AMERICAN VAMPIRE VOL.1
American Vampire : Anthology #1-2 (extraits) + American Vampire #1-5 + #12 + #19-21 - Etats-Unis - 2010 / 2012
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Nombre de pages : 448 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 7 février 2020
Bande dessinnée : note
Jaquette de « American Vampire Vol.1 »
portoflio
LE PITCH
Amérique, fin du XIXe siècle. Le bandit Skinner Sweet est freiné dans sa tentative d'évasion par un vampire venu d'Europe. Laissé pour mort, il revient à la vie et découvre que non content d'être devenu l'un d'entre eux, il est aussi le premier spécimen d'une nouvelle race de vampire américain. Un siècle plus tard, à Los Angeles, il contamine à son tour la jeune Pearl Jones, faisant d'elle l'héritière de cette espèce de vampires capables de marcher sous le soleil...
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Nouvelle cuisine

Dernière, voir ultime, saga fleuve du label Vertigo, American Vampire revient chez Urban Comics sous la forme nouvelle d'une intégrale en quatre volumes. L'occasion de rattraper les wagons pour les retardataires, mais aussi de redécouvrir la saga complète réorganisée en suivant la chronologie historique des évènements.

Une décision éditoriale particulière, mais qui n'a rien d'anodine puisqu'elle touche directement au concept initial de la série. Celui du récit parallèle de l'avènement d'une nouvelle race mutante de vampires liée à l'émergence et l'histoire des Etats-Unis. Un concept né de l'esprit de Scott Snyder, depuis devenu l'une des coqueluches de DC Comics avec des passages remarqués sur Batman ou Swamp Thing, qui voulait en profiter pour remettre au goût du jour la figure vampirique ou plutôt lui rendre tout son mordant. Epidermique aux niaiseuses aventures de Twilight, il imagine ainsi un virus vampire qui évoluerait ou s'adapterait aux terres et ethnies qu'il envahit. Les vampires du vieux continent, fin de race aristocrate craignant encore le soleil et les pieux dans le cœur, donnent ainsi naissance sans le vouloir à des créatures beaucoup plus sauvages et voraces en débarquant sur les rives amérindiennes.

Véritable fil rouge de cette saga qui s'étend sur plus de 70 ans, Skinner Sweet bandit de grand chemin devient autant un prédateur alpha qu'une figure de rebelle antisystème, et sert clairement de révélateur aux évolutions et aux traumatismes de la société américaine. Ici le vampire est donc autant un monstre à l'ancienne, dévorant ses victimes avec sa gueule déformée à l'extrême, qu'une figuration de valeurs carnassières et destructrices menées par le libéralisme économique. Des prises de positions et des réflexions, autant qu'une vision frontale de l'horreur classique, qui séduisirent un certain Stephen King qui, plutôt que de se contenter de façonner cet univers à distance, en profita pour s'essayer pour la première fois à l'écriture de BD. Des backups stories sur les cinq premiers numéros, bien entendu contées par un romancier (on ne se refait pas) qui n'ont rien d'anecdotique puisqu'elles relatent directement les origines westerniennes de Skinner Sweet, et impose ainsi une marque durable sur le titre.

entrée - plat - déssert


En programme principal de ces numéros Scott Snyder, accompagné du même Rafael Albuquerque aux dessins, s'engouffrait dans les coulisses du Hollywood des années 20 et évoquait la première progéniture de Sweet, la jolie Pearl Jones qui va payer très cher ses rêves d'actrices. Un bel hommage au cinéma pionner, une illustration cruelle de la condition féminines, qui déjà jouait les grands écarts entre l'ouest de 1880 et les décors factices des années folles. Question sans doute d'en simplifier l'accès (et d'en excuser la réédition), ces récits sont donc replacés désormais dans l'ordre non pas de publication, mais des évènements contés. Le fameux Bad Blood de Stephen King se situe désormais bien avant le Big Break de Snyder, et surtout le story-arc plus lointain, The Beast in the Cave de Snyder et Jordi Bernet, première rencontre entre un Sweet encore humain et soldat et une vampire chowanoke sur fond de génocide indien, ouvre tout logiquement le bal.

 

Mais le volume incorpore aussi les courtes nouvelles héritées des anthologie American Vampire Legacy et, dans les volumes futurs, les miniséries spin-off. Si la qualité de ces quelques pages confiées à des auteurs et artistes invités de la tenue de Francesco Francavilla ou Becky Cloonan, n'est absolument pas à remettre en question, leur aspect plutôt anecdotique, révélant surtout quelques éléments de contextes ou d'autres «histoires» de la toile de fond (une ville de l'ouest ravagée par les vampires, une gamine mariée au monstre de la grotte, le dernier représentant d'une branche d'Europe de l'est...) auraient peut-être plus eu leur place en appendice, n'aidant pas forcément à l'homogénéité générale. Une petite retenue par rapport à la construction du présent volume mais qui n'enlève rien à la saveur du menu complet, sauvage, malin et inspiré, qu'Urban propose ici sous une bien belle forme avec un énorme cahier bonus : croquis, designs, couvertures et les scénarios complets du premier fascicule signé Scott Snyder et Stephen King. Un menu pas toujours équilibré mais sacrément roboratif.

Nathanaël Bouton-Drouard





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