INVISIBLE KINGDOM T.1 : LE SENTIER
Invisible Kingdom #1-5 - Etats-Unis - 2019
Image de « Invisible Kingdom T.1 : Le Sentier »
Dessinateur : Christian Ward
Scenariste : G. Willow Wilson
Nombre de pages : 137 pages
Distributeur : HI Comics
Date de sortie : 14 octobre 2020
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Invisible Kingdom T.1 : Le Sentier »
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LE PITCH
Vess est une jeune "non-un" tout juste initiée et dévorée par une foi inébranlable dans l'enseignement de la Renonciation. Pilote de fret aguerrie au service de la méga-corporation Lux, Grix est son antithèse. Elle trace sa route de planète en planète, épaulée par un équipage téméraire. Tout bascule quand Vess, récemment nommée scriptorienne, et Grix, plongée dans son inventaire, tombent sur une information explosive… Cette découverte fait planer un danger aussi grave qu'imm...
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Au royaumes des aveugles

Re-créatrice de l'excellent Mrs Marvel, passée de figurante à nouvelle icône moderne, G. Willow Wilson investit les nouvelles branches de Dark Horse avec Invisible Kingdom, série de SF déjà bardée de prix aux USA. Et on comprend pourquoi.

On peste et on pleure la disparition depuis quelques années du label DC Vertigo et ses séries aussi modernes qu'inventives et exigeantes. Pourtant les tentatives de reproduire le miracle existe, comme une nouvelle gamme de titres indépendants développés chez Dark Horse par une certaine Karen Berger... Ancienne éditrice de Swamp Thing, Sandman, Hellblazer, Fables... Madame Vertigo en somme. Et l'un de ses premiers projets est Invisible Kingdom, nouvelle proposition de G. Willow Wilson, pour qui elle avait déjà accompagné Cairo et Air sous le célèbre label. Un petit air de retrouvailles donc, comme avec le lecteur d'ailleurs qui retrouve immédiatement une belle part de la force d'antan, de la liberté créative attendue, en s'émancipant des codes classiques du genre. Pas de « dans une galaxie lointaine, très lointaine », le récit plonge immédiatement dans un monde inédit, un space opera hors normes, sans humains repérables, sans société calquée sur la notre, sans rigueur esthétique épurée. Baigné dans les couleurs vives et ultra contrastées d'un Christian Ward (Ody-C) toujours prompte aux expérimentation graphiques et numériques, Invisible Kingdom ouvre la porte vers un autre univers, chaotique parfois, mais dont la porosité constante, autant dans le trait que dans la construction des personnages, lui offre une identité très particulière.

 

Spiritualité cosmique


A l'instar de valeurs woke, celles-là même qui siphonnent un certain cinéma grand public, mais qui ici est distillé avec intelligence non pas en les rendant discrètes mais en les rendant naturelles dans cet univers crée de toute pièces. La question du genre par exemple, devenant ici absurde par la présence d‘humanoïdes en comptant 4 ou 5 dans leur espèces, et des designs de personnages décalant les codes habituels. Très maline dans son écriture G. Willow Wilson se permet alors d'embarquer son équipage houleux dans un mélange d'aventure futuriste, largement inspirée du Dune de Frank Herbet, et de réflexions politiques et théologiques aussi universelles qu'actuelles. Elle-même croyante, convertie à l'islam depuis des années, elle fait de la foi l'une des valeurs fondamentales de ses héros. Non pas une foi en une religion établie, car ici le clergé et ses mensonges sont largement critiqués, mais une foi toute personnelle qui permet de reconquérir des valeurs plus profondes, la liberté et l'illumination (comme dirait Dr Jones). Grix ne croit ainsi qu'en sa famille/équipage et son métier de pilote, alors que Vess, jeune initiée s'accroche à sa confession malgré la découverte des manipulations de la Renonciation. Une information explosive qui rejoint la troublante découverte de Grix dans son inventaire et qui rapproche de manière troublante la compagnie commerciale Lux, adepte de la livraison express (non ça ne vise personne) et sa pire ennemie, l'église rejetant, soi-disant, la matérialité qui a envahi toutes les planètes alentours. Une BD engagée, mais dans le bon sens du terme, qui tout en délivrant une lecture rondement menée, sait se poser les bonnes questions.

Nathanaël Bouton-Drouard


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