KINGDOM COME
Kingdom Come #1-4 - Etats-Unis - 1996
Image de « Kingdom Come »
Dessinateur : Alex Ross
Scenariste : Mark Waid
Nombre de pages : 336 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 6 décembre 2019
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Kingdom Come »
portoflio
LE PITCH
Dans un futur possible, les super-héros d'antan ont été surclassés, puis remplacés par une nouvelle génération plus agressive, mais aussi plus amorale. Aussi, lorsque ces surhommes rayent accidentellement le Kansas de la carte des États-Unis, c'est au premier d'entre eux, Superman, de sortir de sa retraite et d'inculquer à cette nouvelle garde le goût pour la vérité et la justice. L'Homme d'Acier devra également combattre une association surprenante : celle de Lex Luthor, son pire e...
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Le crépuscule des dieux

Nouvelle édition pour l'un des plus gros succès de librairies de DC Comics : Kindom Come. Après la publication en kiosque, la ressortie en albums souples par Semic et les deux intégrales de Panini puis Urban Comics, voici la version française de l'édition « Absolute » avec sa centaine de pages de bonus (croquis, archives, postfaces...) question de bien rappeler son statut d'incontournable.

Avant le Black Label, il y a avait la gamme Elseworld, permettant aux auteurs de DC Comics de s'emparer de l'univers de l'éditeur et de ses personnages pour les amener vers des horizons inédits et avec une liberté créatrice beaucoup plus large. Des récits hors continuité « officielle » (même si beaucoup ont été réintégrés lors de saga comme Multiversity) qui jouent bien souvent avec le principe éculé du « what if... », ou « Et si,... » en français, réinterprétant les icones dans des époques ou des ambiances étranges et distantes. Mais Kingdom Come va beaucoup plus loin que cela. Quelque part entre le Watchmen d'Alan Moore et Dave Gibbons (et oui encore) et la collection La Fin du concurrent Marvel, la minisérie grand format de Mark Waid et Alex Ross développe un futur dans lequel les surhommes sont devenus légion, menaçant l'équilibre du monde alors que la plupart des vieilles légendes se sont éclipsées, poussées vers une retraite plus ou moins effective. La nouvelle génération de justiciers, beaucoup plus expéditive, violente et irresponsable fait ici alors directement écho aux nouvelles orientations des comics à succès. Et oui, nous sommes en 1996 et l'optimisme béat, les belles valeurs morales et l'action pour l'exemple ont laissé place aux plastiques hypertrophiées de l'école Image. Cette confrontation entre deux visions des supers-héros américains est l'une des trames passionnantes de cette œuvre à la fois futuriste dans son regard porté sur un avenir possible, voir probable, mais aussi mythologique en croisant les fondations du Ragnaröck celte et des citations bibliques que communique Norman McCay, pasteur désemparé, narrateur et témoin, dont la fois chrétienne est constamment remise en question par ces dieux nouveaux, ces légendes qui font trembler le monde.

 

Offrandes


Scénariste inégal mais néanmoins ambitieux et capable, Mark Waid (Impulse, JLA Year One, Painkiller Jane) signe clairement son œuvre la plus profonde, la plus imposante en invoquant avec ferveur un déluge de personnages DC dans un crossover apocalyptique total, mais à chaque fois pour mieux venir questionner l'essence profonde de ces derniers, et en particulier le triumvirat Superman / Batman / Wonder Woman. Des amours non-dits, des désillusions et des amitiés brisées, ces surhommes mythiques sont certes des symboles, ici proches de la chute vers le totalitarisme, mais savent redevenir de simples hommes et femmes pour se découvrir un souffle nouveau. Au cœur de ce déluge de combats titanesques, de débats métaphysiques et d'embuscades à tiroir (et oui Lex Luthor est dans l'ombre) les séquences les plus simples sont souvent les plus belles comme cette sublime et délicate conclusion autour d'un café dans une enseigne à thème kitch à souhait. Un retour sur terre en forme d'ironie nostalgique qui maintien le lien entre classicisme et modernité. Une volonté évidente de l'illustrateur Alex Ross (Justice League Icones, Marvels) à l'origine du projet et qui appose avec vigueur sa peinture photo-réaliste intense, le spectaculaire de ses fresques dont rêvent les adaptations ciné, et une multitude de détails pertinents et de réinventions marquantes. Impossible d'oublier cette double page épique où des centaines de super-héros s'étripent. Impossible tout autant d'oublier les tempes grisonnantes d'un Superman au regard bienveillant, une Diana devenue une guerrière d'âge mur, un Bruce Wayne coincé dans un exosquelette ou un Flash perceptible uniquement par une silhouette rouge fantomatique... Toujours cette idée en somme de contracter en quatre grands chapitres l'inaccessibilité de divinités plus humaines que jamais. Leur règne est venu.

Nathanaël Bouton-Drouard




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