NEXT MEN VOL.1
John Byrne’s Next Men #0-9 - Etats-Unis - 1992
Image de « Next Men Vol.1 »
Dessinateur : John Byrne
Scenariste : John Byrne
Nombre de pages : 288 pages
Distributeur : Delirium
Date de sortie : 22 novembre 2019
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Next Men Vol.1 »
portoflio
LE PITCH
Fruits d'expériences génétiques menées secrètement par l'armée, les Next Men, jeunes adolescents élevés dans un univers virtuel, sont soudain plongés dans le monde réel. Livrés à eux-mêmes, ils vont rapidement découvrir qu'ils intéressent beaucoup de monde...
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Comic of Future Past

Après la publication de 2112, mini-série en forme de prequelle totalement SF, Delirium passe aux choses sérieuses avec le premier volume de Next Men grand œuvre de l'artiste dont la publication chaotique se sera étalée sur vingt ans et 44 numéros !

Si ce qui est devenu par la force des choses l'introduction un peu nébuleuse connue sous le nom de 2112 était à l'origine un concept avorté imaginé aux cotés de Stan Lee, l'idée même de Next Men est la transformation d'un projet présenté, mais refusé, à DC comics en 1986 sous le nom de Freaks. Une idée née des nombreuses frustrations rencontrées lors de sa longue et mémorable collaboration avec Chris Claremont sur X-Men, mais dont la noirceur effraye alors même la concurrence. Une nouvelle version va enfin refaire surface au début des années 90 après un ultime départ des murs de Marvel au profit de Dark Horse Comics qui grâce au label cocrée avec Frank Miller (Sin City), Mike Mignola (Hellboy) et Art Adams (Monkeyman and O'Brien), s'octroie une liberté créatrice presque totale à même justement d'explorer sa vision définitive de ce qu'aurait dû être un titre mutant si les personnages censées être des outcast persécutés n'avaient pas finis par devenir intouchables à cause de leur succès sans précédent. Le titre Next Men affiche d'ailleurs la couleur dans un titre qui a clairement des airs de tacle, mais aussi de note d'intention. En l'occurence dans l'introduction qui montre le réveil de quelques adolescents « augmentés » contenus toute leur vie dans une réalité virtuelle idéalisée et totalement aseptisée et qui découvrent une réalité terriblement violente et cruelle, on peut y voir aussi une réflexion méta sur l'échappée d'un auteur hors des normes mainstream. Une réflexion sur les comics en général avec laquelle John Byrne va d'ailleurs constamment jongler, faisant un temps de la petite troupe des super-héros inspirés par les comics, mais avec un résultat des plus cyniques.

 

out of the matrix


Un humour noir omniprésent pour une saga qui, sans le vouloir, se donne des airs d'anticipation visionnaire décrivant en toile de fond l'ascension du sénateur Aldus Hilltop. Un carriériste répugnant manipulant l'histoire avec l'aide de son allier Satanas échappé du futur, éliminant les concurrents et aiguillant directement la politique américaine vers le totalitarisme idéologique et célébrant l'avènement d'un surhomme blanc et obéissant. Si ces premiers épisodes ne sont plus tout jeunes, ils sont cependant toujours aussi modernes, pertinents et originaux par leur mélange de science-fiction, de thriller totalement paranoïaque et de thème adultes. Aux rangs desquels la sexualité va rapidement devenir centrale, véritable arme de destruction massive à même de changer le monde pour le meilleur... et pour le pire comme l'annonçait 2112. Mais le plus étonnant avec Next Men reste peut-être le contraste poser entre John Byrne, scénariste fataliste faisant subir les pires outrages à ses personnages avec une crudité certaine, et John Byrne l'artiste. Un illustrateur ultra précis, maître de dynamisme, pratiquant depuis des années un trait typiquement américain et classique (voir son Man of Steel aux airs de statue grecque) qui secoue sauvagement le monde des super-héros, costumés ou pas, en insistant sur la monstruosité de certaines transformations (dont un bolide aux cuirs surdéveloppés, un medium aux yeux comme recouverts de tumeurs...), la brutalité de l'action (cranes explosés, membres arrachées, charniers de cadavres desséchés...) et un traitement frontal de la nudité et du sexe. Révolutionnaire pour un comic mainstream en 1992, toujours aussi scotchant aujourd'hui, on y reconnait aisément les prémisses des New X-Men de Grant Morrison, du Planetary de Warren Ellis et autres créations de Mark Millar (là c'est large). On a beau être toujours en admiration devant ses épisodes inoubliables des X-Men, des 4 Fantastiques, de She-Hulk ou de Superman, Next Men est sans doute son titre le plus personnel et ça se sent.

Nathanaël Bouton-Drouard


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