GUNFIGHTER T.1
France - 2019
Image de « Gunfighter T.1 »
Dessinateur : Michel Rouge
Scenariste : Christophe Bec
Nombre de pages : 56 pages
Distributeur : Glénat
Date de sortie : 28 août 2019
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Gunfighter T.1 »
portoflio
LE PITCH
Quelque part dans les plaines d’Arizona. Alors que les « longhorns », ces vaches américaines aux cornes interminables, ont besoin d’espace, l’arrivée des premiers barbelés, la « corde du diable » comme on l’appelait alors, ne fait qu’exacerber les conflits qui opposent deux familles de propriétaires terriens. C’est dans ce contexte et dans le souffle d’une tempête qu’une bande de ranchers découvre un homme inanimé, agrippé à son colt... Qui peut bien être ce mystér...
Partagez sur :
des barbelés sur la prairie

Illustrateur adulé pour Comanche et pouravoir repris la suite de Jean Giraud sur Marshall Blueberry, Michel Rouge avait juré qu'on ne l'y reprendrait plus. Pourtant le scénario imaginé par le stakhanoviste Christophe Bec a su le convaincre. Et on comprend aisément pourquoi.

Qu'il ne le prenne pas mal, mais dans le paysage actuel de la BD francobelge, Michel Rouge fait partie de ces honorables vétérans, maitres du 9ème art ayant connu les prolifiques années 70/80 (Métal Hurlant, Le Journal de Tintin...), abordant un album comme un objet d'art, un futur classique potentiel. Le retrouver aujourd'hui sur un album comme Gunfighter permet de mesurer à quel point cette « vieille école » peut manquer. Son découpage sobre, mais surtout incroyablement efficace, célébrant les grands espaces et la rigueur d'un cinémascope, accompagnent un trait réaliste, naturaliste même, capable de capturer la puissance d'une tempête faisant fuir le bétail, tout autant que de cerner d'un coup de crayon les caractéristiques de ses personnages. L'ombre de Giraud plane, forcément, mais aussi celle d'un lien tendu entre les grands archétypes du western hollywoodien et ses rejetons plus cruels, du versant italien à la crasse opératique au révisionnisme du nouvel Hollywood.

 

bêtes de somme


Entre Leone et Michael Cimino, Gunfighter fait visuellement très forte impression, mais le romantisme qui s'en dégage doit aussi beaucoup à l'écriture de Christophe Bec (Sanctuaire, Carthago, Sarah). Un auteur incontournable, avide de tous les genres, enquillant parfois une petite dizaine d'albums la même année (oui ça peut faire beaucoup), mais qui de mémoire ne s'était jamais attaqué frontalement à l'univers des cowboys et des grandes plaines. Là aussi toute la réussite du projet repose sur son équilibre entre un classicisme éprouvé, une bonne dose d'humanisme et un sens du rythme cinématographique. Dans les grandes lignes Gunfighter ressemble à beaucoup de westerns, en particulier avec cet énième affrontement entre deux familles et l'arrivée du pistolero au passé trouble, mais il lui donne un souffle nouveau grâce à quelques personnages accrocheurs (sympathique pour le vieux Garth et ses rhumatisme), bien campés, et un contexte historique qui résonne encore aujourd'hui. La famille d'éleveurs Open Range contre le riche propriétaire droit dans ses bottes, la transformation du paysage américain, la symbolique des barbelés comme la fin de l'ouest sauvage, une justice assujettie aux puissants... Ajoutez par-dessus quelques secrets bien gardés et manifestement une terrible affaire de pédophilie et vous obtenez un sacré cocktail, passionnant et intense avec la bonne dose attendue de chevauchées au clair de lune et de corps truffés de balles. Du vrai bon western comme on l'aime et une BD de très haute qualité.

Nathanaël Bouton-Drouard


Partagez sur :

 

Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2019