SPIDER-MAN : L’HISTOIRE D’UNE VIE
Spider-Man: Life Story #1-6 - Etats-Unis - 2019
Image de « Spider-Man : L’histoire d’une vie »
Dessinateur : Mark Bagley
Scenariste : Chip Zdarsky
Nombre de pages : 200 pages
Distributeur : Panini Comics
Date de sortie : 5 février 2020
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Spider-Man : L’histoire d’une vie »
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LE PITCH
Des années 60 jusqu'à aujourd'hui, suivez Spider-Man à travers tous les moments importants de sa vie : ses combats épiques contre les super-vilains, les Guerres Secrètes, Civil War mais aussi la guerre du Vietnam ou encore le 11 septembre. Ce one-shot exceptionnel célèbre toute la richesse de la Maison des Idées.
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Les super-héros sont apparus depuis plus de 80 ans et ont accompagné plusieurs générations de lecteurs au cours de leurs vies. On connaît leur vie, leurs succès, leurs échecs. Nous avons grandi auprès d'eux mais eux, par contre, n'ont jamais vraiment vieilli, restant toujours jeunes et forts. Et si le temps passait normalement pour eux aussi ?

Héros le plus emblématique et le plus populaire de l'écurie Marvel, Spider-man est aussi l'un des super-héros les plus importants de l'histoire de l'industrie du comic-book. Dès sa première apparition dans les pages d'Amazing Fantasy 15 en 1962, le personnage va poser les bases qui vont distinguer les super-héros de Marvel de leurs concurrents de chez D.C Comics. Un personnage possédant des super-pouvoirs mais qui reste faillible, craint par la société et confronté autant à des menaces surnaturelles qu'à des soucis de la vie de tous les jours. Ce mélange encore inédit pour l'époque va tout de suite rencontrer le succès et le personnage de Peter Parker, jeune lycéen loser mais super-héros flamboyant, va devenir la coqueluche des lecteurs et la mascotte de Marvel.
Sa popularité s'est aussi renforcée grâce à l'évolution du personnage qui dans ses premières années s'est faite pratiquement « en temps réel »: on a vu Peter quitter le lycée pour aller à la face puis dans la vie active, on l'a suivi dans son domicile familial avec Tante May, en colocation et en appartement. On connaît tout de ses histoires d'amour, contrariées avec Liz Allen et Betty Brant, dramatique avec la mort de Gwen Stacy, et on a assisté avec joie à son mariage avec Mary-Jane Watson bien des années plus tard. Malgré ce qu'on pourrait appeler le « temps fluctuant » qui a cours dans l'univers de la bande dessinée en général (en gros depuis l'apparition des 4 Fantastiques qui marque le début de l'univers Marvel, il s'est passé 15-20 ans pour les personnages mais 60 ans pour nous), la vie de Spider-man reste l'une des plus proches du réel, il était logique alors, que lorsque Marvel propose de suivre toute la vie d'un de ses héros en temps réel depuis sa création, le choix de Spidey soit le plus évident.

et le temps passe, et passe, et passe...


