BRAM STOKER DRACULA
France - 2019
Image de « Bram Stoker Dracula »
Dessinateur : Georges Bess
Scenariste : Georges Bess
Nombre de pages : 208 pages
Distributeur : Glénat
Date de sortie : 16 octobre 2019
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Bram Stoker Dracula »
portoflio
LE PITCH
Jonathan Marker, jeune et brillant clerc de notaire, se rend pour affaires dans les Carpates, où réside son client, le comte Dracula. Celui-ci se révèle un hôte chaleureux et prévenant, mais la curiosité incite Jonathan à pousser son exploration de l'immense château toujours un peu plus loin. A travers les lettres qu'il lui envoie presque chaque jour, Mina, sa jeune épouse restée à Londres, découvre qu'une effroyable réalité se tapit dans l'ombre de la légende...
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Le Seigneur du haut château

Troisième Dracula de la saison, celui de George Bess ne se démonte pas malgré la concurrence. Un ouvrage encore une fois somptueux pour le classique de l'épouvante gothique qui n'est décidément plus à un petit chef-d'œuvre prêt.

Comme le disait Claude Lelouch : « hasards ou coïncidences ? ». Nul ne le sait, mais il est amusant de noter qu'en moins d'un mois ce ne sont pas moins de trois adaptations du roman de Bram Stoker qui sont apparus sur les étals de revendeurs de beaux livres. Un Dracula anglosaxon ultra fidèle traduit par Graph Zeppelin, un bijou trop longtemps introuvable marquant la maturation d'un certain Mike Mignola chez Delcourt et enfin cet ouvrage grand luxe imaginé par l'illustre George Bess. Un maitre de la BD francophone, dont personne n'a oublié les classiques Le Lama Blanc et Juan Solo avec Alejandro Jodorowsky, et qui avait déjà tâté de la goule avec le beaucoup plus récent, et métaphorique, Les Vampires de Bénarès. De l'Inde aux Carpathes, le voyage était trop attractif pour l'illustrateur qui mine de rien se fend ici de son œuvre la plus ambitieuse : une adaptation complète du roman de Stoker publiée d'un seul bloc de 200 pages. Un travail de longue haleine, vaste, et d'autant plus admirable qu'il est peut-être aussi son plus bel album tout simplement. Entièrement composé dans un noir et blanc éclatant, reflété par un papier glacé du meilleur effet, les planches imposent la précision réaliste de l'artiste mais bombiné ici à des évocations gothiques et fantasmatiques particulièrement évocatrices.

 

premier sang


Se refusant d'un romantisme qu'il juge trop présent dans le petit monde des vampires, Bess préfère s'inspirer du sublime Nosferatu de Murnau et retourner à la description plus manichéenne du roman. Sous son pinceau Dracula retrouve ainsi toute sa bestialité première, ses traits monstrueux, accompagnsé d'une vague de décrépitudes qui donne aux compositions graphiques des airs de nature morte rococo. Sublime, puissant souvent, primaire dans son approche d'une sexualité forcément dominée par le prédateur, son Dracula a en plus le vice d'aborder librement la prose de Stoker. Des origines épistolaires du roman il n'en reste que quelques traces, Bess optant pour des témoignages intimes mais plus libres et directes, et des dialogues plus naturels sans perdre de vue les angles littéraires du récit. Et telles des enluminures d'un ouvrages précieux (confirmées par ses ouvertures de chapitres) les compositions entremêlent les paysages décharnés des terres du Comte, les vagues déchainées qui ensevelissent le Demeter et le cimetière londonien, avec des effluves de cauchemars aux limites de l'abstrait. Une multitude de détails décoratifs, de textures, de créatures, de reliefs, qui confirment le soin tout particulier qu'a apporté George Bess à cette aventure visuelle. Question de souligner l'évènement, Glénat a ouvert une exposition dédiée aux planches du livre, lui-même disponible en deux éditions dont une plus luxueuse encore en grand format.

Nathanaël Bouton-Drouard


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