LE DéVOREUR DE SOUVENIRS T.1&2
Kioku ya Gensaku -記憶屋 - Japon - 2017
Image de « Le Dévoreur de souvenirs T.1&2 »
Dessinateur : Nachiyo Murayama
Scenariste : Kyoya Origami
Nombre de pages : 352 pages
Distributeur : Tonkam
Date de sortie : 26 août 2020
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Le Dévoreur de souvenirs T.1&2 »
portoflio
LE PITCH
Ryôichi, étudiant, mène des recherches sur les légendes urbaines et s’intéresse à la façon dont elles sont propagées. Alors que plusieurs personnes perdent étrangement la mémoire autour de lui, il entend parler d’un mystérieux monstre, le Kiokuya, qui se nourrit de souvenirs. Mais ce Kiokuya existe-il vraiment ? Et pourquoi chercherait-il à effacer la mémoire de ceux qui viennent le voir ?
Partagez sur :
Incomplete recall

Nouvelle collection lancée en début d'année, Moonlight est l'occasion pour Delcourt/Tonkam de proposer des titres tout en émotions, s'efforçant de dépasser l'habituelle frontière shonen / shojo. Des caractéristiques qui résument parfaitement Le Dévoreur de souvenirs, diptyque où les apparitions d'une légende urbaine va révéler quelques sentiments enfouis.

Dans un pays comme le japon, les légendes urbaines ne manquent pas, permettant souvent à d'anciennes légendes ancestrales de retrouver la voie de la célébrité. Des femmes défigurées qui attendent au coin d'une ruelle trop sombre ; un fantôme de rouge vêtu qui patiente dans les toilettes pour dames ; une maison qui semble se déplacer dans le quartier ; un village qui n'existe sur aucune carte (voir le récent film de Takashi Shimizu Inunaki), les discussions entre adolescents n'en manquent pas et les films d'horreur locaux non plus. C'est en l'occurrence le sujet principal du roman de Kyoya Origami, déjà adapté en long métrage, et auquel Nachiyo Murayama offre une version manga. Une histoire finie en deux volumes que l'éditeur français a qui plus est eu la bonne idée de mettre en vente en simultané, assurant ainsi aux curieux de pouvoir découvrir toute l'histoire d'un trait. Un récit au rythme plutôt étonnant fait d'accélérationx et de décélérationx constantex, suivant l'enquête un peu laborieuse d'un jeune étudiant tentant de rendre son mémoire (ironie ?) sur la figure du Kiokuya. Cette créature d'apparence humaine serait capable de dévorer les mauvais souvenirs des personnes qui l'inviteraient à le faire. Une croyance locale à laquelle Ryôich a déjà été confronté par deux fois indirectement, voyant son amie d'enfance se remettre abruptement d'un drame familial et une camarade de classe oubliant totalement l'existence du jeune homme en même temps que sa phobie nocturne.

 

COnnexions synaptiques


Plus qu'un devoir, cette recherche devient une sorte de mission, de vengeance presque, qui va le faire croiser quelques curieux du surnaturel, un jeune avocat fantasque et généreux et un couple d'adolescent marqués par l'amnésie de la jeune fille. Peu à peu le portrait de cette créature, réelle ou surnaturelle, monstrueuse ou non, se trouble obligeant le héros à se poser des questions plus profondes sur ce qui fait l'identité d'une personne (l'importence du vécu), la valeur des souvenirs, l'aspect salvateur de la résilience et plus largement les valeurs de l'amitié. Un petit coté manga initiatique qui se teinte aussi d'une certaine mélancolie lorsque peu à peu tout l'entourage du protagoniste disparaît de son champs de vision ne laissant plus que la fidèle et exubérante Maki, raison de départ de son intérêt pour ce Kiokuya. Un peu hésitant parfois dans son avancé, avec ces grands chapitres qui s'efforcent manifestement de suivre ardemment la structure du roman original, Le Dévoreur de souvenirs propose une lecture sans grands effets, doté d'une certaine plénitude. Pas encore connu par chez nous, l'illustratrice Nachiyo Murayama apporte effectivement une certaine sincérité dans sa narration, ainsi qu'un dessin plutôt délicat et fin, quelque-part entre l'expressivité du shojo et l'efficacité du shonen, faisant alors souvent penser au Masakazu Katsura (I's, Video Girl Aï) des débuts. Un petit détour par ce manga ne sera donc pas du temps perdu.

Nathanaël Bouton-Drouard


Partagez sur :

 

Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2020