SOUS LE PARADIS
Italie / France - 2019
Image de « Sous le paradis »
Dessinateur : Gabriele Di Caro
Scenariste : Gabriele Di Caro
Nombre de pages : 64 pages
Distributeur : Tabou BD
Date de sortie : 29 novembre 2019
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Sous le paradis »
portoflio
LE PITCH
Hommage à L’Homme qui aimait trop les femmes (de François Truffaut), cet album est un recueil de douze histoires courtes où les femmes occupent la place centrale et se croisent au gré des pages. Son titre, référence à la beauté de la sexualité et à son opposé, l’Enfer, conduit à un final souvent amer.
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L'amour à l'italienne

Effeuiller pour la première fois une BD érotique (ou pornographique) c'est un peu comme entrer subrepticement dans les fantasmes de son auteur. Sans gène, Gabriele Di Caro nous livre les siens dans une série de petits portraits torrides et espiègles.

 

En tant que mise en image directe des pulsions et des désirs de son créateur le type d'anthologie érotique auquel nous convie Sous le paradis peut rapidement tourner au défilé de décors prétextes enquillant les explorations frontales et bestiales d'une féminité exposée. Des glissements misogynes vers la femme objet que refuse catégoriquement le jeune illustrateur italien Gabriele Di Caro, préférant célébrer les formes et la force du sexe opposé avec un regard amoureux. Elles sont ainsi systématiquement au cœur de chacune de ces nouvelles de tailles variables, objets de tous les regards certes, des cadrages bien entendu, mais aussi de « l'action » proprement dite, actrice et metteuse en scène de leurs ébats, menant les hommes par le bout de leur tige autant que par le bout du nez. L'opération peut s'avérer cruelle lorsqu'une reine égyptienne affamée échauffe la future victime de son sacrifice, excessivement freudienne lorsqu'une séance de psy tourne au serpent qui se mord la queue (de qui?). Elle est cependant le plus souvent légère avec une Belle au bois dormant qui épuise ses prétendants, un petit hommage aux films interdits des années 20 et leurs obsession pour le bondage ou quelques rêveries torrides et humides où ces dames explorent l'intérieur de leurs cuisses sans besoin d'aide extérieure.

 

"ce cul, ce cul, ce cul..."


Des formes d'ailleurs particulièrement généreuses pour des créatures aux courbes pleines et pulpeuses, voir aux postérieurs volumineux qui, associés à des visages de biches effarouchées et des lèvres mutines d'un autre temps, soulignent l'école italienne et une parenté stylistique évidente avec le travail du maître Leone Frollo (Casino). Les couleurs manquent parfois d'intensité, les environnements de détails et les demoiselles de différentiations (mais Manara ne dessine-t-il pas systématiquement la même femme?), mais l'album n'en est pas moins une très jolie découverte, délicate, fraîche et sensuelle qui n'est jamais aussi réussi que lorsque le mâle y apparaît dans sa forme la plus pataude. D'une relecture douce amère du premier péché d'Adam et Eve jusqu'à un enterrement festif, sorte de version cul du final des Nouveaux Monstres (le film à sketch de 1977), le voyage se fait bien souvent au détriment de l'homme, un peu perdu devant un désir qu'il peine à contenir. Sans doute les quelques pages les plus douces-amères de Sous le paradis, sont la déclaration d'amour charnel d'un mari à une épouse, qu'il est en train de tromper tristement avec une autre. Un homme qui aime décidément (trop) les femmes.

Nathanaël Bouton-Drouard


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