THE MAXIMORTAL
The Maximortal #1-7 - Etats-Unis - 1992 / 1993
Image de « The Maximortal »
Dessinateur : Rick Veitch
Scenariste : Rick Veitch
Nombre de pages : 200 pages
Distributeur : Delirium
Date de sortie : 10 septembre 2020
Bande dessinnée : note
Jaquette de « The Maximortal »
portoflio
LE PITCH
Un météore s’écrase sur Terre au cœur de l’Amérique profonde, au début du xxe siècle. Il contient un bébé qui se révèle doté de pouvoirs surhumains. Signe divin, phénomène scientifique au potentiel militaire capable de faire basculer le rapport de force international ou produit industriel et commercial hors norme ?
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Superior

Après Brat Pack qui s'attaquait vertement à l'exploitation des figures super-héroïques par l'industrie du divertissement, Delirium permet aux lecteurs français de découvrir enfin le furieux The Maximortal. Une évocation délirante de la naissance du premier de tous, un certain Superman.

Bien entendu, publié au début des années 90 dans la maison indépendante King Hell Press, cette minisérie n'utilisera jamais le nom sacré du fils de Krypton. De la même façon, si de nombreux évènements historiques, personnages réels et grandes figures des comics traversent le récit avec plus ou moins d'impact, les noms sont souvent changés autant pour des questions évident de droits, que pour affirmer aussi une vision très personnelle (pour le moins) de cette naissance douloureuse. Il ne manque plus que le carton « Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite » en ouverture de l'album pour en souligner plus encore l'ironie assez violente de l'entreprise.
Car comme beaucoup de lecteur de comics le savent déjà, derrière le fameux âge d'or des comics et ses aventures joyeusement colorées, son imagination sans limites et sa moralité presque enfantine, se cache des coulisses peu reluisantes dont finalement Jerry Siegel et Joe Shuster furent les victimes les plus symptomatiques : passés sous silence, exploités pour pas un rond malgré le succès considérable et l'impact pharamineux de leur création, réduits à faire les livreurs, ils seront même effacés des cartouches jusqu'à la sortie du premier grand long métrage et quelques poursuites judiciaires. Triste (et l'affaire est loin d'être finie), ces évènements se couplent dans les pages de l'album à d'autres faits connus comme les déboires du premier interprète du personnage à l'écran, George Reeves, le passages du patron d'EC Comics, en pleine descente, devant un comité de censure téléguidé par la concurrence...

 

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Mais pour Rick Veitch (dont on se souvient de la reprise de Swamp Thing qui lui vaudra un licenciement pour avoir osé imaginer un épisode avec le Christ) la portée de l'apparition de celui que l'on appelle ici True-Man va au-delà d'une industrie du spectacle portée sur l'usurpation, l'exploitation et le détournement idéologique (ce qui est déjà pas mal), mais elle concrétise aussi un mouvement philosophique apparu au XIXème siècle, et transformé peu en peu en doctrine au XXème : l'übermensh, le surhomme, le superman de Friedrich Nietzche. Vrai amoureux des comics et du monde des super-héros, Veitch est aussi capable d'en avoir une lecture critique, d'en faire une analyse poussée, de le déconstruire avec une violence rare, faisant de ce mythe de bonté, ce sauveur de civilisation et surtout de l'«American Way » un monstre alien destructeur, absurde et grotesque, vision d'un monde fasciste transformant l'enfant blond en bombe atomique contrôlée par des flots de merde (oui, vraiment). Déconcertant, presque repoussant autant dans son trait grossier que dans ses excès obscènes The Maximortal est cependant une œuvre vertigineuse où se croisent l'apparition d'un véritable demi-dieu dans un monde qui est loin d'être prêt avec le destin tragique de deux auteurs de BD, mais où l'on ne sait jamais si le verbe a crée le monstre, ou si c'est ce dernier qui à inspiré son homologue de papier devenue icône de l'entertainment.

Publié il y a presque 30 ans, The Maximortal semble encore plus pertinent aujourd'hui alors que deux mega complexes industriels s'affrontent à coups d'univers partagés et que le Superman dernière génération n'est plus qu'une silhouette cafardeuse, un Man of Steel à qui ont a arraché son optimisme premier.

Nathanaël Bouton-Drouard


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