WATCHMEN
Etats-Unis - 1987
Image de « Watchmen »
Dessinateur : Dave Gibbons
Scenariste : Alan Moore
Nombre de pages : 416 pages
Distributeur : Panini Comics
Date de sortie : 18 février 2009
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Watchmen »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Aventure à la fois complexe et mystérieuse sur plusieurs niveaux, "Watchmen - Les Gardiens" - se passe dans une Amérique alternative de 1985 où les super-héros font partie du quotidien et où l'Horloge de l'Apocalypse -symbole de la tension entre les Etats-Unis et l'Union Soviétique- indique en permanence minuit moins cinq. Lorsque l'un de ses anciens collègues est assassiné, Rorschach, un justicier masqué un peu à plat mais non moins déterminé, va découvrir un complot qui menace de...
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Le Crépuscule des héros
Alors que l'adaptation de Zach Snyder provoque actuellement un lever de bouclier un peu disproportionné de la part des fans (c'est pourtant un sacré bon film !), le chef-d'oeuvre de Alan Moore et Dave Gibbons ressort dans une édition prestigieuse chez DC et Panini, incluant l'ensemble des douze chapitres et leurs annexes originelles (fausse coupures de journaux, récits mythologiques, interview d'un personnage, etc.). Une édition luxueuse qui permettra aux profanes de rattraper leur retard...

Il n'est pas nécessaire d'avoir étudié l'oeuvre pendant deux décennies pour être saisi instantanément par sa déconstruction brillante de la figure du super-héros, propre à une mythologie purement contemporaine. De mythologie, il en est furieusement question dans Watchmen, Alan Moore questionnant sans cesse la légitimité de ces surhommes auto-proclamés (à part le Dr Manhattan, aucun d'entre eux ne possède de véritable pouvoir), héritiers des grands justiciers, aventuriers, souverains et conquérants de l'Antiquité (les références aux divinités grecques, à Alexandre le grand et Ramses II sont nombreuses), et leur place dans une société qui, politiquement, affiche déjà un usage excessif du pouvoir. Véritables fous au service d'un idéal relatif à un point de vue humain, les vigilantes de Watchmen, issus d'une tradition policière (la première vague d'hommes masqués durant les années 50 étaient, le précise Moore, des hommes de loi), sont le fruit paradoxal de la société qu'ils combattent. Le personnage de Roerschach, tout particulièrement, vogue de plus en plus dangereusement de part et d'autre de la morale au fil du récit, son enfermement temporaire entre les murs d'un pénitencier n'étant dans ce contexte en rien un rebondissement innocent. Face à ce bourreau au coeur de pierre, le Hibou et le Spectre Soyeux, personnages a priori essentiellement positifs, se montrent tout aussi condamnables, la reprise de leurs activités "héroïques" découlant d'un pur besoin d'épanouissement sexuel !

Les Hommes de l'horloge

Passée cette étude socio-politique tentaculaire, qui implosera lors d'un dénouement à la logique implacable (et hélas passée sous silence dans le film), la grande force de Watchmen réside dans son rapport au Temps, au sens métaphysique du terme, Alan Moore s'amusant des codes de l'Uchronie science-fictionnelle pour révéler les dérapages politiques, éthiques et barbares qui pourraient s'emparer, en quelques mécanismes de cause à effet seulement, du monde moderne. Les eighties de Nixon, dans les sublimes pages de Dave Gibbons, témoignent d'une déliquescence terminale de la race humaine, exacerbant les perversions les plus inavouables de l'Homme pour mieux tenter de prendre du recul. De recul justement, seul le Dr Manhattan en paraît capable, comme le souligne un chapitre IV d'une intelligence prodigieuse, où les grandes étapes de la vie du personnage se confondent dans une sorte de tourbillon temporel, magnifié à la fois par le texte factuel de Moore (entrevêchement de dates précises, narration glaciale malgré l'intensité des faits relatés) que par la mise en page poétique de Gibbons (l'image de la fabrication d'une montre, watch en anglais, servant de figure rythmique). Un miracle artistique d'une poignée de pages qui, à lui seul, justifie toute la légende qui entoure depuis maintenant plus de vingt ans le pavé Watchmen.  
Alexandre Poncet


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