NATHANAëLLE
France - 2019
Image de « Nathanaëlle »
Dessinateur : Fred Beltran
Scenariste : Charles Berberian
Nombre de pages : 112 pages
Distributeur : Glénat
Date de sortie : 23 octobre 2019
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Nathanaëlle »
portoflio
LE PITCH
Dans le futur, l’humanité est divisée en deux catégories. Sous terre vivent les survivants d’une prétendue apocalypse nucléaire ayant tout éradiqué à la surface. À la surface vivent les membres d’une élite décadente et immortelle, capable de réincarner leur âme dans d’autres corps humains (pour les plus riches) ou des enveloppes de robots. Les deux communautés s’ignorent mutuellement, dans un mensonge institué par les gouvernants. Mais tout ceci est sur le point d’êtr...
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désordre nouveau

Un peu à distance des sagas SF après l'achèvement des Technopères et Megalex, Fred Beltran revient au futurisme décadent avec l'album luxe Nathanaëlle, accompagné cette fois-ci d'un scénariste que l'on n'attendait pas forcément de ce coté là : Charles Berberian.

Un auteur (complet) qui a surtout fait ses armes du coté de l'école Fluide Glaciale avec des chroniques ironiques, parfois cyniques, de notre charmant monde contemporain avec Afterz, Le Bonheur occidental ou Bienvenue à Boboland. Ici changement de décors et d'époque, mais il ne fait que transposer ses questionnements et ses critiques dans le cadre d'une dystopie où tous les travers sont accentués, devenus normes dans une société totalement orwellienne. Un monde entièrement gris et fade, des habitants augmentés mais identiques, des échappatoires virtuels tristes, une justice mécanisée et expéditive, une culture remplacée par le culte du travail et de la norme... La répression a fait son œuvre et l'élite contrôle ses ouailles avec autant de discernement que leurs moutons. C'est dans ce contexte qu'apparait Nathanaëlle (quel prénom magnifique) fille du Grand Sage, rebelle dans l'âme et libératrice malgré elle dont l'action va transformer (ou pas) le monde.

 

messi(e)


Du grand classique dans le récit d'anticipation dont l'intégration totale à un cadre balisé ferait même glisser l'album vers une certaine forme d'abstraction, une allégorie sociétale à la Metropolis, mais aussi une allégorie du genre en lui-même. Sauf que Berberian et Beltran ne sont pas des gens qui se prennent au sérieux et le récit explose rapidement la logique de son récit en s'embarquant dans un mélange bordélique de flashbacks et de flashforwards qui ne rendent pas forcement les tenants et aboutissants plus limpides mais insistent surtout sur le grotesque total de l'aventure. Fusillades sanglantes, visions apocalyptiques et concepts méta le disputent alors à des dialogues totalement absurdes, à des enchainements improbables et surtout à un humour décalé. Le plus exotique ici restant cet humain transféré dans un robot "machine à café" dont la plus grande inquiétude tout du long, malgré le décès violent de tous ses proches, reste la qualité de son moka. Pas toujours facile à suivre dans ses digressions et ses percussions de noirceur Métal Hurlant et d'élans poético-politiques à la Paul Grimault, et un peu amoindri par un final qui manque franchement de surprise, Nathanaëlle reste un voyage atypique dans un futur bizarroïde et bancal auquel Fred Beltran donne les apparences d'une grande odyssée néo-steampunk. Ses recherches visuelles, allant de la technologie rétro aux costumes pseudo-victoriens en passant par des inspirations manifestes de l'expressionnisme allemand, donnent à Nathanaëlle une facture stylistique remarquable où là encore une certaine tendance à la caricature, aux traits excessifs, viennent trancher avec le désespoir ambiant. Illustrées avec soin et forts détails, enluminées par une colorisation à la main du meilleur effet, toujours emballées dans ces reflets métalliques propres à l'artiste, ces planches imposent véritablement cet univers généreusement foutraque.

Nathanaël Bouton-Drouard


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