MOONSHADOW
Moonshadow #1-12, Farewell, Moonshadow - Etats-Unis - 1985 / 1987
Image de « Moonshadow »
Scenariste : J.M. DeMatteis
Nombre de pages : 512 pages
Distributeur : Akileos
Date de sortie : 12 février 2020
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Moonshadow »
portoflio
LE PITCH
Moonshadow, vieil homme âgé de 120 ans, fils d’une hippie et d’un extra-terrestre, est au seuil de sa vie. Se penchant sur son passé, il raconte l’enlèvement de sa mère et de son chat, Frodo, par une entité éclatante ressemblant à la lune avec un faciès humain. De cet enlèvement naitra un enfant splendide et mélancolique. Devenant orphelin à l’adolescence, Moonshadow, accompagné du chat de sa mère et d’un humanoïde vénal nommée Ira, décide d’aller vivre dans les ét...
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Au clair de la lune

Fantasme d'amateur de grandes BDs et de comics hors-normes, Moonshadow de J. M. DeMatteis et Jon J. Muth est enfin proposé en France dans son intégralité par Akileos. Un volume luxe en grand format, accompagné de ses bonus « définitifs » (introduction de l'auteur, galerie de couvertures...) qui concrétise l'un des plus beau comic publié dans les 80's. Moins un monument qu'une invitation au voyage.

La BD américaine aura connu une effervescence sans pareil au cours des années 80. Un tournant marqué autant par la révolution Brit (Watchmen d'Alan Moore et consorts), la bascule Dark Knight Returns de Frank Miller, que par la traduction américaine de publication comme 2000AD et surtout Métal Hurlant (aka Heavy Metal) ouvrant la voie à des publications plus novatrices, plus adultes, plus expérimentales. Au milieu de ce déferlement de titres, Marvel tenta de faire son trou avec la branche Epic (où l'on croisera Elektra Assassin, la version US d'Akira ou des adaptations corsées de Clive Barker), terreau justement ouvert aux projets « autres ». Une terre d'abondance pour le scénariste mainstream, J. M. DeMatteis grand habitué des super-héros qui va totalement abandonner sa zone de confort pour se livrer corps et âme à Moonshadow, maxi-série en 12 chapitres, l'un des premiers comics entièrement peint en couleurs directes. Des planches conçues comme des enchevêtrements de toiles, de moins en moins découpées en cases définies d'ailleurs, où l'illustrateur John J. Muth, peintre régulier de livres pour enfants, compose un voyage libre et délicat où la vie du protagoniste semble se mêler aux limites de l'espace et du temps. Peu importe que le titre repasse ensuite dans les mains de DC / Vertigo avec un épilogue somptueux conçu comme un livre illustré, pour finalement trouver sa forme finale et corrigée quelques années plus tard chez Dark Horse, le projet garde cette curieuse fraîcheur de l'innocence, du conte initiatique à la fois léger, par le ton utilisé, et profond, par l'étendu des thèmes explorés.

 

Il était parfois


Moonshadow n'est ainsi pas un enfant comme les autres, mais le fils d'une hippie en marge enlevée par de curieux aliens sphériques à la logique étrangère. Une naissance dans un zoo pour espèces venues de tous le cosmos, une échappé dans un vaisseau rouillé, une amitié avec un Chewbacca pervers et crados, un enrôlement dans une guerre absurde et dévastatrice, la découverte de l'amour et de la sexualité.... Le gamin grandit devant les yeux du lecteur, tenue par la main par un narrateur au crépuscule de sa vie, qui n'hésite jamais à tisser le lien par lui-même avec quelques grands classiques de la littérature. Il y a forcément des ressemblances, des allusions, à Dickens, Lewis Caroll, Peter Pan, Oz, Dostoïevski, Voltaire, mais toujours pétrie dans un courant new age, philosophique et humaniste plus proche de l'ère contemporaine et d'une certaine incongruité anglaise. Jamais, et jamais plus, DeMatteis n'a affiché une telle ambition narrative, se dégageant même la plupart du temps du carcan des phylactères pour glisser vers la fable (cosmique) illustrée, voir vers un équilibre entre texte et dessins qui rappelle les premières gravures illustrées. Magnifique, envoûtant, Moonshadow est un voyage graphique unique et Muth semble maîtriser plus encore à chaque chapitre, délaissant progressivement les contours encrés, les formes cernées, pour privilégier des aquarelles où les formes s'échappent et se mêlent, à la fois évocatrices et explosives, délicates et sensuelles... et parfois totalement incongrues, aux lisières du cartoon façon Dr Seuss. Même lorsqu'il perdit le rythme dans les derniers numéros, épaulé alors par les tout aussi évanescents Kent Williams et George Pratt, Muth reste le grand metteur en scène de ce témoignage intime, de cette introspection délirante. Accompagné de quelques vinyls de Cat Stevens (le nom vient de là), Pink Floyd et de King Crimson, Moonshadow fait tout pour qu'on s'y perde, refusant de trouver la sortie.

Nathanaël Bouton-Drouard




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