur comment l'industrie de la musique sait la faire à l'envers aux artistes depuis des décennies. Une petit récréation visuelle pour l'artiste Moritat (Jonah Hex, Hellblazer, The Spirit...) dont on se plaît à retrouver une nouvelle fois l'énergie presque cartoony, les designs fins et précis et une épure à la lisière de l'abstraction. Un petit monde décrit par le bout de la lorgnette avec d'autant plus de pertinence que le scénariste Jeff Rougvie (dont c'est le premier comic pro) est avant tout lui-même producteur musical. Et pas de n'importe qui. Des Misfits, de Big Star et, et, et... de David Bowie !

 

Never let me down


Une figure culte et iconique du rock qui va bien entendu faire son entrée par la grande porte dans Gunning For Hits, non pas pour une illustration sage et pleine de dévotion, mais plutôt pour un étonnant mélange entre la légende Bowie (il n'y pas que les couvertures qui sont bourrées de références) et Brian Slade, doppelgänger vendu au système inventé pour le film Velvet Underground de Todd Haynes. De quoi ajouter encore à l'aspect insaisissable de Bowie, oscillant constamment entre sa figure vampirique croisée au cinéma (quelque-part entre L'Homme qui venait d'ailleurs et Les Prédateurs), les allusions à sa véritable carrière (dont certains échecs commerciaux des 80's), à sa vie privée et toujours ce reflets négatif du film de Haynes qui alors cristallise presque toutes les déviances du monde musical. Entre le manager vrai amoureux de musique mais aux dents acérés, et l'ancienne gloire sur le retour qui n'hésitent pas à pomper l'inspiration de ses admirateurs, le jeune Billy fait office de victime, d'artiste sacrificiel. Des contours de thriller où drogues, sexe et rock'n'roll font bon ménage avec la publicité, quitte à briser les destins en cours de route. Un titre plutôt accrocheur donc, même si on aurait certainement pu se passer de l'ajout d'ingrédients inutiles, en particulier ce background d'ancienne agents des services secrets / assassins de Martin Mills, qui certes appuie l'aspect « tueur » de son personnage, mais ne convainc jamais totalement. Un peu comme si l'auteur avait besoin d'ajouter un peu de sensationnalisme, d'action et de flingues pour se rassurer. La trajectoire inverse et opposée de Stunted Growth et Brian Slade n'en avait pas besoin, le monde du rock est déjà suffisamment cruel et violent non ?

Nathanaël Bouton-Drouard


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