BATMAN DAMNED
Batman Damned #1-3 - Etats-Unis - 2018/2019
Image de « Batman Damned »
Dessinateur : Lee Bermejo
Scenariste : Brian Azzarello
Nombre de pages : 160 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 25 octobre 2019
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Batman Damned »
portoflio
LE PITCH
Le Joker est mort. C'est désormais une certitude. Mais qui, de Batman ou d'une menace autrement plus malfaisante, a pu mettre fin au règne de terreur du clown criminel ? Batman, retrouvé inconscient près du corps de son ennemi, est incapable de mettre ses souvenirs en ordre. Pire, il en vient à douter de la réalité elle-même. Pour l'accompagner, et le perdre un peu plus, le justicier reçoit l'aide providentielle de John Constantine au cours d'une enquête qui l'amènera à frayer avec l...
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Rue Morgue

Initié par le White Knight de Sean Murphy, le Black Label de DC Comics entre dans le vif du sujet avec Batman Damned. Une nuit aux airs de purgatoire pour un Bruce Wayne malmené par le duo Brian Azzarello et Lee Bermejo, auteurs du déjà remarquable Joker.

Un album publié en 2008 pour un portrait ultra moderne, réaliste et violent du sociopathe grimaçant qui alliait brillamment la plume polar d'Azzarello et les planches photographiques scabreuses d'un Bermejo au sommet. Une virée qui s'achevait alors par une ultime confrontation entre Joker et Batman, illustrée comme un ballet meurtrier et sans fin... Mais dont les auteurs se sont amusés à livrer la conclusion ici : le Joker est retrouvé mort, son corps dragué hors du fleuve... Batman a-t-il vraiment commis l'irréparable ? Comme pour Joker, l'astuce du scénariste est d'éviter le piège de la voix intérieure en confiant la narration à un agent extérieur, en l'occurrence un certain John Constantine. Le british au trenchcoat et à l'odeur de tabac froid que le scénariste a longtemps manié dans les pages d'Hellblazer, qui s'invite avec son cynisme habituel dans une aventure carrément horrifique du héros de Gotham. Et il n'est pas le seul puisque dans son odyssée intime, sa tentative pour renouer le fil d'évènements nébuleux, Batman croise dans les ténèbres un Deadman transformé en junkie voleur de corps, une Zatanna qui expérimente le close-up dans la rue, un clochard aux couleurs du Spectre, Swamp Thing en esprit du cimetière ou un Etrigan rappeur urbain arguant la foule.

 

last joke, last night


Dans cette foire aux monstres et ce défilé de sorciers et créatures mystiques, Batman fait véritablement office d'intru, étranger balloté de révélations en révélations, de visions traumatiques revisitées (le fameux meurtre fondateur) et visitations démoniaques. Une BD sombre et obscure entre métaphysique et psychanalyse, que Bermejo plonge littéralement dans des ténèbres constantes et envahissantes, transformant les moindres ruelles en visions infernales, la moindre ombre en menace où se tapie l'indicible. De vrais airs de BD horrifique associés au style de plus en plus précis et ciselé de l'artiste, qui balance chaque planche comme des visions puissantes et définitives, dépassant en ce sens tout ce que l'on a pu voir jusqu'à aujourd'hui dans les diverses extrapolations cinématographiques. Si les auteurs se réclament de l'influence du cinéma de David Cronenberg, on pencherait plus volontiers vers celui de Clive Barker et son Hellraiser ou L'Echelle de Jacob. Mais finalement l'influence la plus notable, celle qui semble dicter sa voie à Batman Damned n'est ni plus ni moins que The Killing Joke d'Alan Moore et Brian Bolland, récit névralgique de la légende de Batman auquel l'album présent se réfère constamment par allusions ou évocations directes, se proposant courageusement comme son reflet malade et désespéré, voir une préquel. Une publication assez couillue, il faut l'admettre, même si l'écriture d'Azzarello manque parfois de modestie et de simplicité, qui ose l'introspection opaque et l'exercice de style assumé jusqu'au bout.

Nathanaël Bouton-Drouard


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