GRANDVILLE
Angleterre - 2009
Image de « Grandville »
Dessinateur : Bryan Talbot
Scenariste : Bryan Talbot
Nombre de pages : 128 pages
Distributeur : Milady
Date de sortie : 12 février 2010
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Grandville »
portoflio
LE PITCH
Dans le Paris de la Belle Époque, l’inspecteur LeBrock de Scotland Yard est sur la piste d’un mystérieux assassin.
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Paris brule-t-il ?

L'exercice de l'anthropomorphisme en BD est devenu un grand classique, popularisé notamment (et plus que de raison) par les productions Disney. Mais un gentil n'animal n'est pas forcément gentil... Surtout lorsque ses deux principaux arguments sont deux gros flingues pointés dans votre direction.

 

Surtout remarqué en France pour ses passages comme illustrateur sur Sandman ou Fables (deux références des comics américains tout de même), Bryan Talbot est un auteur anglais fasciné par l'esprit « détective » british. Dans le tout nouveau Grandville, sa référence immuable à l'œuvre de Conan Doyle est en l'occurence toujours aussi limpide. LeBrock, inspecteur de Scotland Yard, partage avec son modèle un grand sens analytique et une certaine tendance aux débordements physiques et autres. Un personnage moral mais parfois un peu limite dans sa façon de régler les conflits. Et ce n'est pas parce qu'il a l'apparence d'un blaireau qu'il est câlin. Car pour imager cette enquête tortueuse, Talbot à choisi de s'inspirer de caricatures morales du français J.J. Grandville. Ici les quelques rares humains sont considérés comme de ridicules mammifères sans poils, et les animaux de tous genres dirigent ce XIXème siècle fantaisiste, quelque part entre le steampunk post-Jules Vernes et les inventions futuristes de Robida. D'ailleurs dans Grandville, l'Europe est menée par une France impérialiste, qui a longtemps fait de la fière Angleterre une simple province.

 

Les mains dans le cambouis


Ces tensions politiques servent de toile de fond à un récit aussi minutieux et complexe que propice aux rencontres sanglantes. S'enchaînent ainsi des séquences d'action ou de suspense surprenantes de maitrise dans leur construction. Grandville s'impose vite comme un vrai thriller, brillant et inspiré dont la tonalité adulte, voire très noire, contraste de belle manière avec les traits faussement naïfs des différentes créatures, sans compter les nombreux clins d'œil culturels (dont un certain Milou accro à l'opium). Amusant, passionnant, le dernier né de Talbot ne se contente pas d'ajouter un nouveau détective au panthéon anglais, mais présente le premier jalon d'une œuvre qui n'hésite pas à utiliser une uchronie fantasque comme reflet de certaines actualités bien réelles. Lorsqu'il est question d'attentat en dirigeable dans la plus grande capitale du monde, de montée du racisme, de soulèvement d'anarchistes indépendantistes et de complot visant à user de la peur de la populace, la métaphore se fait aussi peu discrète que réjouissante. Une vraie grande et belle surprise donc, accompagné en exclusivité dans son édition française par une vingtaine de pages supplémentaires, dans lesquelles l'auteur explore certaines de ses influences, dévoile l'évolution d'une page, et parle même brièvement du futur second volume. Une initiative à saluer, un album à dévorer.

Nathanaël Bouton-Drouard


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