DOGGYBAGS #16 : STRESS KILLERS ON THE LOOSE
France - 2020
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Nombre de pages : 120 pages
Distributeur : Ankama
Date de sortie : 2 octobre 2020
Bande dessinnée : note
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portoflio
LE PITCH
DOGGYBAGS revient comme un refrain entêtant de Papa Brittle. Lumières bleues et rouges dans le rétro et pied au plancher, les sociopathes ne sont jamais aussi dangereux que lorsqu'ils se sentent piégés. Avec ce DoggyBags 16, nous nous retrouvons sur le siège passager - à la place du mort -, aux premières loges de l'inexorable descente aux enfers de ces sociopathes sans foi ni loi.
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Roulettes russes

Envers et contre tout, résistant même aux assauts du COVID et du confinement, la dream team de Doggybags revient mettre le couvert avec trois nouveaux récits graphiques, terrifiants et cruels (plus une nouvelle en prose) confrontant le monde réel à ses pires démons... et sa fascination morbide pour les armes à feu.

C'est en tout cas le fil rouge de ce nouvel album à couverture souple et poster (surprise), maniant habilement une maquette chargée façon vieux Strange de papy (jusqu'aux pages informatives, courrier des lecteurs et encarts publicitairex) et un ton toujours aussi acide et ironique où la bêtise et la mort semblent sourdre à chaque page. Officiant toujours comme maître de cérémonie, Run (Mutafukaz) ouvre l'ouvrage par un édito s'amusant presque de l'anti-climax de l'apocalypse liée à la petite grippe 2020 et le clos par une extrapolation d'un fait divers dont il a le secret. Un homme rentre chez lui, voit un intrus frapper sa femme à mort avec un marteau et l'abat froidement. Comme souvent les apparences sont trompeuses et la psychopathie rampante se cache habilement derrière le visage ordinaire d'un père de famille terriblement calculateur. Aidé par le trait réalistement brossé de Ké Clero, Real Sociopath a tout d'un épisode de Cold Case, mais le gore et l'horreur en prime. Semblant se dérouler pas loin dans son voisinage, Tool est pour le coup basé sur un autre fait divers, beaucoup plus spectaculaire s'étant déroulé aux USA deux semaines seulement après les attentats du 11/09.

 

balles dum-dum


Deux frères jumeaux, pecnots comme on en trouve bien trop, sortent de chez eux un attirail digne de seigneurs de guerre et sème la terreur sur leur passage. L'astuce de ces quelques pages imaginées par Mud et Tristan Evin est d'offrir la narration aux armes elles-mêmes, machines de mort, fières de leurs prouesses technologiques, de leur efficacité et de leur petites graines plantées, se lovant dans les pulsions les plus infâmes de l'humanité. Une distance froide, amusée, fataliste et finalement assez glaçante. Il faut dire que le premier chapitre de l'album avait déjà bien installé la tension avec Rotten Heart, aventure barbare et opportuniste d'une bande de mercenaires en Centre Afrique. Des profiteurs de guerre, s'immisçant dans une authentique guerre civile afin d'améliorer sans état d'âme leur prime de retraite et dont l'ultime opération va tourner, naturellement, au cauchemar. Seul script impliquant ouvertement quelques notes bien baroques de fantastique, l'essai d'El Puerto et Tomeus fait partie de ces trames en apparences cousues de fil blanc, mais qui réussit à couper les jambes du lecteur dans ses dernières pages. Une sensation décuplée encore une fois par les pages dossiers qui complètent chaque opus, avec ici une évocation des guerres civiles africaines, de la privatisation des armées, des belles trouvailles du monde pharmaceutique et des croyances en l'existence de magies anti-balles. Comme toujours dans Doggybags ont ne sait jamais vraiment si c'est la réalité rattrape la fiction ou si elle a déjà une bonne tête d'avance depuis des lustres.

Nathanaël Bouton-Drouard


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