LONE SLOANE : BABEL
France - 2020
Image de « Lone Sloane : Babel »
Dessinateur : Dimitri Avramoglou
Scenariste : Xavier Cazaux-Zago
Nombre de pages : 80 pages
Distributeur : Glénat
Date de sortie : 8 janvier 2020
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Lone Sloane : Babel »
portoflio
LE PITCH
Babel convoque tous les personnages de la saga de Sloane et met en scène leur confrontation à une menace inexorable : l’Écume, une force sombre qui anéantit tout sur son passage. Notre héros devra littéralement se réinventer, et faire appel à tous les grands voyageurs mythologiques – Ulysse, Hannibal, Gulliver ou Nemo – pour l’aider à triompher du Chaos.
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D'Astérix à Black et Mortimer en passant par Corto Maltese, toutes les légendes de la BD franco-belge semblent vouées à trouver un repreneur. Mais on n'attendait pas voir forcément de sitôt (du tout), un artiste comme Phillipe Druillet confier à deux petits jeunes sa plus célèbre création : Lone Sloane.

Une figure légendaire du renouveau de la bande dessinée qui fit grand bruit lors de sa première apparition dans les pages d'un Pilote dirigé par René Goscinny, et qui marqua les lecteurs du monde entier par ses visions grandioses d'un space opera baroque et chaotique, foutrak et poétique. Quelques albums plus loin et une bonne poignée de décennies en sus, Druillet semblait avoir conclu son cycle en délivrant il y a quelques années la conclusion inespérée de Delirius. Occupé par d'autres projets et ayant sans doute un peu l'impression d'avoir fait le tour des épopées furieuses de son guerrier de l'espace, l'artiste s'est laissé convaincre par Dimitri Avramoglou et Xavier Cazaux-Zago de laisser à d'autres - sous son œil attentif cela va de soi - le soin de s'emparer de ses jouets. Exercice compliqué où les successeurs doivent queter un juste équilibre dans leur réappropriation, quelque-part entre la continuation docile et la trahison nécessaire. Et non sans un certain culot, ils s'en sortent incroyablement bien réussissant à rendre un parfait hommage à la longue œuvre de Druillet, cumulant même avec des liens tissés vers d'autres de ses titres, tout en apportant une touche plus moderne, plus fluide... Plus accessible serions-nous presque tentés de dire.

 

codes de langage


Une direction largement portée par les planches d'Avramoglou, illustrateur plus discret, qui renoue avec les compositions alambiquées, les découpages frénétiques et les constructions architecturales apocalyptiques du mentor, mais en y glissant une colorisation plus fine et homogène, en assouplissant les traits de certains personnages (la belle Dame Légende en particulier) en laissant apparaître au cœur de ces ténèbres implacables une luminosité presque inédite. On reconnaît la rudesse du trait de Druillet, sa démesure cosmique empruntée à Jack Kirby, la dureté de ses structures, versant béton de l'organique Giger, mais avec une légère note de classicisme qui est loin de le desservir. Visuellement imposant et ambitieux, Babel l'est tout autant dans sa prose, creusant un vocabulaire entre série B italienne et déclamations philosophiques alambiquées que les amateurs connaissent bien, avec certes parfois une tendance au lyrisme un peu lourd, mais aussi une habile réorganisation de l'univers de Lone Sloane. Les anciens compagnons d'armes comme Yearl et Vuzz reviennent en forme, tandis que l'antique ennemi Shaan s'extirpe de la mort pour embarquer Sloane dans une ultime quête suicide sur les traces d'une citée mémoire imaginaire pour sauver un monde décadent d'une menace sans nom et sans forme. Vaste programme qui trouverait presque une logique dans le désordre des neufs albums précédents, ses multiples répétitions et ses improbables résurrections, en rejoignant des concepts littéraires et héroïques proches de ceux de Michael Moorcock (Elric, Hawkmoon...). Une lecture aussi ardue que les autres Lone Sloane, mais tout aussi enivrante et c'est là l'essentiel.

Nathanaël Bouton-Drouard


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