DRACULA D'APRèS BRAM STOKER
Bram Stoker’s Dracula #1-4 - Etats-Unis - 1992
Image de « Dracula d'après Bram Stoker »
Dessinateur : Mike Mignola
Scenariste : Roy Thomas
Nombre de pages : 128 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 11 septembre 2019
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Dracula d'après Bram Stoker »
portoflio
LE PITCH
Transylvanie, 1462. Vlad Drakul laisse la belle Elisabeta pour guerroyer contre l’envahisseur turc. Revenu victorieux du combat, il découvre qu’elle s’est suicidée à la fausse nouvelle de sa mort. Eperdu de douleur, il abjure sa foi en l’église et en appelle aux puissances du sang pour venger et retrouver sa bien-aimée à l’aide de pouvoirs obscurs. Il devient alors un vampire connu sous le nom de Dracula.
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Art Never Dies

Totalement introuvable depuis au moins vingts ans, l'adaptation en BD du Dracula de Francis Ford Coppola a enfin pointé son nez chez Delcourt avec des pages entièrement restaurées. Un petit évènement, presque historique, puisqu'il s'agit là en outre de l'un des meilleurs travaux de Mike Mignola.

Il n'est pas toujours aisé d'identifier la date et l'œuvre qui marque la naissance totale d'un artiste, de son acte de maturité. Avec Mike Mignola si.
Si déjà sur des titres comme Corum, Batman Gotham by Gaslight ou Wolverine Jungle Adventures son style s'était fait plus anguleux, plus épuré, ses cases se remplissant peu à peu d'aplats et de matières contrastées, c'est avec Dracula que son style prend sa forme définitive. Pourtant, mêmes si l'industrie des comics avait déjà offert quelques très belles relectures de succès cinématographiques (2001, Alien, L'Empire contre-attaque...) un exercice comme celui des quatre fascicules de Dracula a tout sur le papier d'une simple commande. Une adaptation une adaptation d'un roman mainte fois réinventé... Et pourtant cette production Topps Comics (The X-Files, Jurrassic Park) tient du miracle, rencontre éclatante entre l'approche maniériste de Francis Ford Coppola faisant le pont entre l'inventivité du cinématographe de l'ère du muet, l'élégance des Universal Monsters, et la bestialité plus primitive mais délicieusement gothique de la Hammer Films. Son Dracula est un authentique chef d'œuvre, une merveille picturale qui raisonne directement dans l'amour que portait déjà Mignola pour le roman de Bram Stoker (il en parle comme une lecture fondatrice) et trouve un écho direct dans l'évolution de son propre graphisme.

 

d'un démon à l'autre


Les gigantesques drapés de rouges qui barrent l'écran verticalement, les yeux du prédateurs qui se reflètent dans un ciel rougeoyant, les ombres où naissent des forces infernales, l'opposition constante entre des teintes impérialement contrastées nourrissent des planches qui ressemblent plus que jamais à des peintures expressionnistes faites d'affrontements de couleurs, de lignes, d'énergies et de pulsions, révélant presque mieux que le texte les combats intérieurs des personnages. Ces derniers sont d'ailleurs, malgré des résumés visuels en quelques lignes, incroyablement ressemblants à leurs incarnations de celluloïd. De Keanu Reeves à Anthony Hopkins en passant par Gary Oldman et Winona Ryder (quel casting de fou tout de même), ils marquent cette constante proximité avec le long métrage, cette fidélité, que l'artiste à réussit à transformer en expérimentation personnelle. Il serait cependant totalement injuste de négliger le script remanié par Roy Thomas. Un ancien pilier de Marvel, le scénariste incontournable de Conan Le Barbare, qui réussit à compiler les 120 minutes dense du long métrage en quasiment autant de pages sans perdre aucune information ni intention, maniant avec la même aisance les citations épistolaires tout en offrant au détour d'une page une légère variation voir, surprise, une scène coupée totalement inédite. Une adaptation de grande qualité certes, mais un superbe comic surtout qui servit d'ultime tremplin à son jeune illustrateur. Ce fut là son ultime travail avant qu'il ne plonge définitivement dans l'univers baroque de son cher Hellboy.

Nathanaël Bouton-Drouard


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