LE CHEVALIER D’EON T.1 : LA FIN DE L’INNOCENCE
France - 2019
Image de « Le Chevalier d’Eon T.1 : La Fin de l’innocence »
Dessinateur : Alessio Lapo
Nombre de pages : 60 pages
Distributeur : Glénat
Date de sortie : 18 septembre 2019
Bande dessinnée : note
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LE PITCH
1753, Ruffec. Le prince de Conti, cousin du roi Louis XV, et le comte de Broglie s’entretiennent sur une affaire de la plus haute importance : la création des premier services secrets du Royaume de France, ordonnée par sa Majesté elle-même. Durant leurs discussions, le regard du prince s’attarde sur Charles d’Eon, fils d’un nobliau tombé en disgrâce et désormais sous la protection de Broglie. Un jeune homme brillant, aussi bien dans le maniement de la langue que dans celui des arm...
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Agent de séduction

Pas forcément évident, et un peu risqué, de passer après le succès du diptyque d'Agnès Maupré chez Ankama... Pourtant, la nouvelle série dédiée au Chevalier d'Eon ne démérite pas, plongeant efficacement dans les méandres historiques. Avec un soupçon d'aventure en supplément.

Figure historique aux effluves de mystères, de sensualisme et de romantisme, Le Chevalier d'Eon a toujours fasciné et inspiré les esprits... Jusqu'au Japon d'ailleurs donnant naissance il y a bien longtemps maintenant au célèbre manga Lady Oscar. Plus proche des véritables évènements qui ont remué les cours d'Europe au cours du 18ème siècles, ce premier tome d'une série éditée par Glénat, revient clairement aux sources purement historiques prenant une distance immédiate avec l'exotisme exacerbé du manga de Riyoko Ikeda, mais aussi la mélancolie des BD de Maupré pour se rapprocher d'une facture plus classique. Une grande aventure historique à la française, où le jeune héros utilise autant les traits d'esprit que ses talents de jouteur pour se faire une place au sein de l'entourage de l'impératrice russe. Auteurs coutumiers des BDs historiques justement Arnaud Delalande et Simona Mogavino qui ont déjà co-signé Aliénor d'Aquitaine et Catherine de Médicis pour la collection Reines de sang), s'efforce de mélanger la précision des faits et la crédibilité certaine d'une reconstitution effective, et un léger souffle plus enlevé directement inspiré par les films de Capes et d'épée dont la France était autrefois une spécialiste.

 

le corset


Un mélange plutôt réussi qui permet de dynamiser un scénario qui ressemble souvent, par son verbe et sa succession de face-à-face verbeux, au Ridicule de Patrice Leconte. Plutôt touffu d'ailleurs, le scénario plonge immédiatement le lecteur dans tous les détails tactiques des ministres de l'époque, la quête constante d'alliances avec les nations voisines, les manigances politiques et autres manipulations en tous genre, dont le Chevalier d'Eon va être à la fois l'outil et le jouet. Finalement dans l'histoire, il n'y a que lui qui semble pour l'instant un peu à la traine, les auteurs tentant de lui offrir quelques cases pour explorer ses doutes et ses craintes, voir lui ajouter une petite romance de jeunesse, mais ces échappées semblent aussi maladroites qu'anecdotiques. Cependant, la partie la plus étonnante de ce Chevalier d'Eon est sans doute le travail visuel apporté par Alessio Lapo. Déjà aperçu sur Codex Sinaiticus et Les Explorateurs de la Bible, l'artiste n'aborde pas du tout le récit avec un trait simplement réaliste et discret. Si le jeune Chevalier, délicat et androgyne, affiche des contours fins harmonieux, Lapo insiste généreusement pour la plupart des autres personnages sur des traits beaucoup plus lourds, des visages grimaçants, des fripes surchargés, des détails pas toujours des plus coquets, donnant corps à une noblesse bouffie et décadente, s'occupants à se partager le monde entre deux fêtes mondaines. Confronté à ce jeu constant des faux semblants, lui qui se dissimule sous le fard et la robe, le Chevalier va avoir fort à faire, surtout que dès sa première soirée il se retrouve à enquêter sur un meurtre étrange.

Nathanaël Bouton-Drouard


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