CONAN LE CIMMERIEN T.7: LES CLOUS ROUGES
France - 2019
Image de « Conan Le Cimmerien T.7: Les Clous rouges »
Scenariste : Régis Hautière
Nombre de pages : 72 pages
Distributeur : Glénat
Date de sortie : 18 septembre 2019
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Conan Le Cimmerien T.7: Les Clous rouges »
portoflio
LE PITCH
Arrivé aux frontières du lointain Darfar, le hasard met sur la route de Conan une antique et gigantesque cité. Accompagnée de Valéria, farouche guerrière de la fraternité rouge, il décide d’y entrer pour y connaître bientôt une de ses aventures les plus sanglantes.
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Donjon & Dragon

Juin 1936. Au terme d'une longue dépression, Robert E. Howard met fin à ses jours. Il avait trente ans. Quelques mois auparavant, il signait l'ultime récit des aventures de Conan : Les Clous Rouges, considéré encore aujourd'hui comme un de ses plus grands écrits. Une aventure sanglante, à la noirceur de jais, où ses thèmes de prédilection trouvaient leur plus beau vaisseau. Ce tome 7, de la collection Glénat, lui est aujourd'hui consacré.

Les amateurs du Cimmérien le savent maintenant depuis longtemps, Conan n'est pas ce barbare sans cervelle, au slip en fourrure, qui coupe des têtes à bras raccourcis à grands coups de moulinets d'épée. Derrière ses cheveux longs, ses muscles saillants et sa rugosité se tiennent, fières, les valeurs que son auteur plaçaient au sein du terme « barbare ». Sous son apparente intelligence limitée, le Cimmérien se montre donc comme un être réfléchi, constant, qui ne juge son prochain qu'au travers de ses actes. Les femmes, souvent considérées à tort comme de simples naïades aux seins lourds y sont pourtant souvent de redoutables guerrières. A l'image de Valéria, ici clairement égale de Conan lorsqu'il s'agit de manier l'épée et en qui le Cimmérien trouve une partenaire de choix pour combattre un dragon et les hordes de fous dégénérés qui habitent au sein de la gigantesque cité de Xuchotl. Une cité hermétique, abritant une civilisation qui s'est depuis des générations coupée du monde extérieur (donc de la nature) pour progressivement y devenir totalement folle, entre cultes païens, sorcellerie, décadence et cruauté. Une civilisation bien évidemment inspirée des civilisations précolombiennes et dans lesquelles Howard trouvait l'exemple parfait de cette apparente modernité qu'il condamnait souvent dans son œuvre. Les Clous Rouges et sa violence incroyable, presque sans précédent dans l'œuvre du texan, en devient sur ce point l'exemple parfait, comme si, au summum de son mal-être, l'auteur avait couché une dernière fois sur le papier le condensé de ses opinions les plus sombres, une catharsis prenant la forme d'un véritable carnage.

 

le rouge et le noir


C'est Didier Cassegrain (la série Code Mc Callum) qui se charge ici de la mettre en image via un procédé de dessins colorés directement à l'acrylique (et déjà testé sur l'album Nymphéas Noirs, adapté du roman de Claude Bussi). Le résultat, aux teintes superbement nuancées, est un véritable régal pour l'oeil. Malheureusement un peu entamé par un dessin au style peu réaliste qui aurait peut être fait des merveilles sur une autre nouvelle de l'écrivain mais qui ici en diminue la noirceur désespérée. Et ce même si la violence et les massacres tels que décrit dans le chef d'oeuvre d'Howard sont bien présents dans le scénario de Régis Hautière qui reprend, comme souvent dans la collection, certaines répliques au mot près.
Olivier Vatine, qu'on ne présente plus (Aquablue, L'Héritier de l'Empire...), et qui a déjà collaboré aussi bien avec Cassegrain qu'Hautière, signe quant à lui le storyboard de l'album. Un découpage somme toute assez classique, avec son lot de vignettes tantôt aérées tantôt resserrées, mais qui sait se montrer diablement efficace lors des nombreux combats sanguinolents au coeur de l'intrigue.

Au final, si cette septième adaptation est une nouvelle fois un succès, on peut toutefois regretter de ne pas y retrouver l'atmosphère si particulière planant autour du lecteur lors de la découverte de la nouvelle d'Howard. Le texte brut et si particulier de l'auteur américain y étant évidemment pour beaucoup. Un texan que rien ou presque ne pouvait prédestiner à créer un tel univers, à s'intéresser ainsi à des civilisations et des cultures aussi éloignées de la sienne et qui passa la majeure partie de sa courte vie à s'y intéresser pour en redéfinir les contours et la compréhension. Une certaine définition du génie.

Laurent Valentin




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