JENNY FINN
Jenny Finn #1-4 - Etats-Unis - 1999 / 2017
Image de « Jenny Finn »
Scenariste : Mike Mignola, Troy Nixey
Nombre de pages : 144 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 16 octobre 2019
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Jenny Finn »
portoflio
LE PITCH
Londres. Ère victorienne. Dans le quartier des docks, la population fait face à une double menace : une peste qui laisse des cadavres couverts de tentacules et un éventreur qui assassine des femmes. Un homme a bien été arrêté et exécuté pour ces meurtres, mais il ne les a pas commis. Lorsque les enquêteurs tombent sur une fille née en mer, porteuse d’une malédiction, les choses ne font qu’empirer…
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En remontant la rive

Légende brièvement évoquée, puis retrouvée et enfin achevée comme il se doit, Jenny Finn n'a pas eu la vie facile mais ses créateurs Mike Mignola et Troy Nixey, on réussit à mener le projet à bien : un conte macabre étrange dans une Angleterre victorienne contaminée par des entités aquatiques.

Si en 1999 Mike Mignola était déjà le fier papa de Hellboy, il n'était certainement pas encore la poule aux œufs d'or de Dark Horse et devait même accepter quelques échecs éditoriaux comme Jenny Finn. Une idée étrange née dans l'esprit du dessinateur canadien Troy Nixey (Harley Quinn, The Matrix) que Mignola a aidé à mettre en forme, mais dont la première publication s'arrêtera à deux chapitres en noir et blanc chez Oni Press et un album chez Proust édition en France. Trop bizarre, trop suintant, trop atypique, il faudra attendre 2005 et « Jenny Finn Doom» chez Atomeka Press et enfin l'ultime résurrection en 2017 chez Boom Studios sous le titre « Jenny Finn Messiah » pour que l'œuvre trouve sa conclusion et une totalité présentée avec les couleurs de l'incontournable Dave Stewart. Une naissance compliquée surtout que pour des raisons personnelles, Nixey n'a pas pu dessiner le dernier chapitre laissé à un Farel Dalrymple (Grendel, Prophet) un peu moins doué et surtout beaucoup plus doux sans son approche.

 

comme une anguille


Car les illustrations de Nixey sont certainement l'une des particularités de Jenny Finn, cette vision totalement baroque d'un Londres de romans à quatre sous, traversée de curiosités vaguement steampunks (le premier ministre et son masque à la Jules Verne), habitée par les fantômes de prostituées, un serial killer scrutant leurs viscères et habitée par des êtres aux traits épais, fatigués, glissant lentement vers le difforme. Ils n'ont pas attendu le contact de la petite Jenny Finn pour afficher une humanité adipeuse, ni pour se repaitre d'une décadence généralisée. Cette enfant venue de la mer, version charmante d'un dieu lovecraftien, transformant peu à peu ceux qu'elles croisent en hommes recouverts de tentacules et de coquillages, est présenté avant tout comme une victime misérable, enfant prostituée au service de la citée. Elle aurait sans doute pu croiser le chemin de Hellboy tant effectivement ce mariage naturel entre Poe et Lovecraft, ces évocations d'une société secrète apocalyptique et d'un cabinet d'ésotérisme sont proches de la série phare de Mignola, mais l'absence du grand cornu empêche alors Jenny Finn de trouver une issue morale aisée, un éclairage pulp qui allègerait l'affaire. Le conte imaginé par Troy Nixey, devenu depuis le réalisateur de Don't Be Afraid of the Dark sous la houlette de l'ami commun Guillermo Del Toro, raisonne comme une création personnelle, horrifique, parfois scabreuse, martelée par un réalisme à l'orée du misérabilisme où le lecteur n'arrive pas toujours à saisir s'il est devant une histoire d'amour contre-nature entre Jenny et Joe, ce bon gars des rues, ou une graphic novel messianique faisant entrevoir l'avènement des dieux rampants aux têtes de poisson. Voilà qui méritait bien en tout cas ces multiples retours et une édition complète chez Delcourt.

Nathanaël Bouton-Drouard


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