DOOM PATROL VOL.1
The Doom Patrol #19-34, Secret Origins Annual #1 - Etats-Unis - 1989 / 1990
Image de « Doom Patrol Vol.1 »
Dessinateur : Richard Case
Scenariste : Grant Morrison
Nombre de pages : 464 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 11 octobre 2019
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Doom Patrol Vol.1 »
portoflio
LE PITCH
Constituée de héros traumatisés par des événements brutaux, l'équipe de la Doom Patrol a été rassemblée par le Chef Niles Caulder afin de leur permettre de se réinsérer dans la société. Mais après un événement tragique, le groupe se retrouve décimé et l'intégration de nouveaux membres comme Crazy Jane ou Rebis va entraîner la Doom Patrol dans des aventures encore plus surréalistes et horrifiques.
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Ceci n'est pas un comic

Equipe de super-héros pas franchement supers en pleine hype grâce à la nouvelle série TV produite par DC, la Doom Patrol est une exception culturelle à elle seule dans la petite histoire de l'éditeur. Et qui d'autre que Grant Morrison pouvait offrir à la troupe ses plus improbables et sidérantes aventures ?

Super-team à l'opposé de la fière héroïque Justice League, la Doom Patrol raisonne aujourd'hui comme un versant post-moderne du genre, hors norme et irrévérencieux. L'équipe est pourtant bel et bien apparue en 1963 dans la revue My Greatest Adventure, imaginée dès le départ par le trio Arnold Drake, Bob Haney et Bruno Premiani comme une réunion de parias, de personnages curieux dont les pouvoirs étaient vécus comme des handicapes à une normalité inaccessible. Avec un semblant de la naïveté des comics des 60's, le titre creusait déjà un sillon bizarroïde, peuplés de méchants hystériques et burlesques, et de passages fleuretant plus volontiers avec l'épouvante. Une ambiance unique, baroque et inquiétante pour un gamin de l'époque dont Grant Morrison, qui vient alors de ressusciter brillamment Animal Man, se souvient avec tendresse. Il est effectivement l'auteur idéal pour donner un second souffle à une publication repartie au numéro 1 après le crossover Crisis on Infinite Earths mais dont les ventes s'étiolent déjà. L'erreur pour ce dernier est d'avoir voulu faire ressembler la Doom Patrol à un équivalent trop sage des X-Men de Chris Claremont, ce que Morrison va effacer d'un revers de la main en obtenant du scénariste précédent l'élimination pure et simple des personnages qui ne l'intéressent pas (dans l'event Invasion !) et l'absence du label CCA (Comic Code Authority) offrant une véritable liberté de ton et de création. Et le bougre va s'en donner à cœur joie !

 

we're all mad here


L'idée est donc de retrouver un équivalent aux sensations déstabilisantes, aux univers bigarrés et au défilé de gueules cassées du run original, mais avec des outils et une approche plus contemporaine. S'appuyant sur le retour attendu de personnages incontournables comme le mélancolique Cliff Steel enfermé dans le corps de Robotman, mais aussi Elasti-girl (dans le comas duret une vingtaine d'épisodes), Negative Man (désormais Rubis aggloméra transsexuel de trois entités) et The Chief (dont on découvrira les aspects les plus sombres), il y ajoute la mignonne Dorothy Spinner au visage simiesque capable d'invoquer ses amis imaginaires, et surtout l'hallucinante Crazy Jane qui tel le Legion de Marvel, doit composer avec ses multiple personnalités toutes dotées de pouvoirs différents. Une sacrée bande, grotesque, déglinguée mais finalement assez touchante, qui va être confrontée à des menaces à sa hauteur. Soit des êtres omniscients, des poètes maudits ou des hommes négatifs, capables de distordre la réalité, d'anéantir la logique en modifiant le verbe ou de faire dévorer Paris par un tableau surréaliste. Apte de citer sous l'apparence de boogiemen grimaçants la technique du cut-up de William S. Burrought (d'où une ressemblance certaine avec le Festin nu) ou d'initier la team de super-vilain la plus flinguée de la création, The Brotherhood of Dada, Morrison fait de la série un voyage sans équivalent dans un imaginaire foutraque mais maitrisé, bercé par un mélange de parodies assumées et de tragédies exacerbés par les traumas, parfois sordides, de nos héros. Il est ici accompagné dans cette odyssée par Case Richard. Un dessinateur finalement plus connu pour ses travaux d'encreur, et dont le trait droit, percuté et assez brut donne à l'ensemble, à défaut d'une beauté évidente, un faux réalisme, une noirceur supplémentaire et un décalage typique des comics les plus inventifs des années 90.

 

Comme un certain revamp de Swamp Thing, la réinvention totale de Sandman par Neil Gaiman, Doom Patrol est l'un des brillants reflets de la British Invasion, de son effervescence créatrice, de ses univers plus adultes et contemporains, de sa faculté à déstructurer les compositions classiques, qui vont mener naturellement à la création du label Vertigo. Un premier volume qui démarre sur les chapeaux de roue, enquillant les concepts acrobatiques et les tableaux psychédéliques sans faiblir, et qui ne constitue que le premier tiers de ce monument enfin traduit en France.

Nathanaël Bouton-Drouard




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