L’AUTRE TERRE T.1
The Wrong Earth #1-6 - Etats-Unis - 2018 / 2019
Image de « L’Autre Terre T.1  »
Dessinateur : Jamal Igle
Scenariste : Tom Peyer
Nombre de pages : 180 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 8 janvier 2020
Bande dessinnée : note
Jaquette de « L’Autre Terre T.1  »
portoflio
LE PITCH
DragonflyMan et son partenaire Stinger vivent une vie d’aventures hautes en couleurs où ils aident la police et arrêtent les méchants sans trop de problème. Sur une autre Terre, DragonFly pourchasse les criminels déviants les plus violents et les forces de l’ordre corrompues. Soudainement ces deux héros intervertissent leurs places et passent dans un univers qu’ils ne maîtrisent pas. Accrochez-vous, ça va décoiffer !
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Double-Face

Série phare du lancement du nouvel éditeur américain AHOY, L'Autre Terre opte pour la case référentielle en échangeant les places deux justiciers ayant choisi la libellule comme emblème : l'un vit au milieu des joyeusetés des 60's, l'autre dans une réalité plus violente. Deux époques, deux méthodes, pour un premier album assez malin.

Le marché des BD américaine n'est pas forcément le plus dynamique qui soit et ne laisse finalement que très peu de chance aux nouveaux challengers de l'édition. Et les échecs sont nombreux et cuisants. Cela n'a pas empêché quelques anciens du label Vertigo de tenter l'aventure, proposant qui plus est un format « magazine » plutôt original ou chaque titre est accompagné de courts récits supplémentaires et de textes en proses imaginés par des auteurs différents. Au coté de la comédie acide High Heaven, la SF féline Captain Ginger, et un revival des contes de Poe, Allan Poe's Snifter of Terror, on trouve donc le super-héroique Wrong Earth qui résonne immédiatement comme un petit pied de nez à l'ancienne maison DC Comics. Si le héros central répond au nom de Libellule ou Dragonfly selon les envies, il ressemble bien évidement comme deux gouttes d'eau à un décalque du Batman de la série tv avec Adam West en collant qui échangerait son univers avec celui d'un Bruce Wayne traumatisé par les années 90, le Dark Age, et sa violence glauque. Le petit jeu est alors d'observer comment l'un et l'autre réagissent face aux règles de la terre de leur alter ego. Les stratagèmes pourris et les valeurs libérales célèbrées dans le monde colorée d'Alpha agacent autant qu'amuse l'un ; tandis que la noirceur et le désespoir de la Terre Omega navre le second. Les vilains sont tout aussi symptomatiques avec Number One tour à tour bouffon mégalomane dandy et serial killer punk aux petits airs de Heath Ledger.

 

et les batvaches seront bien gardées


Auteur et illustrateurs relativement peu connus de noms mais pourtant passés chez tous les grands éditeurs et sur tous les titres, Tom Peyer (d'Action Comics à Spider-man en passant par les Simpsons) et le doué Jamal Igle (de Green Lantern à Wolverine en passant par Shi) connaissent parfaitement les codes du genre, la petite histoire des comics et les grands chapitres de Gotham (la mort de Dard comme un écho à celle de Robin), et s'emploient à tisser des ponts inspirés entre la version bon enfant et colorée aujourd'hui presque disparue et le réalisme maussade de publications plus récentes, mais réussit aussi au milieu de cet exercice de style à installer un univers qui lui est propre. Celui de terres parallèles imbriquées, reliées par des miroirs (magiques?) où l'échange de Dragonfly ne semble qu'être un petit détail alors que se trame en arrière-plan une catastrophe beaucoup plus insidieuse qu'il n'y parait, impeccablement révélée dans la dernière page du 5ème chapitre. Si ce premier tome de L'Autre Terre a le plus souvent des airs de comédie à la Freaky Friday et se contente parfois d'enchaîner les situations drolatiques attendues, il semble surtout préparer le terrain à une suite un peu plus ambitieuse. Pas forcément de traces de cette voie dans les très courtes histoires en backup confiées au duo Paul Constant / Gary Erskine, insistant surtout sur la cruauté du monde Omega, là où on aurait sans doute préféré apercevoir les premiers bonus du magazine américain soit la courte histoire rétro mais ironique dédiée à un Dard lancé en solo et cette nouvelle inédite imaginée par un certain... Grant Morrison. Peut être pour un prochain album ? En tout cas en l'état, ce premier titre AHOY sait s'appuyer sur les fondamentaux pour réussir son premier vol.

Nathanaël Bouton-Drouard


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