Chip Zdarsky, la nouvelle étoile montante de chez Marvel, va donc nous retracer l'histoire de Peter Parker de 1966 à 2019. Chacun des 6 épisodes, qui nous raconte un moment précis par décennie, va permettre au scénariste de synthétiser ce que ces périodes ont représenté dans la vie du tisseur et aussi, à la manière de Watchmen, donner une grande importance au conflit vietnamien, qui fait rage lors du 1er épisode. Comme dans l'oeuvre d'Alan Moore, Zdarsky va confronter cette guerre, bien réelle, au monde des super-héros et questionner la place qu'auraient ces demi-dieux dans notre réalité (les plus attentifs remarqueront d'ailleurs un caméo d'un des Watchmen). Et en matière de questionnement, il n'y a plus expert que notre tête de toile préférée, lui, qui depuis l'acte fondateur de sa carrière de super-héros, la mort de son oncle Ben, n'a jamais manqué une occasion de se remettre en question et de vouloir porter le poids du monde sur ses épaules tout en étant persuadé de faire les choses de la pire des manières. Cette dualité entre la capacité qu'a Peter a toujours vouloir voir le bon chez les autres mais de ne voir chez lui-même que ses défauts, va être le vrai fil rouge de l'histoire et, grâce au principe du temps réel, Chip Zdarsky va analyser et exploiter pleinement ce trait de caractère tout au long de ces 50 années.
Le scénariste réussit très bien à mélanger ces questionnements aux différentes décennies qu'a connu l'homme araignée. L'âge sombre des années 80, lui permet de mélanger deux récits emblématiques de cette époque (« La dernière chasse de Kraven » et l'apparition de Venom) lui permet d'aborder la vieillesse du personnage qui commence à poindre et le risque qu'un jour, un combat lui sera fatal. La fameuse « Saga du clone » des années 90 va, comme à l'époque, aborder le thème du passage du relais, les années 2000 abordent l'arc Morlun et « Civil War » qui ici est l'aboutissement du conflit entre Iron-Man et Captain america ayant commencé au Vietnam. Et la décennie 2010 est une réinterprétation du run de Dan Slott (mais on vous laisse la surprise).

 

les choses de la vie


L'avantage de ce temps réel c'est qu'il va permettre Chip Zdarsky de se libérer du carcan du statu quo auquel les personnages de comic-book sont souvent enfermés. Ici, il peut nous montrer un Spider-man ayant de plus en plus d'expérience, qui exploite complètement son côté scientifique. Il est ainsi complètement au courant des capacités et du danger que représente le symbiote, il ne se laisse pas piéger par les multiples rebondissements l'impliquant, lui et son clone (les lecteurs de Strange et Nova de l'époque s'en souviennent bien), chaque décennie verra son costume évoluer et Spider-man devenir l'égal des grandes figures de l'univers Marvel, ce dont personne, à part lui, n'a jamais douté. Mais si ce principe apporte de la fraicheur sur des évènements connus, le revers de la médaille est aussi que des lecteurs novices risquent d'être vite perdus s'ils ne connaissent pas les évènements d'origine. Ainsi la décennie 2000 aurait gagné à se débarrasser de l'histoire de Morlun pour se concentrer uniquement sur la Civil War tant le personnage et son background semblent hors de propos dans le cadre de ce qui nous a été présenté jusqu'à présent et ses répercussions finalement anecdotiques. De même le destin de Gwen Stacy est ici bien moins marquant que celui « canonique ».
Aux niveau des dessins, c'est Mark Bagley qui s'occupe des 6 épisodes de la série et c'est un choix qui semble tomber sous le sens. Il fut le dessinateur principal de la série Amazing Spider-man de 1991 à 1996 et celui d'Ultimate Spider-man sur les 111 premiers numéros : autant dire qu'il connait son araignée sur le bout des doigts et qu'il se pose aux côtés de Steve Ditko et John Romita Sr comme l'un des dessinateurs historiques de la série. Le résultat comme d'habitude avec Bagley, est très efficace. Le découpage reste clair et certaines planches sont très jolies, comme Spidey qui sort d'une tombe sous la pluie ou qui se démène pour colmater les brèches d'une station spatiale.

Ce Spider-man l'histoire d'une vie aurait pu se hisser au niveau d'un Supeman Identité Secrète avec qui il partage un peu le même concept. Mais là où le récit de Kurt Busiek avait su rester simple dans les enjeux qu'il présentait et, permettait à tout le monde de s'impliquer dans son récit, ici Chip Zdarsky choisit de réinterpréter des évènements qu'il faut un minimum connaitre pour en apprécier la relecture pourtant souvent pertinente. On ne peut que vous conseillez de vous jeter sur ce très bel hommage à l'un des plus grands personnages de l'histoire du comic-book, Peter Parker, même si lui ne serait surement pas d'accord avec cette description.

Benoit Llamazares






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