WALKING DEAD T.32 & 33 : LA FIN DU VOYAGE & EPILOGUE
The Walking Dead #187-193 - Etats-Unis - 2019
Image de « Walking Dead T.32 & 33 : La Fin du voyage & Epilogue »
Dessinateur : Charlie Adlard
Scenariste : Robert Kirkman
Nombre de pages : 220 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 15 janvier 2020
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Walking Dead T.32 & 33 : La Fin du voyage & Epilogue »
portoflio
LE PITCH
Rick va-t-il réussir à ramener la paix au Commonwealth ? La situation s’envenime avec la Gouverneuse Milton. Et une question essentielle reste posée, sans réponse dans l’immédiat : si une communauté aussi puissante et organisée que le Commonwealth venait à tomber, qu’est-ce que cela dirait de l’état du monde ? Pas certain que le futur soit très brillant pour nos protagonistes…
Partagez sur :
Rest in peace

On nous promettait une saga éternelle, un survival multigénérationnel, un soap en terres hostiles, qui durerait au moins jusqu'à un 300ème épisode record et boum ! Juillet 2019, 16 ans (16 ans !) après ses débuts The Walking Dead s'achève. Plus dans les larmes que dans les cris et les hurlements.

Robert Kirkman et Charlie Adlard avaient d'ailleurs franchement bien joué leur coup pour la publication américaine de ces derniers épisodes, préservant le secret en fournissant aux distributeurs et boutiques de fausses couvertures et de faux synopsis d'évènements à venir au-delà du fatidique numéro 193. Un final préparé en catimini depuis quatre ans par le duo (et plus encore puisqu'on apprend dans la postface que tout faillit s'achever dramatiquement en 2010) qui ont joué justement avec les nerfs des lecteurs en offrant une ultime confrontation des ouailles de Rick avec les deux versants les plus inquiétant de ce monde post-apocalyptique : les murmureurs, organisation sectaire se dissimulant sous des restes de zombies, puis le Commonwealth, évocation vénéneuse de la civilisation disparue et ses inégalités sociales. En cours de route, le destin de Rick Grimes est devenu de plus en plus ouvertement central, jouant cruellement avec sa position de leader (de sauveur ?), discutée, bousculée, qui va l'amener à commettre quelques erreurs dramatiques. Toutes ces années Kirkman ne lui aura vraiment rien épargné, jusqu'à une issue tragique absolument terrifiante, traumatisante et émotionnellement des plus intenses.

 

devoir de mémoire


Des évènements contés dans le 32ème tome français, intitulé La Fin du voyage, duquel Delcourt a préféré détacher l'ultime chapitre, doté de 72 pages, pour en souligner l'originalité et la tonalité toute particulière, quitte à y adjoindre quelques bonus récupérés à droite à gauche (dont la proposition initiale de la série et les adieux des auteurs). Opérant un nouveau bond chronologique, mais de 20 ans en avant cette fois-ci, le récit retrouve le fiston Carl désormais père de famille dans un monde où les morts-vivants sont devenus une espèce en voie de disparition et où la dernière génération d'enfants n'a jamais vraiment connu le danger. La mémoire des années terribles doit-elle être préservée ? Les anciens combattants sont-ils des dinosaures ? Quelle image reste-t-il de Rick Grimes ? Quelle humanité pour demain ? Avec un décorum plus western que jamais, illustré et encré en solo par un Adlard remonté à block, cette conclusion inattendue, mais désormais évidente, réussie à résumer a elle seule toute la force de The Walking Dead. Une réflexion politique et sociologique non pas mue par de longues tirades moralisatrices mais par une démonstration centrée sur les personnages, et une approche de la BD d'horreur où systématiquement les codes sont balayés pour mettre en avant le réel, l'émotion et l'humanité. Kirkman et Adlard sont très loin de l'adieu élégiaque ou spectaculaire, recentrant fortement le cadre sur Carl, ses liens avec son père, ses inquiétudes pour demain et ces derniers instants où il conte au coin du feu la légende de Rick à sa petite-fille qu'il n'a pas connue. Un instant délicat, un happy end qui apaise les cicatrices de 33 tomes éreintants, de montagnes russes émotionnelles et de destins brisés. Peut-être que le plus joli miracle de The Walking Dead est l'intégrité qu'ont réussi à préserver coûte que coûte ses auteurs, s'éclipsant avant de s'épuiser. Le voyage aura été long, éprouvant et palpitant. Merci à eux.

Nathanaël Bouton-Drouard


Partagez sur :

 

Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2020