MISTER MIRACLE
Mister Miracle #1-12 - Etats-Unis - 2017/2018
Image de « Mister Miracle »
Dessinateur : Mitch Gerads
Scenariste : Tom King
Nombre de pages : 328 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 31 mai 2019
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Mister Miracle »
portoflio
LE PITCH
Élevé sur Apokolyps, planète-usine sous le règne de l'implacable Darkseid, Scott Free réussit l'impensable : échapper à ses geôliers pour rejoindre la Terre où il rencontra son mentor, un artiste de l'évasion officiant sous l'alias de Mr Miracle dont il reprendra l'identité. Depuis, aucun barreau, aucune entrave, aucune prison, ne put retenir prisonnier Mr Miracle, symbole d'une liberté retrouvée. Mais que se passe-t-il lorsque l'artiste de l'évasion ultime se trouve aux prises ave...
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"L'homme est un miracle sans intérêt"

Super-héros de seconde zone dans l'univers DC, en particulier pout tout lecteur n'adulant pas les grandes œuvres de Jack Kirby, Mister Miracle est pourtant devenu l'année dernière le personnage central d'une série évènement. Deux Eisner Awards, des lecteurs et une critique américaine conquis... Tout ce qu'il lui fallait finalement c'était une petite tentative de suicide...

Œuvre fondamentale dans l'histoire classique des comics, Le Quatrième monde imaginé par Jak Kirby a beau avoir été depuis longtemps digéré et intégré au sein de l'univers DC classique, il reste cependant un monument lointain, trop massif pour s'y frotter sans se cogner. Si Darkseid met la misère régulièrement à la Justice League et que les Neo-dieux constituaient la toile de fond des évènements concoctés par Grant Morrison (52 et Final Crisis), seul John Byrne avait osé jouer la carte de la suite officielle dans les années 80... Pour mieux se viander mémorablement. Auteur méchamment en vogue depuis sa prise en main de Batman, sa réinvention de Vision ou son creator own Sheriff of Bagdad, Tom King, accompagné de son illustrateur fétiche Mitch Gerads, ne semble pourtant pas avoir hésité une seconde en proposant un détour dans ce Ragnarock cosmique. Sans doute parqu'il y appose des filtres totalement inédits et franchement osés. Si Jack Kirby est une référence ici, tout comme Stan Lee dont on reconnait les traits et l'exubérance derrière une nounou très particulière, cette maxi-série de Mister Miracle n'est absolument pas empêtré dans une déférence handicapante. Bien au contraire.

 

re-genesys


Il a y a nettement un soupçon de parodie ici, d'humour tragicomique, qui bouscule certainement des figures trop grandioses, trop shakespeariennes, trop excessives dans le réalisme des comics d'aujourd'hui, mais moins pour se moquer bêtement que pour apporter un soupçon de légèreté à un récit incroyablement désespéré. Fils du Haut-père élevé en Apokolips par la dégénérée Mamie Bonheur, Scott Free le roi de l'évasion n'arrive plus à faire bonne figure, à trouver encore le moyen de sourire à son public entre deux cascades mortelles. Seul dans sa salle de bain, il se coupe les veines. Mélancolie, résilience, impossibilité à se défaire des sévices subits dans sa jeunesse, le Mister Miracle est au bout du rouleau, ne tenant finalement encore debout que grâce à l'aide de son épouse Big Barda. Bande dessinée éminemment personnelle, où l'on retrouve des échos des questionnements intimes de King sur son rôle de père dans un monde troublé autant que les réminiscences de sa mission en Iraq comme agent de la CIA, elle pose dans un décorum totalement grandiose et grandiloquent des questions on ne peut plus humaines, délicates et souvent déchirantes. Là le talent d'écriture de Tom King se fait plus juste que jamais, mélangeant des séquences de pures comédies (les dialogues entre Scott Free et ses camarades néo-dieux sont souvent tranchants et hilarants), des élans romantiques irrésistibles (le couple Free / Barda n'a jamais été aussi bien exploité) et bien entendu cette inquiétante noirceur qui semble vouloir constamment prendre le pas.

 

le mal, des maux


« Darkseid is » scandent constamment les personnages comme une fatalité, faisant du vilain d'envergure une personnification frontale du mal qui ronge Mister Miracle, tandis qu'Orion, demi-frère et petit tyran va-t'en guerre serait plutôt un miroir déformant du héros... Ou un bon moyen d'évoquer le gouvernement Trump. Ca marche aussi. Il faut dire que les douze chapitres aiment à jouer sur la corde raide d'un univers constamment troublé. Illustrateur / collaborateur sur Sheriff of Bagdad mais aussi sur certains passages de Batman, le très talentueux Mitch Gerads creuse sadiquement les ruptures de tons de son auteur, jouant sur les couleurs, sur l'opposition réalisme / super-héros, sur des transformations fugaces en cases échappées d'un comics de Kirby, où des prévisions « Silver Age » pour constamment remettre en question les niveaux de lectures les plus opératiques. Les geeks accrocs à la sacro-sainte continuité officielle de DC en ont été d'ailleurs pour leurs frais puisque les évènements décrits ici, parfois frivoles, parfois cataclysmiques, ne seront jamais ouvertement rattachés à une réalité claire et tangible. Un choix qui n'a rien de facile ni de gratuit et qui vient concrétiser plus encore cette relecture unique des personnages échappés du Quatrième Monde de Jack Kirby. Des archétypes qui se mettent ici à respirer, à ressentir et à souffrir... Beau.

Nathanaël Bouton-Drouard




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