BITTER ROOT T.1 : AFFAIRE FAMILIALE
Bitter Root #1-5 - Etats-Unis - 2019
Image de « Bitter Root T.1 : Affaire familiale »
Dessinateur : Sanford Greene
Nombre de pages : 172 pages
Distributeur : HI Comics
Date de sortie : 22 janvier 2020
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Bitter Root T.1 : Affaire familiale »
portoflio
LE PITCH
Les Sangerye étaient autrefois réputés pour être la plus grande famille de chasseurs de monstres de tous les temps. Leur spécialité ? Purifier les âmes infectées par la haine, qui transforme les êtres humains en démons hideux. Ce temps est révolu. Une terrible tragédie a décimé la famille, et les survivants sont désormais divisés par les blessures du passé et par leurs méthodes : sauver ou tuer ces créatures. Mais face à un nouveau type de monstre qui sévit dans les rues de ...
Partagez sur :
Le mal à la racine

Dernière sensation apparue dans le catalogue d'Image Comics l'année dernière, Bitter Root n'aura pas eu à attendre bien longtemps avant d'être approché pour une future adaptation sur grand ou petit écran. Et en l'occurrence c'est Ryan Coogler qui y a posé sa griffe... et ce n'est pas un hasard.

Réalisateur de l'excellent Creed et du porte étendard Black Panther, Ryan Coogler s'est certainement retrouvé dans la recherche de réappropriation culturelle des auteurs de Bitter Root. Trois artistes habitués des productions Marvel, DC et autres, mais chez lesquels on observe un intérêt récurrent pour les quelques figures noires connues. L'adaptation BD de Shaft, Luke Cage, Power Man & Iron Fist, Cyborg ou Black Panther (pour ne citer que les plus célèbres), ces titres semblent une occasion pour eux de redonner une certaine étoffe, une importance, à des héros issus de leur communauté. Avec Bitter Root un sacré pas est franchis puisqu'il s'agit bien là d'une création entièrement inédite et qui ne fraye même pas avec les sacro-saints super-héros. Avec ce petit quelque-chose du surnaturel Hellboy et du look d'un Blade, Bitter Root raconte ainsi le combat ancestral d'une famille, les Sangerye, contre des créatures monstrueuses répandant le mal, prenant la possession d'être humain animés par la haine. Des blancs massivement, comme en atteste une petite mission de sauvetage lors d'un lynchage orchestré par la secte du Ku Klux Klan, ou les violence perpétrés par des forces de l'ordre pratiquant non pas la répression aveugle, mais le matraquage de noirs.

 

une vieille histoire


Inscrit pleinement dans la réalité américaine des années 20, mais faisant constamment écho à une vérité malheureusement intemporelle, le comic mêle adroitement les savoirs vaudou avec la culture jazz et les réflexions des premières voix afro-américaines politisées pour s'embarquer dans une grande et épique chasses aux monstres que n'auraient pas renier les Ghosbusters. Forcément original dans son décorum, peut-être un peu moins dans son déroulement, Bitter Root se montre surtout pertinent et subtile lorsqu'il évoque d'anciennes victimes de crimes raciaux qui semblent dès lors contaminés par la même infection, lancée dans une quête vengeresse et destructrice comme un retour de bâton infesté de magie noire. On appelle cela aujourd'hui de l'ethno-gothique et les planches, souvent doubles et simultanées, de Greene se montrent justement très généreuses dans leur réinvention d'un Harlem mystique avec la patine légèrement excessive et caricaturale des arts urbains, et dans les débordements d'une BD d'action souvent au bord du chaos. Un univers plus qu'intéressant et des personnages bien campés (en particulier la matriarche Ma et la petite dernière manifestement plus instinctives que le reste de la famille) pour une évocation métaphorique limpide sur la transmission de la haine, la peur et la déshumanisation qui en découle. L'album aurait sans doute été cependant plus efficace, ou en tout cas moins lourd dans ses intentions, si l'éditeur américain ne l'avait pas accompagné d'un défilé d'essais d'universitaires et de chercheurs américains qui viennent en fin de volume expliciter, analyser, étoffer, révéler chaque intention derrière la moindre ligne de scénario ou évocation historique et religieuse. Un cahier bonus qui glisse souvent vers le prosélytisme et qui éreinte la suggestivité bien sentie de la BD.

Nathanaël Bouton-Drouard


Partagez sur :

 

Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2020