SWAMP THING
House of Secrets #92 + Swamp Thing #1-13 (1978) + Swamp Thing Winter Special #1 (2018) - Etats-Unis - 1971 / 1973
Image de « Swamp Thing  »
Dessinateur : Bernie Wrightson
Scenariste : Len Wein
Nombre de pages : 408 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 28 juin 2019
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Swamp Thing  »
portoflio
LE PITCH
Le docteur Alec Holland, chercheur sur les capacités bio-restauratrices, se retrouve isolé avec sa femme afin de poursuivre ses recherches au milieu d'un marais de Louisiane. Ses découvertes attirent la convoitise d'une entreprise peu scrupuleuse, et lui et sa femme deviennent les victimes d'une bombe placée dans le laboratoire. Alec Holland gisant dans le marais où s'est déversé le résultat de ses recherches se trouve transformé en "la Créature du marais"
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monstroplante

Si l'idée est relativement répandue, ce n'est cependant pas Alan Moore qui a inventé la fameuse Créature du marais, mais bien une décennie plus tôt le duo Len Wein et Bernie Wrightson. Et comme tous les grands monstres, sa naissance doit beaucoup au hasard.

A une rencontre tout d'abord, celle entre deux artistes dont la passion réciproque pour les classiques de la littérature horrifique va les réunir dans une courte nouvelle graphique publiée dans le House of Secrets #92, revue anthologique de DC Comics qui renouaient avec les grandes heures d'EC Comics, remplaçant souvent l'humour noir par une petite dose d'étrangeté poétique. Ce récit est celui d'un homme laissé pour mort qui revient se venger de son assassin, son ex meilleur ami, qui en a profité depuis pour épouser sa femme. Distinction de l'écriture, découpage angoissant, drame passionnel et amant revenu d'entre les morts, Edgar Alan Poe n'est déjà pas bien loin, mais c'est certainement l'apparence du monstre, immortalisée par la patte flamboyante de Wrightson qui va faire sensation : la créature du marais est née. Pourtant lorsqu'elle revient plus d'un an après, héroïne de son propre titre et après de nombreuses tractations de la part de l'éditeur, seul l'aspect colossal et végétal est le même, la trame s'intéressant désormais au scientifique Alec Holland sur le point de trouver une formule de régénération cellulaire révolutionnaire... et rebelote. Trahis, laissé pour mort, découvrant dans un derniers souffle sa femme exécutée, Swamp Thing renait dans la tragédie mais avec cette fois si une porte bien ouverte vers une errance de la créature tour à tour pourchassée, crainte et convoitée par une organisation mystérieuse.

 

le coeur en jachère


Un enchainement d'épisodes qui reprend finalement la structure d'une série comme Le Fugitif (faisant donc écho à la prochaine L'Incroyable Hulk) mais avec une tonalité nettement moins réaliste. L'ambition de Swamp Thing est ainsi de rendre hommage plus ou moins directement aux grands classiques de la littérature gothique. Que ce soit en faisant apparaitre un ersatz du monstre de Frankenstein, en citant directement Edgar Alan Poe, H.P. Lovecraft ou Bram Stoker, en visitant inexorablement des lieux aussi paisibles que la lande irlandaise, un château en ruine et des marais pourrissant, systématiquement habités de créatures difformes, de loups-garoux, de sorcières, de savants fous et autre machines de mort... Même lorsque les pas de Swamp Thing l'emmènent du coté de l'univers partagé de DC Comics c'est bien entendu pour croiser le chemin d'un certain Batman, super-héros sinistre s'il en est. Avec l'écriture lyrique de Len Wein et ses débordements pulps, ses planches construites comme des gravures pour contes maudits, Swamp Thing c'est avant tout une atmosphère, entre brume lourde et ombres angoissantes, dans laquelle le pauvre Alex Holland est en quête d'une humanité qui ne fait finalement que le rejeter. Une âme perdue que Wrightson abandonnera à partir du 11ème chapitre laissant sa place au méritant Nestor P. Redondo, avant que Len Wein ne laisse finalement le monstre disparaitre dans les limbes à l'issue du 15ème numéro. Toujours aussi seul, incompris et difforme. Un grand classique qui n'attend qu'une petite étincelle pour se réinventer...

Déjà édité à deux reprises par Delcourt il y a une quinzaine d'année, le run inaugural de Len Wein et Bernie Wrightson revient chez Urban Comics pour un volume enfin complet. L'occasion de découvrir donc le final du récit de Len Wein puisque les cinq derniers numéros illustrés par Redondo étaient restés inédits. Autre surprise, la présence en fin d'album de l'intégralité du Swamp Thing Winter Special #1 (en noir et blanc) proposant un bel épisode hommage signé par les responsables de la dernière série en date, ainsi qu'un script inédit de Wein, censé marquer une relance du titre, sobrement mis en image par Kelley Jones.

Nathanaël Bouton-Drouard


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