THE NEW FRONTIER
The New Frontier #1-6 + Justice League: The New Frontier Special - Etats-Unis - 2004 / 2005
Image de « The New Frontier  »
Dessinateur : Darwyn Cooke
Scenariste : Darwyn Cooke
Nombre de pages : 544 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 6 décembre 2019
Bande dessinnée : note
Jaquette de « The New Frontier  »
portoflio
LE PITCH
Durant les années 1950, l'Amérique en pleine Guerre Froide plonge dans la paranoïa et met au ban de la société les premiers super-héros des années quarante. Mais des cendres de cette époque révolue vont éclore de nouveaux justiciers parmi lesquels J'onn J'onzz, Barry Allen ou encore Hal Jordan. Et cette génération de héros issue de la course à l'espace va devoir enquêter sur un mystère des plus anciens menaçant de conquérir la Terre.
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L'étoffe des super-héros

Presque introuvable depuis 15 ans The New Frontier revient dans un format « Absolute » comprenant naturellement l'intégrale des six épisodes mais aussi une centaine de pages bonus (making of, recherches graphiques...) et même trois apartés totalement inédites en France. Un superbe volume qui célèbre comme il se doit la plus belle œuvre du regretté Darwyn Cooke.

Disparu en 2016, frappé par le cancer, Darwyn Cooke a laissé une œuvre marquée par la nostalgie d'un âge d'or des comics aujourd'hui révolu. Une impression graphique en premier lieu, héritée de son travail admirable sur les séries animées de Batman et Batman Beyond aux cotés de Paul Dini, dont il partage la même admiration pour les maîtres Jack Kirby et Will Eisner (The Spirit). De son premier Batman Ego à son Catwoman Le Grand Braquage en passant par son adaptation des aventures de Parker d'après Richard Stark, son croisement passionné entre la légèreté des super-héros et les atmosphères plus sombres des bouquins pulp et Hard Boiled ont clairement trouvé un point d'orgue avec The New Frontier, célébration généreuse du DC des années 50. Au croisement entre l'âge d'or et l'âge d'Argent, la mini-série joue la carte de la réorganisation de la grande Histoire de DC Comics en faisant apparaître les figures plus ou moins célèbres de la firme dans le courant de leur invention. Superman, Batman et Wonder Woman sont déjà en place, les vieilles légendes de la JSA obligées de tomber les masques après un décrets du congret et une nouvelle génération commence à apparaître du coté de Green Arrow, Flash et Green Lantern. Avec son style baroque épuré, ses contours qui évoquent forcément les cartoons des frères Fleischer et une colorisation lumineuse de l'incontournable Dave Stewart, Darwyn Cooke construit en apparence un feuilleton retrouvant la naïveté et le manichéisme d'antan. Mais marqué par quelques œuvres plus tardives, avec des hommages directs au Watchmen de Moore et Gibbons (il en est d'une certaine façon le pendant optimiste), il teinte cette grande aventure (sur) humaine façon L'Étoffe des héros, d'un regard plus acéré, celui du 21ème siècle.

 

you'll believe a man can fly


A cette grande célébration du courage, de l'exploration spatiale, des hommes de la science et d'une Amérique impulsée par l'ère Kennedy, il oppose la réalité historique, celle d'un pays xénophobe, marqué par les exactions raciales du Sud, la paranoïa anti rouge des gouvernements, le Maccarthysme, la raison d'état, la fascination pour la guerre... Un exercice absolument brillant et passionnant, fastueux, où la grande trinité Superman / Batman / Superman, sait habilement s'éclipser pour laisser place à quelques publications et personnages oubliés (Les Loosers, les Hawkmen) ou méconnus (les Challengers of the Unknown), aux côtés d'indémodables attendant leur heure afin de construire pas à pas la création définitive de la Justice League of America, symbole enfin d'un monde capable de s'unir face à une menace qui les dépasse tous. L'écriture est cependant loin d'être aussi classique que cela puisque Cooke avance pas à pas, installe une tension exponentielle, rebondissant sur l'improbable (une île aux airs de monde perdu, un détournement de l'œuvre du Dr Seuss...) pour aboutir à un mariage complexe entre le spectaculaire des hommes en collants, les ténèbres des récits horrifiques d'un Lovecraft, les ombres du thriller d'espionnage et la chronique transversale d'une décennie en pleine mutation. Pas toujours évident à décoder pour ceux qui ne connaissent pas leur encyclopédie DC sur le bout des doigts, flirtant parfois avec l'anecdote et le clin d'œil, The New Frontier finit cependant par former un ensemble parfaitement logique, fragmenté certes, mais cohérent. Si ce récit ne fait pas partie d'une chronologie officielle de l'éditeur (d'où son retour sous le Black Label), il a la prestance et l'éloquence d'une œuvre fondamentale.

Nathanaël Bouton-Drouard




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